En ce jour qui marque les 222 ans de la libération de ce peuple, nous vivons l’un des moments les plus sombres de notre histoire depuis que le père de la Nation et tous les autres héros nous ont arrachés aux chaînes de l’esclavage.
Certes, nous avons connu de nombreuses périodes difficiles, certes, nous avons connu de mauvais dirigeants, et vu émerger quantité d’organisations sans fondement, dont l’unique ambition est de faire de la politique un instrument d’enrichissement personnel, dénaturant ainsi le sens noble du mot politique, qui signifie avant tout service à la cité.
Cependant, notre histoire a également connu des dirigeants progressistes aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, parmi lesquels nous pouvons citer l’Empereur Jacques Ier, le Roi Henri Christophe ou encore le Président Dumarsais Estimé.
Nous avons aussi connu de grands leaders politiques porteurs de vision, désireux d’offrir au pays une autre orientation, tels que Joseph Anténor Firmin, Demesvar Delorme, Rosalvo Bobo, Joseph Jolibois Fils, Chalemagne Péralte, Jacques Stephen Alexis.
Aujourd’hui, nous traversons une calamité que nous n’aurions jamais imaginée. Et pourtant, si nous reprenons cette phrase célèbre de Firmin, selon laquelle nous ne devons pas continuer à bâtir un pays sur la médiocrité sous peine d’aboutir là où nous ne le souhaitons pas, force est de constater que nous y sommes parvenus.
Nous sommes aujourd’hui exactement à cet endroit que nous redoutions : le pays n’existe plus que sur le papier. Il est inutile d’énumérer ici toutes les destructions matérielles et les pertes en vies humaines survenues ces dernières années, tant les blessures sont nombreuses et encore ouvertes.
Une grande partie du département de l’Ouest est sous le contrôle de gangs lourdement armés, qui tuent, pillent, violent, volent comme beau leur semble. Désormais, les départements de l’Artibonite et du Centre vivent les mêmes tourments.
La capitale est coupée du reste du pays. Les voies terrestres sont impraticables pour quiconque souhaite se rendre dans le Grand Sud, le Nord ou l’Artibonite. Si l’on emprunte ces routes, on est fouillé par des bandits comme si l’on était soi-même porteur d’armes illégales, comme si l’on était un fugitif recherché par la police.
Les rares voies encore accessibles sont extrêmement élitistes, car les prix des avions et des hélicoptères sont exorbitants. La grande majorité de la population n’a tout simplement pas les moyens de se déplacer par ces canaux.
Le pays est isolé. La République dominicaine, pourtant si proche, n’accepte aucune liaison avec Haïti. Aucun vol n’atterrit sur le principal aéroport du pays depuis plus d’un an. Et il n’est même pas nécessaire d’évoquer l’insécurité alimentaire, tant ce fléau n’a jamais cessé de nous affecter.
Malgré tout cela, la sélection nationale est parvenue à se qualifier, pour la deuxième fois depuis 1974, à la Coupe du monde. Un exploit porteur d’un immense espoir.
Un exploit qui proclame que, malgré tout, ce peuple ne périra pas, qu’au moment où la nuit est la plus sombre, l’aube n’est jamais loin. Nous tirons notre chapeau devant ces valeureux fils du pays qui affirment, par leur détermination, que Haïti doit renaître.
Nous leur souhaitons plein succès à la Coupe du monde.
Plus que jamais, le pays a besoin de leaders : non pas de politiciens animés par l’appât du gain, comme tant d’autres l’ont enseigné par leurs actes, mais d’hommes et de femmes de vision, dévoués, intègres, incorruptibles, capables de poser des bases solides, de mener des réformes à tous les niveaux et de bâtir un État fondé sur l’équité et la méritocratie.
Nous avons besoin de l’implication accrue de citoyens honnêtes dans la vie politique, afin de faire émerger une nouvelle classe dirigeante et de parvenir à des leaders solides, crédibles, patriotes, plaçant la nation au-dessus de leurs intérêts personnels, en un mot, des nationalistes au sens noble du terme.
Nous souhaitons plus que jamais que le pays fasse le bon choix en février 2026, afin de rétablir l’autorité de l’État, d’offrir à la nation un souffle nouveau après tant de souffrances, et de créer un climat de confiance propice à l’organisation d’élections crédibles, démocratiques, tout en amorçant une véritable lutte contre l’insécurité sous toutes ses formes.
Vive une Haïti forte et inclusive.
Vive une Haïti fondée sur des principes, qui applique sa Constitution et se tienne debout.
Heureuse nouvelle année et bonne fête de l’Indépendance à toutes et à tous.
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