Les écrivains, s’agissant d’Haïti je devrais dire les poètes, aiment bien se retrouver entre eux malgré les sentiments mitigés qu’ils éprouvent les uns à l’égard des autres. Ils savent qu’ils forment une tribu particulière. Adorés un jour, honnis le jour suivant, et souvent sans raison précise. Ils s’échappent de la vie ordinaire, comme s’ils étaient sur un manège qui tournait sans cesse en les étourdissant, jusqu’à ce qu’ils atteignent une certaine ivresse lyrique. C’est cette atmosphère magique qui, en les enveloppant, finit par susciter à leur égard cette passion qui peut se changer à la longue en aversion. La destruction suit l’admiration.
Ils aiment aussi se tenir à l’écart dans les soirées mondaines, mais ne ratent aucun plateau de petits fours qui passent à moins d’un mètre d’eux. Un jeune romancier est toujours affamé, tandis que la jeune poétesse souffre constamment de migraine, m’a glissé un vieux journaliste, gonflé de clichés, qui, lui, ne fait que boire. Dans cette faune, on dit du mal des absents, même si on retrouve vite l’esprit collectif quand l’agresseur vient d’un autre corps de métier.






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