Devant la librairie Raffin à Montréal, 12 août 2026 © Archives Laferrière

Pour résumer le livre de Thélyson Orélien (C’était ça ou mourir) je vois un homme sur lequel on a vidé un gallon de gazoline, puis mis le feu, tout en lui hurlant qu’il y a une rivière à 2 kilomètres d’ici qu’il doit atteindre s’il ne veut pas brûler vif. Donc chaque seconde compte, et même Usain Bolt n’aurait eu aucune chance. Sauf que la rivière est, avec les zigzags, à 12 000 kilomètres et qu’on n’est pas sûr qu’elle ne soit pas à sec. 

Ce sujet incroyable était là depuis des années et les vieux écrivains, moi compris, n’ont pas bougé jusqu’à ce qu’un jeune homme le ramasse et file avec jusqu’au fil d’arrivée. C’était le seul vrai thème mondial, en plus d’être celui qui touche au corps, à la douleur, et sème le long de son long parcours un chapelet d’injustices. Un cri interminable qui serpente l’Amérique du Sud au Nord. Tchekhov avait fait pareil, en 1890, en traversant à 30 ans la vaste Russie pour aller enquêter sur l’Île de Sakhaline, le plus grand bagne de Sibérie. Bon, Orélien n’est pas Tchékhov, et ce n’est dit nulle part qu’il ait fait la route, mais il possède cet instinct sûr pour la douleur humaine et un bon sujet de roman.