Nous avons tous, avec le temps, une relation d’intimité trompeuse. Nous croyons tous savoir ce qu’il est, parce qu’il nous porte, nous vieillit et semble couler avec la régularité d’un métronome universel. Sir Isaac Newton avait formalisé cette intuition en postulant l’existence d’un temps absolu, vrai et mathématique, s’écoulant uniformément sans relation avec quoi que ce soit d’extérieur. C’était fort confortable, l’univers possédait son horloge fondamentale, et le terme « maintenant » avait exactement la même valeur pour un être humain à Port-au-Prince, une créature hypothétique sur Mars ou un observateur au bord de la galaxie d’Andromède. Et puis, en 1905, dans la pénombre feutrée du bureau des brevets de Berne en Suisse, un jeune homme de vingt-six ans, encore inconnu des cénacles académiques, commettait un acte d’une audace inouïe lorsqu’il décida, son génie aidant, de remettre en question la structure même du décor dans lequel se joue la grande comédie du monde.
Albert Einstein n’était ni un expérimentateur de laboratoire muni d’instruments sophistiqués, ni un mandarin bardé de certitudes. C’était un être qui pensait en observant les ombres et les lumières, fasciné depuis l’enfance par une question faussement naïve : à quoi ressemblerait un rayon lumineux si l’on pouvait chevaucher à ses côtés ? En répondant à cette interrogation, Einstein ne s’est pas contenté de résoudre un casse-tête théorique qui taraudait la physique du XIXe siècle sur l’incompatibilité flagrante entre la mécanique d’Isaac Newton et l’électromagnétisme de James Clerk Maxwell. Il a refondé notre grammaire du réel, léguant à l’humanité une vision du monde dont les retombées, tant conceptuelles que technologiques, continuent de façonner notre quotidien le plus intime.






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