Dans l’imaginaire haïtien, cette politique a été identifiée comme une forme de politique publique d’accueil migratoire, en référence aux visas humanitaires accordés par le Brésil, et comparée aux initiatives de gouvernance migratoire mises en œuvre aux États-Unis. De manière similaire, l’élection de Donald John Trump a redéfini le régime des politiques migratoires nord-américaines, tout comme au Chili, où José Antonio Kast, dirigeant de la droite chilienne investi en mars 2026, a inauguré un agenda de restriction migratoire de ligne dure, impactant directement la communauté haïtienne résidant dans le pays.
Ce panorama met en évidence comment les dynamiques électorales régionales façonnent le destin de milliers d’Haïtiens. Pour cette raison, le scrutin brésilien doit être observé avec attention en Haïti, car il peut influencer directement les trajectoires de la communauté migrante haïtienne résidant au Brésil, affecter ceux qui demeurent sur le territoire national et redéfinir les termes de la coopération bilatérale entre les deux États.
Dans ce contexte, il est juste de souligner que le gouvernement de Jair Bolsonaro, contrairement à d’autres gouvernements de droite dans la région, n’a pas mis en œuvre de politiques migratoires restrictives qui auraient affecté négativement la communauté haïtienne, maintenant ainsi la continuité institutionnelle des normes migratoires antérieures. Lors des élections de 2026, avec Jair Bolsonaro en régime domiciliaire et juridiquement inéligible, le capital politique associé au nom Bolsonaro sera encore présent dans les urnes, puisque son fils aîné se présente comme candidat et incarne l’héritage politique et idéologique de son père. Le pré-candidat du Parti libéral (PL), jusqu’à présent, n’a pas indiqué que l’agenda migratoire constitue une priorité dans son programme, reproduisant apparemment l’orientation politique consolidée par son père.
En outre, il est pertinent de constater que l’agenda de restriction migratoire n’occupe pas une position centrale dans le débat politique brésilien, demeurant une question secondaire ou même absente face à d’autres thèmes structurants tels que la corruption, la stabilité démocratique et la sécurité publique. Selon l’historique institutionnel du pays, rien n’indique que les politiques d’exclusion migratoire constituent une priorité, bien que certaines conjonctures politiques puissent éventuellement redéfinir la hiérarchie des agendas et modifier le poids relatif des questions.
Pour cette raison, même si Haïti connaît actuellement un processus d’érosion institutionnelle, caractérisé par l’affaiblissement des structures démocratiques, l’absence de pouvoirs représentatifs effectifs et un Exécutif en situation de déconnexion constitutionnelle, suivre de près le processus électoral brésilien ne signifie pas pour les Haïtiens choisir un camp politique. Il s’agit plutôt d’une forme de positionnement stratégique visant à défendre leurs intérêts nationaux, indépendamment de celui qui occupera le centre du pouvoir étatique à Brasilia.
De cette manière, lorsque la dynamique des préférences électorales brésiliennes viendra se projeter dans la sphère publique haïtienne, ce que l’on percevra ne sera pas seulement la manifestation de la démocratie représentative brésilienne, mais également le reflet d’une trajectoire de coopération institutionnelle intergouvernementale qui a déjà conditionné le destin de milliers de Haïtiens ainsi que les intérêts nationaux de sécurité et de développement d’Haïti. Cette relation devra rester une priorité dans l’agenda public haïtien, permettant la matérialisation efficace de l’intégration Sud-Sud et contribuant au renforcement des mécanismes de gouvernance régionale et de l’institutionnalisation normative.
Plus qu’un phénomène conjoncturel, cette interdépendance politique révèle la capacité des processus d’institutionnalisation démocratique internes d’un pays à projeter des effets transnationaux, notamment lorsqu’ils sont associés à des liens historiques de solidarité et à des politiques migratoires qui ont façonné des flux de population et des réseaux transnationaux de sociabilité. L’expérience brésilienne, en maintenant une politique d’accueil et d’intégration des Haïtiens, s’est consolidée comme un exemple de diplomatie humanitaire qui transcende la logique traditionnelle de la souveraineté étatique et s’inscrit dans la perspective d’une gouvernance multiniveaux, où les acteurs étatiques, régionaux et internationaux partagent des responsabilités.
Dans ce sens, l’impact des élections brésiliennes sur Haïti ne doit pas être interprété uniquement comme le reflet d’une corrélation de forces partisanes, mais comme partie intégrante d’un processus plus large de légitimation démocratique et de construction d’un ordre régional fondé sur la coopération, la réciprocité et l’interdépendance. Le maintien de cette priorité dans l’agenda haïtien peut contribuer à renforcer l’institutionnalisation de l’intégration Sud-Sud, à élargir les canaux de dialogue politique intergouvernemental et à consolider les mécanismes de gouvernance régionale, faisant de la relation Brésil–Haïti un axe stratégique pour la stabilité et le développement de l’Amérique latine et des Caraïbes.
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[1] Jean Peterson Notis est diplômé en philosophie de l’Université catholique de Pelotas (UCPel), titulaire d’un master en science politique et doctorant dans la même discipline à l’Université Fédérale du Rio Grande do Sul (UFRGS). Email : jeanpetersonnotis@yahoo.com
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