Il m'est déjà arrivé qu'un poète me gronde un tout petit peu au téléphone ou à une activité culturelle à Port-au-Prince parce que j'avais dit quelque chose sur son dernier recueil dans ce journal. Le poète a toujours raison, en tout cas. J'exerce un métier qui demande une certaine discrétion. Je n'ai pas le droit de dire qui. Ni même de vous laisser deviner. Parce que le journalisme, comme tous les métiers, a son éthique. Et c'est très bien. Je crois.

Journaliste littéraire. C'est le métier le plus dur. Il faut avoir des reins solides, un cerveau d'endurance.... Il faut aussi savoir prendre des notes. Griffonner. Une bonne chaise, qui soutient correctement le corps sans l'abîmer à la longue. On lit toute la sainte journée, et toute la nuit. Pour décrypter ce que veut dire l'auteur, le poète. Il est plus évident d'écrire une chronique sur un roman que sur un recueil de poèmes, parce que le roman, c'est une ligne droite. Avec une structure : les personnages, l'intrigue, le style, la géographie, la temporalité, etc. Tandis que la poésie, c'est un art de bifurcation. Un art secret. Il faut compiler les fragments, les rythmes. Les paroles.