Le monde culturel haïtien a appris la disparition de Patrick Vilaire, mort le 15 août 2026, à un mois de son quatre-vingt-cinquième anniversaire. Plasticien, sculpteur, céramiste, écrivain et collectionneur, il comptait parmi les artistes les plus influents de sa génération. Six décennies durant, il a mené de front la création plastique, la recherche sur le patrimoine et le travail auprès des communautés.
Né à Port-au-Prince le 16 septembre 1941, il vient tôt aux arts visuels. Ingénieur de formation, il étudie le dessin à la Galerie Ramponeau, de 1955 à 1958, puis la céramique au Centre de céramique d'Haïti, entre 1956 et 1959. En 1959, il participe à un échange culturel à Genève, sous l'égide de l'Académie internationale de la céramique, qui l'admet comme membre en 1964.

Du fer et du feu à l'engagement communautaire

La céramique tient une place centrale dans son parcours. Dès 1960, il travaille avec les artisans potiers de Bréda et de Lory, dans la Plaine du Nord, une collaboration qu'il reprend en 1985 avec les potiers d'Aux Pins, sur les hauteurs de l'Anse-à-Veau, dans le cadre d'un projet financé par la coopération canadienne. Il se spécialise ensuite en céramologie historique à l'Institut national de la culture de Panama, en 1976, puis se forme aux énergies nouvelles, solaire, éolienne et cinétique, à l'Agence française pour la maîtrise de l'énergie, à Nice, en 1986.


L'enseignement a tenu une place comparable. De 1965 à 1975, il est professeur d'art à l'École Sainte-Trinité de Port-au-Prince. Il compte parmi les fondateurs du Centre artistique et culturel Poto Mitan, animé avec Wilfrid Austin, dit Frido, et Jean-Claude Garoute, dit Tiga. De 1976 à 1980, il est assistant à la section précolombienne du Bureau d'ethnologie d'Haïti.
Son œuvre sculptée, travaillée dans le fer et le feu, s'attache à la mort, à la mémoire, au pouvoir et à l'oppression. Des pièces comme « Bawon Samdi », « La Table du dialogue avec la mort », « Le Fossoyeur » ou « L'obsession du pouvoir suprême » puisent dans la culture populaire et le vodou. La série « La cellule » renvoie à l'enfermement et à la contrainte, dans une lecture critique des années de dictature. Le Nouvelliste avait consacré, en février 2022, un portrait détaillé à cette démarche.