Qui prendra les rênes du pouvoir le 8 février ? À 19 jours de l’échéance attendue depuis le 3 avril 2024, personne n’a de réponse claire à proposer. 

Les textes disent que le mandat du Conseil présidentiel de transition prend fin le 7 février 2026. Ils disent aussi que le mandat de coordonnateur du dernier président, Laurent Saint-Cyr, prend fin le 7 février 2026. 

Dans les différents textes qui régissent la transition actuelle, aussi bien ceux rédigés et promulgués par le gouvernement d’Ariel Henry que ceux qui l'ont été par les conseillers présidentiels eux-mêmes, aucune prolongation du mandat du CPT n’est prévue. 

Si tout s’était passé comme prévu, des élus prendraient fonction le 7 février 2026. Hélas, les élections n’ont pas eu lieu. Le reste appartient déjà à l'histoire de nos actes manqués.  

Nulle part il n’est écrit que les membres du CPT peuvent choisir ou désigner leur successeur. Depuis la fin de la présidence à vie en Haïti, cette disposition constitutionnelle n’existe plus. Le dernier président qui a choisi ses successeurs a été Jean-Claude Duvalier, le 7 février 1986. Il y a 40 ans. 

Le lieutenant-général Prosper Avril, président de transition, a été tenté de passer le pouvoir au président de la Cour de cassation, Me Gilbert Austin. Il avait échoué et c’est la juge Ertha Pascal Trouillot qui avait conduit la transition de 1990. 

La tentation de relire la constitution amendée de 1987, celle qui est en vigueur, ou de recourir à la version originelle sans amendements, traverse beaucoup de groupes. 

Pour ceux qui penchent pour le texte initial, il faut un juge de la Cour de cassation pour occuper la présidence. Pour les tenants du texte amendé en vigueur, le pouvoir doit revenir au Conseil des ministres. 

Reste à savoir à qui il reviendra de trancher pour un juge ou pour le gouvernement du Conseil des ministres ?

Alors que les membres du CPT multiplient rencontres et réunions pour se donner une nouvelle légitimité cousue du fil fragile des accords politiques haïtiens, se pose la question des buts recherchés. 

Un nouveau mandat d’un an ou deux ans avec ceux qui viennent de gaspiller tant de mois, sera-t-il bénéfique pour le pays ?

Un 8 février chaotique sera-t-il une bonne entrée en matière pour les futurs dirigeants ?

Et surtout, qui peut, à moins de 20 jours du 8 février, donner les garanties de garder le pays sur un semblant de chemin vers un minimum de sécurité, d’ordre et de perspectives démocratiques ?

Le brouillard sur l’avenir politique d’Haïti est épais, à quelques jours de la prochaine transition. 

Allons-nous voir éclore un nouvel accord politique ? Assisterons-nous à un coup de force des fractions politiques ? À une médiation de la communauté internationale ? À l’émergence d’un nouveau pouvoir coalisant politiques et forces de sécurité ?

Qu’est-ce qui nous attend quand rien n’est prévu et qu’on a tout fait pour ne rien prévoir ?