Les leçons qu’on peut et doit tirer de la chevauchée exceptionnelle mais sans résultats du pouvoir provisoire d’Ariel Henry et du Conseil présidentiel de transition avec les Premiers ministres (Garry Conille et Alix Didier Fils-Aimé) sont nombreuses. La première concerne directement la question décisive de l’instauration de la démocratie, d’un régime démocratique libéral en Haïti, pays à tradition autoritaire. Lorsque la Communauté internationale parle avec insistance sur un ton paternalo-fantasmatique de retour à l’ordre constitutionnel et démocratique, que veut-elle réellement dire ? Parle-t-elle d’un ordre concret ou d’un lieu fétichisé, vide de contenu ?

Ce qui continue d’étonner et de choquer plus d’un, c’est la nonchalance, presque l’indifférence avec laquelle les dossiers les plus brûlants, ceux relatifs aux pratiques anti-constitutionnelles et aux problèmes existentiels liés à une nation totalement fatiguée et désabusée, ont été mis au rancart par une certaine presse internationale, pas par la presse nationale et les réseaux sociaux. Les réactions diplomatiques et dilatoires des pays occidentaux à travers la CARICOM et l’OEA ont suivi, accompagnées d’une litanie de promesse en tous genres (assistance technique et économique, MSS puis FRG, coopération en matière d’éducation, de santé, d’agriculture). Réactions fondées sur une perception erronée, manichéenne et réductrice de la déroutante réalité nationale. Cette leçon doit nous aider à mieux comprendre la position de l’Étranger, obnubilé par une vision paternaliste et toxique d’Haïti. Mais l’évidence saute aux yeux : faire de la politique est totalement différent de l’activité philanthropique. L’exfiltration piteuse, éhontée, pitoyable, d’Ariel Henry est là pour le prouver ainsi que l’évacuation du CPT au bilan fait de scandales. Impossible d’obtenir des résultats positifs avec des combinaisons gouvernementales partisanes obsédées par l’appât du gain et les privilèges. Ni plus ni moins.