Livres en folie s'impose comme l’un des plus grands événements intellectuels, voire culturels haïtiens. Malgré la crise sécuritaire qui ronge le pays, cette foire perdure et, par son envergure, supplante quasiment de grandes manifestations traditionnelles : les festivals musicaux, les fêtes patronales, les pèlerinages, etc.
Livres en folie fait événement au prisme de grands pays de lettres comme la France : 114 auteurs et 1 100 titres à la 32e édition. C’est quand même immense, eu égard à la 41e édition de la Comédie du livre, l'une des plus grandes manifestations littéraires du Sud de la France, qui s’est tenue à la mi-mai dernière : 150 auteurs français et étrangers en signature. Hormis un strict contrôle de sécurité, le public a eu carte blanche pour aller à la rencontre de ces auteurs. Aucune file d’attente notable. Quant à Livres en folie, il y a généralement une file longue et serrée jusqu’aux heures de clôture, en dépit d’un droit d’entrée. Le lieu accueillant l’événement est souvent bondé. Et la foule mêle enfants, jeunes et personnalités publiques dans un élan populaire que peu d'événements intellectuels suscitent encore.
« Livres en folie a le mérite de donner lieu à une folie des livres [...]. L'événement fait la preuve annuelle d'une vitalité de la production de livres en Haïti […]. » Ces propos de Lyonel Trouillot, publiés dans AyiboPost, à la veille de la 30e édition, en 2024, synthétisent bien ce que cette foire représente. Livres en folie est devenu la cour de grands contemporains haïtiens du XXIe siècle comme Frankétienne, René Depestre, Gary Victor, Dany Laferrière et Lyonel Trouillot qui, d’une prolificité rarissime, sont des Mapous de la culture et de la littérature haïtiennes. À ce panthéon se greffent les noms d’intellectuels comme Laënnec Hurbon, Michel Soukar, Hérold Toussaint et Marc Exavier, dont l'engagement en faveur de la vulgarisation du savoir et de la pensée sociale haïtienne, au travers de la diffusion des livres, mérite une reconnaissance particulière. « Dans ce pays, on écrit, on publie », a écrit Trouillot. Quitte à ajouter que beaucoup de jeunes Haïtiens connaissent de grands auteurs et aiment des livres qu’ils ne manquent surtout pas de dévorer. Il y a là de quoi admirer et s'en réjouir.





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