Si le cinéma avance tel un train dans la nuit, l’ensemble du paysage médiatique haïtien a, pour sa part, délibérément barricadé les gares, coupé les rails et éteint les lanternes. Il n’existe aucune heure d’antenne dédiée à la pratique du cinéma dans notre système de radiodiffusion, et encore moins dans nos grilles télévisuelles. Pas d’émissions critiques, d’analyses ou de décryptages. Pas de discussions virevoltantes sur la dernière œuvre en date d’une de nos réalisatrices. Pas de débats passionnés où un ingénieur du son, un directeur de la photographie, une cheffe maquilleuse ou un régisseur de plateau viendrait faire rêver les cinéphiles et susciter l’intérêt des plus jeunes. Pas de portraits ni de dossiers journalistiques consacrés aux grandes heures du cinéma national ou à la carrière de nos pionniers. Pas de plateaux accueillant les équipes de tournage pour promouvoir leurs films. Aucun studio ne semble se donner la peine de rencontrer ces artistes de la lumière afin qu’ils dévoilent leur univers et présentent l’envers du décor à notre jeunesse. Mais comment un pays qui a tant besoin de rêver, tant besoin de panser ses plaies par la catharsis et la sublimation, peut-il à ce point ignorer la plus belle invention du XXe siècle ?
S’il nous faut interroger la marginalisation du septième art dans nos médias, encore faut-il nous souvenir de ce qu’est véritablement le cinéma, de ce qu’il exige de nous et de ce qu’il nous offre en retour. Car s’il a débuté comme une attraction foraine et populaire, il a fini, un siècle bien sonné plus tard, par s’imposer comme un art majeur, un puissant outil politique et, bien évidemment, un miroir des évolutions sociologiques mondiales. Passé du statut d’attraction de foire à celui d’art narratif complexe, le cinéma n’a jamais été conçu comme un simple divertissement dominical que l’on consomme machinalement entre deux coupures publicitaires — même si la télévision est passée par là. Il nous faut comprendre que le dispositif cinématographique constitue une surface spéculaire qui réfléchit les gouffres vertigineux de notre intériorité. Pour ainsi dire, cette philosophie en mouvement est une fenêtre ouverte sur l’altérité.






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