Edmond Paul (1837-1893) n'est pas un théoricien retiré dans ses livres. Maire de Port-au-Prince, député, sénateur, il passe pour le cerveau pensant du Parti libéral. Son ouvrage « Les causes de nos malheurs — Appel au peuple », publié en 1882 et réédité en 2026 par C3 Éditions, est le fruit d'un homme qui pousse ses convictions jusqu'à prendre les armes. Il s'en explique sans ambages : « Peu après, sans autres formalités, la mitraille vint nous signifier que l'Exécutif était résolu dans ses desseins aveugles. C'était l'heure du salut de chacun, l'heure où l'homme public est sommé d'opter entre le courage et le déshonneur. »
Le livre est un manifeste, une mise en accusation. L'ouvrage traque les ressorts du mal haïtien : dirigeants incompétents, violence des maîtres de l'heure, privilèges exorbitants concédés au commerce étranger. La paysannerie — colonne vertébrale du pays — y est montrée exploitée sous un régime de travaux forcés, réduite à une simple force de production. La corruption gangrène l'administration, les finances publiques sont pillées. Face au président Salomon, son contemporain, Paul ne mâche pas ses mots : « Tous les actes de Geffrard que vous avez sous nos yeux incendiés verdissent à nouveau dans votre administration.»






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