Ces hommes et femmes debout devant la vie. La tête haute. Avec une dignité pleine au ventre. Mais en mal d’enfantement. Malgré les moments de grandeur arrachés au prix fort du travail acharné, de luttes, de nuits blanches ou d’exil, ces hommes et ces femmes sont sommé-es de rentrer dans les rangs. L’excellence qui porte la robe multicolore de toutes les « races », à défaut de contenir du blanc, est un enfant bâtard. Un plébéien, sans cesse en disgrâce. Un gnome que ceux qui portent la couleur invisible, trop pure, du « blanc » regardent toujours de haut.
Quand l’excellence est bariolée. Quand elle porte l’histoire de tous les peuples. Quand elle dit la résistance ou la résilience. Quand elle parle de luttes. Quand elle prétend révolutionner la vie en vue d’une redistribution équitable. Quand elle veut se tailler une place, trop longtemps associée à l’autre. Quand elle scande le génie qui n’est pas blanc. Elle est hardiesse. Elle doit donc se taire. Sinon, elle devient soupçon. Avant même d’être appréciée, par une heureuse fortune, à la hauteur de la condescendance. Je nomme tous ceux et toutes celles qui, comme Dessalines, sont entré-es dans l’histoire par la grande porte de leur prouesse militaire, littéraire ou scientifique, mais englouti-es sous les décombres du temps long.
Je fixe du regard tous ceux et toutes celles qui, comme le fameux personnage de Thélyson Orélien dans C’était ça ou mourir, dansent avec la mort dans les funérailles de la vie. Cette vie fuyante, qui pue la mort jusqu’aux entrailles de l’enfer. Je parle de ces hommes et femmes que le destin a accouché-es dans toutes ces contrées répulsives. Je parle de ces hommes et femmes, sans nom, sans grade, sans titre. Ceux et celles qui n’ont jamais vu un syllabaire. Ceux et celles, contraint-es de négocier leur dignité pour grignoter cette belle part de la vie, offerte pourtant généreusement dans les grands festins quotidiens des nantis. Je parle de ces gueux auxquels le génie littéraire d’Orélien ne peut rendre hommage, ne serait-ce qu’avec la fiction, sans devenir un problème politique et idéologique.





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