Vilaire lui-même se défend avant même la lecture : « Ce poème n'est que le fruit amer d'un mal moral qui sévit chez nous avec une effrayante acuité. » Une mise en garde qui dit tout; on n'entre pas dans ce livre comme on entre dans n'importe quel autre. On y entre comme on entre dans une confession.

Dix hommes noirs. Le plus âgé n'a que trente ans et pourtant leurs récits semblent avoir dépassé le cours des âges. Ils se retrouvent dans un manoir pour faire ce que font ceux qui croient que le meilleur est ailleurs que sur cette terre: mourir. L'orphelin qui perd sa bien-aimée, celui qui lutte dans un système dominé par le mal, celui dont la femme l'a quitté pour un ministre, celui qui à vingt cinq ans réalise qu'il ne possède rien. Chacun porte sa croix, chacun a ses raisons. « Je n'ai de place ici-bas que dans un cercueil », exprime le premier. « Tout est vain ici-bas et même de lutter », poursuit-il.