Le temps fait son œuvre. Il expose et renforce des évidences. L’une d’elles, profondément insupportable, est qu’en Haïti, depuis bien longtemps, et même trop longtemps, des gens en position d’autorité n’agissent pas dans l’intérêt collectif. La transition entamée après le 7 juillet 2021 l’illustre et met en relief ce qui n’est pas juste un trait, mais plutôt une caractéristique de tant d’hommes et de femmes politiques haïtiens.              

Les menées contre la nation s’opèrent souvent avec l’appui d’appendices présentés comme des organisations de la société civile. L’idée d’un contre pouvoir, d’une résistance pacifique trempée dans le courage moral face aux dérives, violations de la loi, et aux belles espérances du peuple est galvaudée, vidée de son sens. Certaines de ces organisations sont des viviers de gens lettrés. Des « experts » corvéables à souhait, toujours disponibles à rédiger des projets farfelus, des moutures de décrets ou des projets de constitution profondément anti-démocratiques. Ils excellent, au bout de leur plume, à créer des sanctuaires pour la corruption, des bâillons pour la contestation, la liberté d’expression. La simple exigence du respect du droit de savoir, essentiel dans une République démocratique, est à réduire au silence. Ces cerveaux discrets qui donnent forme à l’abîme, au malheur national, invités ici et là à des réceptions, sont de sortie ces temps-ci. Le nez dans le guidon de la perpétuation du statu quo, le CPT, des opérateurs politiques adoubés à des lettrés et gens d’affaires sont en quête de rallonge après le 7 février pour continuer la jouissance ou pour garantir des projets de nouvelles conquêtes du pouvoir. Les éléments de cette alliance continuent de marcher sur le sang gluant du début de cette transition, plantée dans le sable mouvant de l’assassinat d’un président. Un assassinat dont l’intrigue ressemble au crime de l’Orient Express. La justice haïtienne reste muette, près de cinq ans après les faits.