Ces derniers jours, la communauté internationale s’active à monter la Force de répression des gangs afin qu’elle soit déployée en Haïti dans des conditions et avec des moyens, humains et matériels, plus conséquents que la sortante Mission multinationale d’appui à la sécurité.
Ce vendredi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a annoncé que les États-Unis ont reçu des promesses pour 7 500 hommes pour la FRG alors qu'ils en recherchaient 5 500. L'Allemagne de son côté s'est engagée à hauteur de 35 millions de dollars pour soutenir la Force. Autant de signes que le dossier Haïti intéresse beaucoup de pays.
Dans le même temps, les acteurs politiques haïtiens vivent dans le déni total, minimisent la question sécuritaire et les problèmes auxquels la population est confrontée au quotidien. Le seul projet de tous les camps politiques est de prendre ou de garder le pouvoir en faisant fi de tout. Chacun sans aucun plan ou projet connu, croit avoir raison, à défaut d’être légitime ou légal.
Pour essayer de calmer les ardeurs des uns et conforter les autres, la communauté internationale utilise menaces non voilées, rappel à l'ordre et sanctions dont on ignore la véritable portée.
Comme souvent, depuis 1991 que la communauté internationale brandit et se sert de l’arme nucléaire des visas coupés, un groupe se sent acculé, mal compris et se réfugie dans le nationalisme, réel ou de façade, tandis que l’autre camp se sent soutenu.
On ne chante plus « OEA, OEA lè m grangou m pa jwe », mais c’est tout comme. Plus personne n’appelle au peuple pour défendre son projet et celui de son clan, mais tous se rêvent en Toussaint Louverture, notre premier stratège de talent qui a fini tout de même au fort de Joux.
Dans notre histoire récente on doit se souvenir des chapitres les plus sombres : Les militaires contre Jean Bertrand Aristide dans les années 90; Jean-Bertrand Aristide contre la Convergence et le Groupe 184 en 2003-2004; René Préval contre Michel Martelly en 2011. Aujourd’hui, le CPT et ses deux blocs s’affrontent. Le pouvoir est entre deux chaises et, comme à chaque fois, les dramaturges et régisseurs du spectacle sont les Américains. Ils décident quels acteurs quittent la scène ou continuent dans le prochain acte. Ariel Henry et chaque membre du CPT le savent bien propre.
Que va-t-il se passer cette fois ? Qui remportera le match et quels dommages Haïti devra supporter ? Car tous les épisodes cités, 1991, 2004 ou 2011, ont laissé des factures salées : Embargo, Opération Bagdad, cyclone Tèt Kale…
L’addition de nos plus récentes crises politiques a donné des gangs qui ont servi tous les camps politiques et participent, depuis 2018, à une opération de destruction massive du pays.
À chaque crise majeure, la population paye le prix lourd des bêtises et enfantillages de nos politiciens qui s’en sortent toujours, même s’ils perdent le pouvoir.
On a vu disparaître les Forces Armées d’Haïti, les Lavalassiens, les Prévaliens, les Martellistes, les Jovenelistes, les parlementaires et demain les Cépétiens les suivront sur la route de l’opprobre, la tête basse et les poches lourdes. Triste répétition de la grandeur et de la décadence des chefs en Haïti depuis le 19e siècle.
Mais revenons au présent. Qui du camp du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ou des Conseillers présidents remportera le gros lot à la loterie nationale du pouvoir ?
Le 7 février, aurons-nous un président ? Un président et un premier ministre ? Un premier ministre sans président ? Un juge président ? Ou une toute autre formule ?
Qui sera l’heureux élu qui siégera à Port-au-Prince, à Pétion-Ville, au Cap-Haïtien ? Qui sera le moins chanceux et se retrouvera dans une prison tenue par la PNH ou par la Force de répression des gangs ?
Tous les scénarios sont possibles tant nos forces politiques n’ont ni principes ni lignes directrices ni soucis du bien commun.
Dans la mare politique haïtienne, il y a tellement de grenouilles qui se voient bœufs, à la place d’honneur, qu’aucun pâturage ne sera jamais assez grand pour qu’ils paissent tous à leur aise et l’un après l’autre.




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