À l’occasion des funérailles du pasteur Sylvio Claude assassiné le 30 septembre 1991 dans une embuscade dans la ville des Cayes, le leader du MIDH, Marc Louis Bazin, a jeté un lumineux coup d'œil sur les modalités particulières et souvent déroutantes de cette longue transition. De ce message haut en couleurs, truffé de vérités et de points de discussion, Marc Louis Bazin a précisé que «notre pays doit affronter les écueils de trois transitions à la fois : la transition de l'ordre autocratique vers la démocratie, la transition d’une économie fébrile vers l'économie de marché pure et dure, avec son cortège d'ajustements, la transition du régime de la République de Port-au-Prince vers la décentralisation des pouvoirs, laquelle seule peut responsabiliser les élus locaux». Il est important de souligner la justesse et la profondeur de ces remarques programmatiques qui sont d'autant plus fécondes et stimulantes qu'elles sont le résultat d'une réflexion longuement mûrie. Comme le montre le constat de Marc Louis Bazin, il n’est nullement nécessaire d’avoir toujours un discours très travaillé ou bien expressif, bien que le choix des concepts clefs en politique n’ait jamais une signification purement terminologique – pour inconsistant que puisse être par ailleurs le discours de la grande majorité de nos politiciens – mais possède aussi une expressivité mise au service d’une communication tapageuse et mensongère. On comprend bien que de tels propos, venant d'un homme d'État controversé, d'un chef de parti vif et tenace, devraient susciter de vives discussions dans le milieu, car ce qui a fait défaut, tout au long de cette transition, c’est cette consistance conceptuelle, cette absence discursive, cette absence d'analyse. Certes, la démarche de Marc Louis Bazin se présente sous la forme d'un raccourci qui a la vertu de définir les principales réformes de structure et d’orientation auxquelles fait face la nation. Le reste n’est que détail.
Cette position rigoureuse vis-à-vis d’un processus de démocratisation dont le cours même s’écarte de la voie normale de la stabilité institutionnelle, de la formation de l’État national et de la modernisation, rend l’esprit critique sensible à deux choses : d’une part, à la perte de substance doctrinale qu’une gouvernance progressant de façon brutale exige d’une société qui s’effrite à vue d’œil ; mais d’autre part, également à la nécessité de forcer cette démocratisation dans un pays attardé afin de combattre l’ignorance des secteurs archaïques, ignorance qui ressort d’autant plus sur le fond d’une transition erratique.






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