Constatant que leurs dirigeants et aspirants-dirigeants n’abordent pas les questions essentielles, c’est-à-dire les problèmes économiques et les problèmes de société, et agissent peu, les Haïtiens sentent avec dédain et colère que les maux dont souffre Haïti ne sont pas seulement l’insécurité et l’impunité, la pauvreté, la corruption et l’exclusion, mais aussi l’incompétence ou, pis, l’absence de conviction programmatique de ses élites possédantes et dirigeantes. La transition post-Jovenel Moïse est gérée aussi bien par la classe politique, par le secteur privé des affaires qui a joué un rôle décisif à travers le président Laurent Saint-Cyr dans le maintien au pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé. Et c’est important de le rappeler à dessein ! L’inquiétant, encore une fois, c’est qu’on n’éprouve plus le besoin de faire participer les citoyens électeurs aux décisions qui sont prises en leur nom. Dieu sait si nos dirigeants provisoires se soucient peu de l’état de l’opinion qui s’exprime sur les réseaux sociaux avec tant de stupéfaction et de colère. L’évaluation, toujours factuelle, du processus électoral est, certainement, sujet d’inquiétudes et de controverses radicales en ce qui a trait au déphasage entre le décret (troisième version) et le calendrier (premier tour prévu le 30 août 2026 – repoussé au 13 décembre 2026). Tout est élaboré pour rendre le processus électoral inopérant à bien des égards !

Depuis l’après-Ariel Henry, opposants au pouvoir en place et candidats de tout acabit se relaient avec ferveur pour dénoncer certains articles du Décret électoral révisé par le gouvernement provisoire à des fins politiciennes (l’article 153 composé de 26 alinéas, l’article 130 qui impose à toute plateforme ou structure agréée de soumettre une liste de 30.000 membres, adhérents ou sympathisants en particulier) et le Calendrier électoral qu’ils jugent irréaliste, inapplicable. Les uns comme les autres fustigent l’exemple inquiétant de l’improvisation du CEP, fait remarquer Claude Joseph qui a signé le Pacte national pour la stabilité et l’organisation des élections et de l’incompétence de l’équipe au pouvoir, surenchérit Himmler Rébu, qu’engendre ce mélange épouvantable lorsqu’il s’interpénètre à profusion ou de scandale. Explosif processus électoral que celui-là, où tant de confusions et d’insatisfactions (les défaillances techniques du système d’inscription en ligne des 30.000 membres, le temps trop court dédié à la campagne électorale, l’opacité du processus d’inscription des électeurs lancé le 20 juillet 2026 risque de priver de leur droit de vote une grande majorité de nos concitoyens), de fraudes massives et de ressources publiques détournées (le scandale de la vente présumée ou effective de données et du racket entourant la question des 30.000 adhérents) sont aussi capables de faire échec à la tenue d’élections transparentes et crédibles pour des raisons de communication, de neutralité, d’inclusion, de confiance. Le commerce des fausses / vraies cartes Dermalog ressemble à une bombe à fragmentation. Publié le 31 août 2026, à la suite d’une série de consultations avec des groupements et partis agréés sur les dysfonctionnements du processus électoral, le Communiqué de presse de la Primature a résumé avec beaucoup de précision l’ensemble des difficultés et des irritants relevés auxquels le CEP doit apporter une attention immédiate pour éviter une nouvelle crise électorale.