L’intelligence artificielle a franchi un cap spectaculaire dans la création visuelle et la restauration d’images. Qu’il s’agisse d’illustrer un article, de concevoir l'affiche d’un événement en quelques secondes ou de redonner de la netteté à des photographies dégradées, les outils actuels offrent une rapidité et une accessibilité inédites. Désormais, la création graphique n'est plus la chasse gardée des seuls spécialistes : elle s'ouvre à tout le monde. Ce boom d’utilisation est indéniable. Pourtant, derrière cet engouement, un double malaise s’installe : la lassitude face à des créations uniformes et, plus grave encore, l’altération silencieuse de notre mémoire collective.
Le premier constat relève d’une véritable saturation esthétique. Pour le moment, les visuels réalisés entièrement par l'IA sautent aux yeux. On a le sentiment de deviner la machine derrière un style répétitif : éclairages trop lisses, textures exagérément parfaites, rendus hyper-saturés ou regards légèrement figés. Alors que ces visuels devaient attirer l’attention, ils finissent par fatiguer le regard avant même que l’on prenne connaissance du contenu. S’agit-il d’un manque de maturité technique des algorithmes, d'un abus dans leur utilisation ou d’un problème de création qui tourne en boucle ? Le résultat est bien là : une lassitude visuelle s’installe.
Mais un problème plus grave encore découle de cet abus d'utilisation : la falsification involontaire du passé. À vouloir améliorer des images anciennes pour leur donner une meilleure résolution, les algorithmes finissent par les modifier, en particulier les visages. Certes, l’image devient plus belle et plus nette, mais la personne n’est plus tout à fait la même. La ressemblance persiste, mais les traits ont changé. Le véritable drame est que ces images altérées risquent de s’imposer avec le temps et de faire passer des visages inventés pour des figures authentiques. Si l’interprétation artistique reste utile pour représenter des personnages historiques dont on ne possède aucune trace, déformer des photographies d'archives existantes produit exactement le contraire de ce que doit être une archive : un témoin fidèle du réel.





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