Le Premier ministre Fils-Aimé se délecte d’anaphores. Pendant des mois, il nous a bercés avec « Sécurité! Sécurité ! Sécurité ! » Depuis quelque temps, nous avons droit à « Élections! Élections! Élections! » Nous n’avons pas besoin de clés pour décoder ce nouveau refrain. Le message est clair : tôt ou tard, le pays va vers les élections. Ainsi en ont décidé les maîtres du jeu politique. Il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter au discours du chargé d’affaires des États-Unis, le 2 juillet 2026, relatif à l’urgence de restaurer la gouvernance démocratique, ou encore à la mise en garde du représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, Carlos Ruiz Massieu, qui invite les dirigeants haïtiens à ne pas prendre prétexte du climat d’insécurité pour différer la mise en œuvre du processus électoral.

D’aucuns rejettent cette hypothèse, sacrilège à leurs yeux, car les électeurs ne manqueront pas de bouder le scrutin. Sans doute, mais l’anecdote suivante réduira à néant leur argumentation. Je demande pardon au lecteur de reproduire un extrait de mon témoignage L’Année de toutes les duperies. La scène que j’y décris se passait en mai 1990 lors d’un déjeuner offert en l’honneur de l’ambassadeur des États-Unis à l’époque, Alvin Adams. « À une dame qui lui faisait part de ses doutes sur la participation populaire aux élections à venir, le représentant des États- Unis répondit avec l’aplomb qui lui était caractéristique: Madame, même s’il n’y a que 5% des électeurs à voter, nous considèrerons ces élections comme un succès. En l’an 2000, ils seront 20% et en l’an 2005, 50% comme dans toutes les démocraties ». Verbatim.