L’expérience montre que, dans notre pays, nos dirigeants au plus haut sommet de l’État n’honorent pas toujours leur parole et leurs actes officiels : c’est là un manquement crucial qui affecte cruellement la bonne administration dont le socle repose sur la transparence, la probité, la responsabilité, l’équité, démocratie et État de droit. Car le bon exemple doit venir de la part de celles et de ceux qui ont la charge principale du destin national. Aussi le respect de la parole donnée influence-t-elle dans toute la société, et est donc une condition essentielle de la crédibilité du gouvernement de la République. Depuis sa naissance, le pays national est entré dans un long et interminable cycle d’atermoiements, d’aboiements et de confusion à cause des hautes autorités de l’État qui n’ont pas su respecter leur parole d’honneur. Au 1er janvier 1804, après la Proclamation solennelle de l’indépendance d’Haïti, tous les chefs militaires signataires de l’Acte ont porté au pouvoir Dessalines comme gouverneur général et, plus tard, comme chef de l’État au titre d’Empereur et chef suprême des Armées. Ils ont tous prêté allégeance à l’empereur Dessalines. Pourtant deux ans plus tard, certains d’entre eux, et pas des moindres, n’ont pas pu tenir leur promesse et tombent dans une sorte de reniement collectif. Succombant à la tentation du pouvoir, ils ont fini par assassiner l’Empereur le 17 octobre 1806. S’ouvre le bal des mensonges qui obscurcissent la vérité par la manipulation et par la tromperie.
La tentation du pouvoir corrompt durablement : depuis le crime de parricide commis au Pont-Rouge, le pays libre d’Haïti ne s’est jamais relevé de la crise nationale qui s’éternise ; et les classes dirigeantes traditionnelles semblent s’engager dans un processus de coup d’État permanent. Au regard de l’histoire récente des politiques, l’assassinat du président Jovenel Moïse dans sa propre résidence, le 7 juillet 2021, est perçu comme un coup d’État réalisé par des mercenaires étrangers au service du mercenariat politique de l’intérieur. L’exil forcé du Premier ministre Ariel Henry peut aussi être interprété comme un coup d’État appuyé à la fois par des protagonistes internes et externes. Et les tergiversations et les arguties de l’actuel Conseil présidentiel de la transition/CPT nous paraissent fort douteux compte tenu de la mission qu’il s’est fixé dans son acte de naissance, ou l’accord politique du 3 avril 2024.
Faisons cette mise au point pour l’édification de l’opinion publique nationale. D’après la définition classique et moderne de la dignité humaine, il s’agit d’une notion qui fait partie intégrante des valeurs, des vertus, des capacités et des talents que renferme la condition humaine. La dignité humaine se réfère à la dignité nationale, c’est-à-dire celles et ceux qui briguent la première magistrature de l’État doivent avoir un souci particulier pour la valeur de chaque citoyenne et de chaque citoyen dont ils sont appelés à protéger leurs droits et leurs libertés, y compris en mettant en relief la souveraineté nationale. Dans ce cas de figure, une présidente ou un président de la République doit être de haute moralité : elle ou il doit faire preuve de compétence professionnelle eu égard aux valeurs morales et éthiques ; et qu’ils soient à même de démontrer une bonne intelligence historique des évènements. Telle est notre conception politique d’un État républicain et de ses dirigeants au service des intérêts de la nation.





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