Le système économique constitue le moteur de toute société. Aucun changement réel et durable ne peut se produire sans une transformation profonde de ce système, car il représente le cœur qui alimente toutes les autres branches de la société.
Parler de changement de système signifie repenser les pratiques économiques et politiques qui affaiblissent le rôle de l’État comme régulateur. En Haïti, une oligarchie archaïque continue de dominer l’économie, refusant l’innovation et la modernisation. Or, sans innovation, aucun progrès véritable n’est possible.
La productivité d’un pays repose sur l’investissement et l’innovation. Pourtant, une oligarchie impliquée dans l’économie informelle, parfois même dans des activités illicites comme le trafic de drogue, et dans la capture de l’État, n’a aucun intérêt à investir à long terme dans l’agriculture, les infrastructures ou l’industrie. L’argent rapide et facile devient alors le principal moteur de ce système.
Dans cette logique, ces groupes sont prêts à tout pour conserver leur pouvoir. La preuve en est que de nombreux contrats valant des millions de dollars américains sont souvent attribués à des firmes étrangères, alors qu’ils pourraient servir à renforcer les structures locales, créer des emplois et favoriser le développement national.
Le système économique haïtien semble ainsi allergique au développement. L’assassinat de Jovenel Moïse en est, pour beaucoup, un symbole tragique. Même si l’on ne partageait pas entièrement sa vision politique, sa mort demeure un événement révoltant qui illustre la violence et les tensions profondes entourant toute tentative de transformation du système.
Les politiciens, pour leur part, s’inscrivent souvent dans le schéma de ce secteur économique archaïque. Une fois au pouvoir, ils prennent rarement des mesures courageuses pour redresser la situation. L’argent facile devient l’objectif des responsables politiques, tandis que les contrats économiques profitent au secteur privé dominant. Dans un tel système, il devient extrêmement difficile de sortir du cercle vicieux du sous-développement.
Un véritable changement ne pourra se produire que lorsque le peuple prendra conscience de sa condition économique et de son pouvoir collectif. Cependant, la société haïtienne semble aujourd’hui confrontée à un phénomène dangereux : l’habitude de vivre dans la misère. Lorsque les conditions inhumaines deviennent normales, la capacité de révolte disparaît progressivement.
Dans cette perspective, les lois et les institutions — qui constituent la superstructure de la société — doivent être réformées afin de soutenir une transformation économique réelle. Il devient nécessaire de revoir profondément le code douanier et le code fiscal haïtiens, et d’imposer de nouvelles règles aux grandes fortunes du pays afin de favoriser une meilleure répartition des richesses et un développement plus équilibré.
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