Depuis le mois de mai 2025, le rapport du Conseil supérieur des salaires repose sur le bureau de l’exécutif sans qu’aucun arrêté n’en vienne fixer la portée1. Les ouvrières et les ouvriers du secteur textile, qui n’ont vu leur grille évoluer qu’une seule fois depuis février 2022, attendent. Ils manifestent par intermittence, parfois durement réprimés. Et pendant ce temps, la conversation publique tourne, immuable, autour de la même opposition fatiguée.
D’un côté, la lecture qu’on peut appeler classique : un salaire minimum fixé trop haut détruirait l’emploi et alimenterait l’inflation, parce qu’il forcerait les entreprises soit à licencier, soit à augmenter leurs prix pour compenser leurs coûts. De l’autre, la lecture keynésienne : sans soutien public au pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles, la demande s’effondre et entraîne avec elle l’ensemble de la dynamique économique. Ces deux lectures se renvoient la balle depuis quinze ans dans le débat haïtien. Et chaque cycle de mobilisation reproduit les mêmes arguments, les mêmes affrontements, et la même issue : un ajustement nominal qui court derrière une inflation déjà installée, sans jamais la rattraper.






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