Dans ma dernière chronique pour La Presse, je reviens sur mon rapport à la nuit montréalaise. C’est une obsession, sans doute parce que je suis arrivé la nuit du 1er février 2025 à bord d'un vol Air Canada, avec plusieurs livres dans mon sac, dont La prochaine fois, le feu. On n’oublie jamais sa première rencontre avec une ville. Cela marque à jamais notre histoire avec elle. Et depuis, je les compte. Quand les gens me demandent « ça fait combien de temps que tu es arrivé à Montréal ? », je donne le bilan en nuits. Ça fait 309 nuits… et cela nous ramène toujours à une discussion sur notre rapport au temps, à la nuit. Pourquoi compter les nuits et pas les jours ?

On commence par le moment où l’on est arrivé. Si j’étais arrivé au petit matin, je n’aurais pas dit 309 nuits, mais 308 matins. Et puis le jour, la tête est plus lourde. On cherche des repères, on travaille, on prend le métro, on lit des documents administratifs, on déjeune avec ses collègues, on participe à de longues réunions, le corps bouge sans cesse. Notre esprit s'égare dans le murmure de la ville. On peut même avoir conscience qu'on est là depuis des années, si le rythme de nos jours est très mouvementé.