Le 24 décembre 1955, cinq mois après la fameuse prestation de la place Sainte-Anne, Nemours Jean-Baptiste recruta deux trompettistes, un saxophoniste alto, un second accordéoniste et un contrebassiste. L'effectif doublait, mais l'essentiel était ailleurs. La formation initiale, composée de deux saxophones, d'un accordéon, d'une contrebasse et d'un tambour, relevait encore du conjunto latino et du twoubadou élargi. L'arrivée des cuivres en fit un véritable orchestre de danse. La cadence, initiée par un petit groupe sur une place publique, devenait une musique écrite pour une section instrumentale, avec des riffs et des réponses de trompettes. Ed Rainner Sainvil décrit cette formule aboutie : trois trompettes, trois saxophones, une batterie jouant le rôle de métronome et un tambour ouvrant les cassures. Il fallut trois ans pour parvenir à cette configuration, grâce aux musiciens présentés dans ce volet.

Deux de ces musiciens venaient de la même école. Talès Jabouin, de son vrai nom Jean Emmanuel Jabouin, né en 1930, était originaire de la Croix-des-Bouquets. Il s'inscrivit en 1941 à l'École centrale des arts et métiers, où Augustin Bruno lui enseigna les fondements de la trompette. Son premier engagement lui fut offert par Anilus Cadet. Suivirent le Jazz des Caraïbes, l'Atomique Junior et l'Orchestre Citadelle. En mars 1956, il devint trompettiste de l'Ensemble aux Calebasses lors de la première prestation du groupe au Calebasses Night Club, à Carrefour, en face de l'église Saint-Charles. Il demeura neuf ans aux côtés de Nemours Jean-Baptiste. De 1947 à 1980, sa trompette le mena en Haïti comme à l'étranger, au sein d'un grand nombre de formations.