Je ne sais plus combien de fois j’ai dit à cette amie algérienne que je ne sais pas danser le compas. Elle n'arrive pas à me croire. Pas seulement le compas : je ne sais pas danser du tout, dis-je. Mirlande Lafortune me dit souvent que la danse est sociale. Qu’il faut danser. Que je dois au moins bouger mon corps. C`est l’art du mouvement. Il suffit d’obéir au rythme de la musique, aux sons. Et pour la taquiner, je réponds que tout est social. Quand j’écris dans ma chambre, c’est aussi une activité sociale. Je parle avec des gens que je ne connais pas. L`écrivain est un chorégraphe : avec vingt-six lettres, il compose la danse du réel et de l’imaginaire. La cadence de nos mains peut changer le ton d’une phrase. J’essaie de tourner en rond...

C’est délicat de parler de la danse quand on ne sait pas danser. Je bouge la tête, je chante. Je fais semblant de faire quelque chose. On profite de la vie sur ce tube de Joé Dwèt Filé. Je demande à Li si elle connaît ça. Qui ne connaît pas 4 Kampe à Montréal ? J’ai ressenti une sorte de fierté, un grand bonheur a envahi mon être. Pour une fois, le débat sur Haïti est positif.