Hormis l’opinion discordante énoncée par le Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine qui, en raison d’une proximité géographique à haut risque pour son pays, craint que le dossier élections ne supplante celui de la sécurité, c’est la quasi unanimité de la communauté internationale sur la question électorale qui interpelle. L’avancée à marches forcées vers la tenue des élections à tous les niveaux provoque une gerbe de réactions. Elle fait éclore nombre de théories, certaines franchement délirantes, mais toutes marquées du sceau du scepticisme quant à leur réalisation. Il est évident qu’un scrutin organisé dans un pays sous l’emprise des gangs n’enthousiasme pas grand monde, mais, au lieu de faire le catalogue de nos griefs, n’est-il pas plus judicieux de tenter de découvrir l’objectif visé par la mise en place accélérée d’un processus qui manifestement détonne avec les réalités sur le terrain ? Un analyste affirme que, selon une source qui lui inspire confiance, toute la gesticulation autour de la publication du calendrier électoral ne cherche qu’à rassurer les représentants de la Chine et de la Russie à la veille du vote en septembre au Conseil de sécurité de l’ONU d’une nouvelle résolution ayant pour objet la reconduction pour une nouvelle année de la force de répression des gangs. A première vue, cette assertion semble s’appuyer sur des indices solides sauf qu’elle confère une forte dose de naïveté à des appareils diplomatiques aussi aguerris que ceux de Moscou et de Beijing. D’autres hypothèses font trop de place à la méfiance instinctive envers les Etats-Unis pour se prêter à un examen rationnel. Et si cette nouvelle orientation est tout simplement un début de prise de distance de Washington avec la manière de Fils-Aimé de tenir les rênes du pays? Celui-ci avait indiqué dès le début qu’il inscrivait son mandat dans un temps long puisqu’il affirmait péremptoirement qu’il céderait la place seulement à un Président élu, d’où la temporisation à coups de promesses illusoires et de formules creuses. La communauté internationale, en faisant ostensiblement sienne l’option électorale, lui envoie un signal fort: plus d’atermoiement.
A vouloir durer dans les décors dorés d’un pouvoir d’apparat, le Premier ministre, tout comme ses prédécesseurs, a méconnu une évidence: même un homme ou une femme qui aurait rendu des services exceptionnels à une nation ne peut prétendre se pérenniser au pouvoir, à plus forte raison un dirigeant avec un bilan aussi maigre après bientôt six mois à la tête du pays. La dérisoire progression dans le rétablissement de la sécurité est due plus à l’abandon par les gangs des espaces qu’ils occupaient qu’à des assauts soutenus de la police et de l’armée. Ce n’est pas que nous sous-estimons la difficulté de la tâche, mais les responsables auraient dû s’astreindre à une certaine retenue au lieu de narguer la population en se targuant de percées importantes dans ce domaine. Comme l’a dit un chroniqueur de radio, quand un enfant, aujourd’hui âgé de six ans, né à Port-au-Prince, capitale d’un pays entouré d’eau de trois côtés, ne connaît pas la joie simple d’un bain de mer, ce seul fait traduit par la banalité de l’exemple le décalage entre le satisfecit que ne cesse de se donner le pouvoir et le quotidien morose de ses habitants.






Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.