Je suis moi-même allé sur place. J’ai vu, observé, discuté avec des riverains et essayé de décrypter, sachant qu’auparavant (le 14 juillet 2025) la Sosyete Lakou Dessalines a écrit à quatre ministères pour attirer leur attention sur les risques et les inviter à agir, tout en rendant ensuite publique la teneur de la lettre. Les 25 août et 02 septembre 2025, cette institution a réalisé deux visites d’exploration avec une dizaine de personnes, consistant respectivement à remonter le lit de la rivière La Digue, du pont aux deux gorges, en piémont de Bourdeau, et à partir des mornes pour redescendre vers le lit de la rivière La Digue jusqu’au pont, dans le but de bien saisir sa dynamique et de bien comprendre tant les facteurs humains que les risques et menaces qu’elle fait peser sur la ville comme une épée de Damoclès. La Sosyete Lakou Dessalines a ensuite produit un document pointant 3 actions majeures à mener : 1) la restauration de l’écosystème des micro-bassins versants de La Digue et l’amélioration du cadre de vie de leurs habitants ; 2) le curage du lit de la rivière et le gabionnage associé à une ceinture végétale sur un périmètre raisonnable pour offrir le maximum de protection et pour éliminer les failles constatées ; et 3) la construction du pont lui-même.
2. Aux enjeux forts des notions fortes
Si Melissa est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, c’est par contre la population et les autorités qui ont rempli et placé à cet endroit précis le baril de poudres. Nous devons alors être prêts à prendre et à accepter des mesures impopulaires, pour éviter à l’avenir la répétition de pareille tragédie qui était vécue auparavant, en 1994. Ça donne froid au dos d’entendre certains dire que si on leur donne du bois et de la tôle, ils pourront reconstruire leur abri au même endroit. Mais, c’est également rassurant quand une minorité préfère s’installer ailleurs ou retourner dans leurs zones d’origine. C’est ce qu’a révélé une enquête menée, les 3 et 4 novembre 2025, par la Sosyete Lakou Dessalines sur un échantillon de 164 familles sinistrées, soit 20 % sur les 815 familles sinistrées. Cette enquête a aussi montré que les trois besoins prioritaires sont d’ordre alimentaire (31 %), énergétique (27 %) et vestimentaire (22%). Sachez qu’à chaque difficulté, il y a toujours des opportunités. Il est donc important de changer de perspective, pour pouvoir tirer parti des deux. Mélissa devrait être le prétexte et l’occasion pour lever la barre et penser tant à un changement réel pour la commune en général qu’à un saut qualitatif dans la ville en particulier. C’est une cause que les Petit-Goâviens, d’ici et d’ailleurs, devraient s’employer à porter, à promouvoir et à défendre collectivement et de manière organisée, tout en mutualisant leurs forces spirituelles, techniques, matérielles et financières pour être aussi des agents de cette reconstruction.
3. Proposition d’actions à prendre
A travers ce papier, je viens dans mon étoffe de simple citoyen engagé vous proposer quelques pistes, que nous pouvons enrichir et finaliser ensemble, pour ensuite en faire notre cheval de bataille sur les 25 prochaines années. Sachant qu’il est impossible à un gouvernement ou deux de tout réaliser, laissons alors à l’actuel gouvernement les actions d’urgence, en vue de satisfaire les besoins pressants de la population et de préserver la dignité tant des défunts que des familles victimes.
Actions d’urgence
D’une part, en matière d’urgence, voici certaines actions à mener :
- Accompagnement des familles pour donner des funérailles dignes aux défunts, tout en observant un moment d’arrêt de travail symbolique de 60 minutes ;
- Fermeture de la brèche avec des gabions et fouille avec des pelles mécaniques, afin que les eaux reprennent leur cours habituel et de protéger les zones en aval inondées (les deux brèches entourant l’Hôtel Marco, qui débouchent sur la route nationale # 2 et nan Ananas) ;
- Relocalisation dans des zones sûres des familles victimes (à courte échéance et selon des modalités précises et justes, familles d’accueil et églises de proximité : cas de force majeure et raison d’État obligent) ;
- Fourniture d’eau potable (seau avec filtre à eau, fontaines provisoires), points de lavage des mains et installation de toilettes mobiles (pour minimiser les risques de propagation du choléra et autres) ;
- Fourniture de kits (alimentaires, de cuisine, sanitaires, hygiéniques, scolaires, énergétiques) ;
- Des vêtements et couvertures (achat de tissus et mobiliser des artisans contractualisés pour confectionner des vêtements faisant ainsi circuler l’argent au niveau local),
- Travaux à haute intensité de main-d’œuvre (en termes de nettoyage/déblayage pour récupérer certains biens enfouis dans les décombres), pour recapitaliser les familles délocalisées leur permettre de mener des activités lucratives pour se prendre en charge ;
- Accompagnement de la population dans la réfection des pièces importantes disparues,
- Autres éléments particuliers basiques (appui psychologique, matériaux de construction pour des familles ayant un autre endroit en sécurité où aller, campagne médiatique de sensibilisation, etc.)
Connaissant les dérives habituelles attachées aux opérations d’urgence, l’État doit en effet s’organiser pour bien exercer son leadership, en se positionnant comme régulateur, protecteur et facilitateur. Il lui revient d’orienter les opérateurs de différents horizons présents, en fonction des besoins identifiés par zone, tout en maintenant avec eux un contact étroit de suivi et en leur apportant l’accompagnement nécessaire pour qu’ils jouent leur rôle avec efficacité et pour qu’ils contribuent effectivement à amortir rapidement l’impact de Mélissa sur la population.
