À quoi sert l'éducation ? Cette question, simple en apparence, traverse tous les âges, toutes les conditions. Adultes ou enfants, riches ou pauvres, instruits ou non, nous l’avons tous, un jour, formulée. L’éducation occupe une place centrale dans chaque société. N’est-il pas alors légitime de considérer le droit à l’éducation comme fondamental, voire sacré ? "Tout moun se moun !" Pourquoi alors priver certains de ce droit ? Ne faut-il pas penser qu’il joue un rôle fondamental dans le développement en général, le développement intégral de l'être humain ? Comme le disait Nelson Mandela : L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde. Je le pense, et dans ces paragraphes, je le montrerai en parlant brièvement du droit à l’éducation et ce en quoi il est essentiel au développement intellectuel, social et à la réalisation des opportunités de chacun.
Le droit à l'éducation est-il pour tous ?
Le droit à l'éducation est un droit que chacun possède. Tout le monde a le droit d'aller à l'école, d'apprendre, de s'enrichir. C’est ce qui est écrit, et ce même dans notre pays, Haïti. Regardons cette situation dans notre pays où la majorité des établissements d'éducation sont privés, inaccessibles aux familles les plus pauvres. Comment parler de droit, quand 80 à 90 % des établissements sont payants, dans un pays où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté ? Il y a ici un écart entre les principes et les faits, entre le texte et la réalité.
Voyons donc une situation, dans laquelle les actions, les faits suivraient les paroles. Soit que toutes les familles du pays aient de l'argent et se moquent que leurs enfants aillent au lycée ou au collège, tant que c'est le meilleur et non le moins coûteux. Soit que la totalité ou presque des institutions éducatives soient publiques et permettent à tous d'apprendre à peu près gratuitement.
Les bienfaits globaux d’un droit à l’éducation
Si le droit à l’éducation était appliqué universellement, les effets bénéfiques se feraient sentir à tous les niveaux. L’éducation, en effet, transforme les sociétés. Des problèmes récurrents comme la pauvreté extrême, l’insécurité ou encore l’instabilité institutionnelle commenceraient à diminuer. Une population éduquée comprend mieux ses droits, ses devoirs, et participe activement au progrès collectif. L’éducation renforcerait ainsi la cohésion sociale, l’esprit critique et la responsabilité citoyenne. Elle préparerait les jeunes à mieux affronter les défis de leur époque et à contribuer positivement à l’avenir du pays. Regardons donc de plus près ses bienfaits sur deux axes fondamentaux : intellect et social.
Le développement intellectuel : fondement du progrès individuel et collectif
L’éducation, lorsqu’elle est de qualité et accessible à tous, permet de révéler et de développer le potentiel intellectuel de chacun. Ainsi, à titre individuel, chaque individu serait-il plus intelligent avec un socle commun de connaissances, à moins que cette personne ait un quelconque problème mental. À l’échelle nationale, si chaque personne bénéficiait réellement du droit à l’éducation, la population serait globalement plus instruite, plus lucide, plus rationnelle. Les décisions collectives seraient mieux réfléchies, plus justes, plus orientées vers l’intérêt commun. La plupart de ces nouveaux citoyens instruits, issus des milieux défavorisés, prendraient des décisions plus favorables au pays, à l'anéantissement de la pauvreté. Ne voulant plus vivre dans la misère, ils essaieraient et arriveraient sûrement à améliorer le pays sur tous les plans (économique, politique, social, sanitaire, sécuritaire), ce qui ferait perdurer cette situation favorable. Avec des gens intelligents sous certaines conditions, le droit à l'éducation ferait ses preuves.
Le développement social : vers une société plus juste, solidaire et disciplinée
L’éducation ne transforme pas que l’intelligence : elle façonne aussi les comportements, les valeurs et les rapports sociaux. Une société éduquée est une société plus juste, plus disciplinée, plus pacifique. L’individu éduqué développe une conscience sociale : il comprend l’importance de la loi, du respect des autres, de l’environnement, du bien commun. Il agit avec civisme. Il fait preuve de solidarité. Il devient un acteur du changement.
Dans une société véritablement éduquée, chaque citoyen se soucierait davantage des autres, de l’environnement, du pays tout entier. Cette conscience collective ferait émerger une population non seulement disciplinée et solidaire, mais aussi patriote, responsable et économiquement lucide.
Un tel peuple pousserait ses dirigeants à agir dans l’intérêt commun : relancer l’économie, limiter les importations, renforcer les exportations, protéger les ressources nationales. Même l’usage des réseaux sociaux deviendrait plus sain : les contenus nuisibles seraient régulés, comme l’ont fait certains pays en interdisant ou en restreignant les sites pornographiques. Car au fond, garantir le droit à l’éducation, c’est élever le niveau de conscience d’un peuple. Et un peuple conscient agit pour lui-même, pour les autres, et pour son pays.
L'éducation, source d'opportunités et de liberté
Au-delà du développement intellectuel et social, l’éducation ouvre des portes vers l'avenir. Des opportunités concrètes, personnelles, professionnelles, culturelles. Elle permet à chacun de sortir de sa condition initiale, aussi difficile soit-elle. Elle permet de rêver, d’entreprendre, de progresser.
« Ouvrir une école aujourd’hui, c'est fermer une prison dans vingt ans », dit Louis-Charles Jourdan ou encore, « l'ignorance est la pire des prisons » dit Charlie Bauer, ce sont là deux citations qui nous montrent que sans éducation, on a plus de chances de faire des crimes et que l'éducation empêcherait des gens de devenir des hors-la-loi. L’éducation libère. Elle éloigne du crime, elle protège de la manipulation, elle apprend à s’exprimer, à revendiquer ses droits, à voter.
L'éducation permet de changer de classe sociale, certes difficile, mais avec l'éducation, on peut passer de pauvre à riche, d'une vie moyenne à une vie comme celle d'Elon Musk – certes, cela peut sembler exagéré, mais cela illustre l'idée du changement social possible. L'éducation permet d'avoir des opportunités de travail que ce soit dans son pays natal ou à l'étranger. Elle donne accès à la technologie, à la science, aux innovations. Elle prépare à travailler ici, ou à s’expatrier, à créer, à innover. Oui, certaines de ces opportunités relèvent du développement intellectuel ou social. Mais leur puissance est telle qu’elles méritent une place à part. Car l’éducation est le seul levier capable de transformer durablement une vie.
Nous arrivons au terme de cette réflexion où nous avons vu comment le droit à l'éducation participe au développement intellectuel, social et humain des individus. Nous avons compris qu’il est l’un des piliers du développement intégral. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose, ce serait que le droit à l’éducation ne vaut que s’il est appliqué. Il ne suffit pas de l’affirmer, il faut le garantir. Par des actes, par des politiques, par des engagements concrets.
Jean Godson Petit-Homme
Élève NSI, Collège Canado-Haïtien
Lauréat du concours de dissertation du Centre Muse Haiti
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