Je ne me demande jamais ce qu’est la littérature. Il y en a qui disent que c’est le rêve, la tendresse, une parole secrète qui, tout à coup, se dévoile. Mais les livres réussis ne dévoilent pas. Ils nous font vivre quelque chose. Ils ouvrent une porte. Ils nous embrassent. Nous, en tant que lecteurs, on entre, le cœur sur la main.

J’ouvre Tout ce qui reste (Editions Stanké, 2025) de Suzanne Aubry de cette manière, à pas feutrés, jusqu’à m’y installer. C’est un puzzle qu’on rassemble page après page. Nous sommes dans la Ville Blanche. La mort n’existe pas. On ne laisse pas de trace. Les citoyens disparaissent, ou sont éradiqués. L’hiver est éternel. La solitude règne sur toutes les ombres. Dans ce coin de la terre, les livres, attention danger ! On les prête en catimini, dans les bibliothèques.