Il y a des métiers que j’aurais aimé exercer quand je pense à la part invisible du travail : le savoir-faire, l’intelligence que cela exige. J’apprécie tant le pain de la boulangerie du coin ; je nourris une fascination pour l’art de la pâte. Être plombier. J’observe la justesse d’une intervention ; en un battement de cils le monsieur avoue que ce tuyau va ici et non là. Le dégât est réparé. Le gâteau d’anniversaire d’un ami est tellement succulent ! Je m’agenouille devant le talent de la pâtissière québécoise. Ma collègue libanaise dit que c’est parce que je suis un grand mangeur. Ce n’est pas du tout ça. Je me demande simplement, avec tous ces ingrédients, comment cette pâtissière peut arriver à créer un gâteau qui me rend aussi heureux, vivant, joyeux à ce point.

La fleuriste… couper la tige au bon endroit, choisir les formes, composer un équilibre entre les couleurs, puis redonner vie à ce qui, déjà, commence à se faner. Il y a dans ces gestes une poésie du quotidien devant laquelle je demeure profondément émerveillé. Je suis impressionné par la manière dont le boucher coupe la viande : la précision du couteau, la lecture de la chair. Une précision si sereine, comme s’il faisait de la sculpture plutôt que de la découpe.