Le bas Artibonite revient dans l’actualité. Pour les mêmes faits : un énième massacre que les forces de l’ordre n’ont pu empêcher. Cette fois, il est imputé au chef de gang Luckson Elan et à ses hommes de Gran grif. Ils ont quitté Savien et profité de la nuit du 28 au 29 mars pour venir cracher le feu de l’enfer sur des civils à Jean‑Denis et dans d’autres localités de Petite‑Rivière‑de‑l’Artibonite.

Comme d’autres — au moins huit en 2025 — ce massacre a un air de déjà‑vu. Au cœur des lakou, on a retrouvé des corps criblés de balles. Des femmes, des hommes gisant dans leur sang dans la poussière à proximité de maisonnettes incendiées. Les assassins, à chaque fois, revendiquent leurs actes, étalent leur puissance, narguent «  l’adversaire » : Ti Mépris, chef de la "Coalition", un individu qui compte lui aussi des massacres à son actif, au nom de l’autodéfense. Le mimétisme est terrifiant. La rivalité entretenue d’autres tragédies. 

Après le carnage de Luckson — sanctionné depuis un bail et qualifié de terroriste par les États-Unis en mai 2025, le même rituel. Les condamnations de pays amis. Le gouvernement haïtien , carburant au diesel, a lui aussi emboîté le pas. Les mots, éléments de langage, n’ont pas empêché, dans les jours suivants, la poursuite des conquêtes territoriales. Marchand‑Dessalines, première capitale d’Haïti, est tombée dans l’escarcelle des gangs. Les faits sont évocateurs. L’implacable réalité dicte sa loi :  dans ce chaos construit, il y aura d’autres morts …et une piqûre de rappel. Jusqu’ici, dans le bas Artibonite, Gran grif a la haute main parce qu’il est combattu avec une grande défaillance d’intelligence et de renseignement. Pour l’heure, Gran grif est l’ennemi. Ce lundi, des positions de ce gang ont été la cible de drones, selon une source gouvernementale. La « coalition d’autodéfense » de Ti Mépris, quant à elle, bénéficie de protections, a appris Le Nouvelliste.

Tout le monde sait aussi que, dans au moins un cas documenté — en août 2025 — c’est le même vendeur de munitions, basé à Port‑au‑Prince, qui alimente Gran grif et la "Coalition". Le suspect qui avait joué le rôle de passeur, avait été arrêté. Il avait avoué avoir récupéré les munitions à Mac Donald, Saint‑Marc, chez une femme dont la maison a été incendiée. Plusieurs sources interrogées sur cette interpellation ont indiqué que cet individu a été éliminé par la coalition. Ni la police ni la justice n’ont jugé bon de remonter la filière, a confié une source.

Un modèle économique a été mis en place. Il est lucratif et cynique. Les gangs tuent, volent, kidnappent, imposent des frais de passage. Les brigades d’autodéfense font à peu près les mêmes choses. Elles jouent sur la peur, collectent de l’argent. Cela devient un juteux racket. Des jeunes chômeurs y trouvent leur compte, a détaillé une source ayant requis l’anonymat. Tout le monde sait, et l’omerta est la règle à Saint‑Marc. Tout le monde sait que sang, massacres et peur alimentent une économie noire. Entre politiques, ressortissants haïtiens dans la diaspora, propriétaires terriens, l’on connaît les mobiles de l’armement et des conflits.