Dans un article récent publié dans ces pages sous le titre L’autarcie inflationniste, j’ai tenté de démontrer, données et régressions à l’appui, que quatre-vingt-douze pour cent du rythme mensuel de l’inflation alimentaire haïtienne n’est pas expliqué par les trois canaux externes que la littérature économique considère habituellement comme déterminants : le prix du pétrole, les prix alimentaires mondiaux et le taux de change. L’article proposait, dans sa section consacrée aux leviers d’action, deux exemples étrangers censés illustrer des voies de sortie possibles : le démantèlement du cartel du pain en Afrique du Sud par la Competition Commission entre 2007 et 2010, et l’Instituto de Estabilización de Precios (INESPRE) de la République dominicaine, créé par la loi 526 de 1969, qui achète directement aux producteurs et revend aux consommateurs en court-circuitant les intermédiaires.
Une discussion avec Carl-Henri Prophète, économiste, a fait émerger une question que l’article n’avait pas vocation à traiter mais qui mérite d’être posée à part entière. La remarque de Prophète était simple et tranchante : ni dans le cas sud-africain, ni dans le cas dominicain, l’effet de ces dispositifs sur les prix de détail payés par les consommateurs n’a fait l’objet d’une évaluation d’impact rigoureuse. La Competition Commission a infligé des amendes de plusieurs centaines de millions de rands aux cartélistes du pain, mais aucune étude publiée n’a mesuré si le prix du pain a effectivement baissé pour le consommateur sud-africain après le démantèlement. L’INESPRE existe et opère depuis cinquante-sept ans, mais aucune évaluation d’impact n’a isolé son effet propre sur les prix alimentaires de détail en République dominicaine. On punit, on stabilise, on fixe. Mais on ne mesure pas.






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