Après avoir vécu tant d’épreuves et de violences sous le régime macoute, de nos jours louangés par certains, on aurait pu penser le peuple haïtien « sauvé » en 1986. Pourtant, après 40 ans de démocratisation chaotique, Haïti est au bord d’une véritable faillite sociétale et existentielle, franchissant pour ainsi dire les portes de l’enfer. Enfermée dans un labyrinthe de crises et de faillites séculaires, notre histoire est remplie d’exemples de faillite collective à cause de pouvoirs qui, par aveuglément ou cupidité, se sont effondrés lamentablement : depuis l’exécution du président Sylvain Salnave le 15 janvier 1870, puis l’explosion du Palais national avec le président Cincinnatus Leconte, le 8 août 1912,  jusqu’à l’exécution par une foule du président Vilbrun Guillaume Sam, le 28 juillet 1915 – sans oublier le lynchage du vice-président Septimus Rameau en pleine rue à Port-au-Prince le 15 avril 1876 – pour arriver le 29 juillet 1915 à l’Occupation américaine, événement catastrophique en soi, l’instabilité, l’insécurité, la violence, l’obscurantisme, la misère matérielle, la pauvreté morale ont conduit la Première République Noire Indépendante à sombrer dans le chaos. En fait foi l’assassinat crapuleux le 7 juillet 2021 du président Jovenel Moïse en sa résidence privée à Pèlerin. Intervention étrangère pour restaurer la démocratie entrainant du coup la démobilisation des FAD’H et intervention pour éviter un affrontement fratricide, 1994 et 2004, ne furent donc que les prémices d’une catastrophe plus spectaculaire à venir.

Tous nos malheurs viennent en grande partie du fait que nous ne sommes pas un pays indépendant, libre de gouverner en liant avec les intérêts supérieurs nationaux. On connaît la formule célèbre du juriste et philosophe allemand Carl Schmitt : « Est souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle. » (Théologie politique, 1922). L’enjeu est alors de comprendre le rapport d'un pays dépendant, sous emprise de forces anti-nationales et les situations d’exception internes.