Actions durables pour la renaissance
D’autre part, sur le plan structurel, ma proposition se décline en trois temps : court, moyen et long terme. Elle s’accroche au message très puissant véhiculé par Mélissa : la nature invite Hayti à prendre le grand virage spirituel pour un renouveau matériel qualitatif. La première chose est de sortir de la logique de pansement, pour répondre au rendez-vous de l’histoire, en prenant le taureau par les cornes. Ce virage comporte alors des exigences d’ordre psychique (mental et comportemental), sociologique (culturel, identitaire et social), économique (investissement dans la production, mettre les gens au travail), écologique (réhabilitation et protection des écosystèmes et de la biodiversité) et climatique (adaptation et atténuation).
Autrement dit, le passage de Mélissa à Petit-Goâve doit être l’opportunité à saisir pour construire une ville moderne modèle, dans une vision de renaissance. Comment y parvenir ? Étant détenteur du monopole de la violence légitime, l’État doit non seulement exercer efficacement et justement son pouvoir régalien, mais aussi être à la fois un planificateur territorial avisé, un investisseur et un catalyseur d’investissement agissant comme incitateur, accompagnateur, protecteur et redistributeur de la richesse créée pour tamiser l’injustice sociale et territoriale. L’État a donc besoin de promouvoir d’abord un développement endogène (ayant pour point d’appui les atouts et potentiels locaux), avec une main de fer dans un gant de velours, pour faire ensuite de la démocratie un art de vivre dans la propreté, la dignité et la postérité pour tous. Voici alors 12 pistes d’actions conséquentes et structurelles à mener :
- Le zoning et un plan d’urbanisme pour anticiper et accompagner l’extension de la ville, tout en établissant un système de codification et de numérotation des maisons ;
- La restauration et la protection des écosystèmes des bassins versants de La Digue (12e et 11e sections), l’amélioration de la qualité de vie de leurs habitants et leur accès aux infrastructures socioéconomiques et à des services de proximité, tout en appuyant le grand projet de territoire appelé « Les Jardins Lakou Dessalines », un site de pèlerinage mémoriel et d’écotourisme, à grand impact sur l’entreprenariat comme tremplin et moteur de création de richesses, d’emplois et de revenus au niveau tant local que communal, voire régional et national ;
- Le curage du lit de la rivière et le gabionnage des berges secondé par une ceinture végétale protectrice sur une largeur et une profondeur offrant le maximum de résistance, des deux côtés de la rivière ;
- La construction du pont avec une élévation et longueur suffisantes ;
- La construction de logements sociaux, de 3 à 4 étages, pour accueillir les familles victimes, incluant place publique et services publics de qualité notamment en termes d’école, d’hôpital, de tribunal de paix, d’eau, d’électricité, de transport, de gestion des déchets, etc., alors que la zone affectée sera transformée en une grande ferme coopérative de production agricole et agroalimentaire avec la participation des victimes, tout en en faisant un lieu de promenade et de souvenirs ;
- La réhabilitation moderne du port, en étendant son site au Lambi Night-Club, dans un but de génération de richesses pour financer les infrastructures de rénovation urbaine et rurale, tout en transformant la zone périphérique en centre-ville (Downtown), avec son ancienne vocation économique et financière ;
- La construction d’un centre sportif et culturel, englobant le site du parc Anglade et de l’ancien Lycée Faustin Soulouque (réhabilitation moderne du terrain, construction d’un gymnasium et d’un parking) ;
- La réhabilitation de l’Hôpital Notre-Dame de Petit-Goâve pour en faire un hôpital de référence à grande capacité tant pour la commune que pour le Grand Sud ;
- La délocalisation du marché pour étendre la place publique et construire un vrai Hôtel de ville, tout en récupérant l’endroit où était l’Hôtel de l’Empereur pour y installer une bibliothèque municipale, un tiers-lieu technologique, un musée, une salle de spectacle et de cinéma, un observatoire. Il s’agit aussi de trouver un endroit approprié pour relocaliser le marché public ;
- La réhabilitation des rues et des ouvrages de drainage, plus le verdissement des rues de la ville, ainsi que celle des pistes rurales : Tapion-Vallue ; Béatrice-Palmes avec débouché sur Côte-de-Fer ; Vialet/Delate/Fort Gary ; Trouchouchou/Cocoyer Beach, qui sont des zones de production agricole et de grands attraits touristiques.
- La réhabilitation et la dynamisation du littoral, tout en mettant en valeur les plus belles plages ;
- La structuration de la fiscalité communale pour un maximum de recouvrement pour le financement du plan de rénovation de la commune.
En conclusion
L’aube d’une nouvelle bataille pour le changement pointe à l’horizon. Filles et fils de Petit-Goâve, d’ici et d’ailleurs, du milieu urbain et du milieu rural, réveillez-vous et debout avec conviction pour ce long voyage. Mais, soyez sur vos gardes pour que les vautours et les charognards ne continuent pas à être, dans ce cas, l’arme blanche qui saigne Hayti et la sangsue noire qui l’affaiblit, ni à vous traiter comme une proie soumise qui ne récolte que les miettes. C’est Mark Twain qui a dit : « Quand les riches volent les pauvres, on appelle ça les affaires. Quand les pauvres se défendent, on appelle ça de la violence ». Alors, cherchez avec intelligence et trouvez avec audace vos héros pour vous accompagner (Mathieu 7, Verset 7). Tirons des enseignements et agissons en conséquence pour pouvoir récolter après la tempête une autre qualité de vie.
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