Pendant les quarante dernières années, la vie politique a été ponctuée de slogans périssables hurlés dans les micros ou dans les rues par des tribuns autoproclamés ou imprimés à la hâte sur une pancarte. Qui ne se souvient de ces formules improvisées, en temps de remous, qui ne reposaient que sur l’émotion brute d’un moment et qui n’évoquaient plus rien, une fois la crise passée? Le mot d’ordre le plus mobilisateur de la décennie écoulée Kot Kòb Petrokaribe a n’a tenu l’affiche que le temps d’un emballement médiatique. De nos jours, les slogans anti-gouvernementaux saturent l’espace public et amusent ou indignent les réseaux sociaux pendant une semaine avant de finir aux oubliettes la semaine suivante, chassés par l’actualité. Cette volatilité ôte tout sérieux aux contestations, avec pour conséquence le rétrécissement de la société civile. Loin d’ébranler les dirigeants, ces slogans, par leur caractère éphémère, les confortent dans leur inertie.

Alors que les problèmes profonds persistent, comme l’insécurité, l’inflation, la faim, pour ne citer que ceux-là, le débat, quand il y en a, se laisse confisquer par des enjeux électoraux, sans prise réelle sur le quotidien du citoyen. Néanmoins, que les décideurs prennent garde ! Une colère sourde continue de couver sous la placidité apparente de la population et un fossé ne cesse de se creuser entre le peuple et ceux qui se croient investis de sa confiance. Depuis cinq ans que le pays traverse la période la plus sombre et la plus meurtrière de son histoire, seules quelques figures, à la fois morales par leur état et politiques par leur sens de l’État, fustigent l’immobilisme des responsables et appellent à des actions civiques. Le manque de constance et de consistance a irrémédiablement discrédité les voix qui faisaient autrefois autorité.