Les pluies qui se sont abattues sur le Cap-Haïtien aux premières heures du 5 janvier ont une fois de plus mis la ville à genoux. Circulation paralysée, quartiers isolés, activités économiques à l’arrêt : la deuxième ville du pays est devenue totalement impraticable. Un spectacle désormais banal après chaque averse, qui renvoie directement à l’incapacité chronique du Conseil municipal à assumer ses responsabilités.

Alors que les rues continuent de crouler sous des montagnes d’immondices, la population s’interroge sur le rôle réel du conseil municipal, visiblement absent face à l’urgence. Aucune mesure durable d’assainissement, aucune politique préventive efficace : le Cap-Haïtien semble livré à lui-même, prisonnier de l’improvisation et de l’inaction.

Les images qui circulent après la pluie sont édifiantes. Plutôt que d’agir de manière coordonnée, les agents intérimaires s’illustrent dans un « one man show », multipliant les apparitions publiques sans résultats concrets sur le terrain. Cette dérive de gouvernance a atteint un seuil alarmant la semaine dernière, lorsqu’un grave incident a visé la presse.

Des agents de sécurité affectés aux agents intérimaires Patrick Almonor et Isaac Pierre-Louis ont, selon les faits rapportés, giflé, brutalisé et tenté d’assassiner des journalistes, et ce, en présence même de ces maires assesseurs. À ce jour, la justice n’a toujours pas rendu de décision, tandis que la mairesse principale, Angeline Bell, n’a fait aucune déclaration publique.

Les journalistes Herly Milien et Francely Estimable, victimes de ces violences, ont déjà déposé plainte contre le policier et les agents de sécurité impliqués dans cette tentative d’atteinte à leur vie. De son côté, l’Union des Journalistes du Nord d’Haïti (UJNH) a saisi un cabinet d’avocats afin de faire avancer le dossier.

Entre désastre urbain, silence des autorités et attaques contre la liberté de la presse, le Cap-Haïtien offre l’image inquiétante d’une ville abandonnée par ceux-là mêmes qui ont la charge de la gérer. Les citoyens attendent désormais des actes, des comptes et des sanctions, et non des discours.