Nouveaux rebondissements dans l’affaire Thélyson Orélien ! À la suite des accusations d’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) pour rédiger son roman « C’était ça ou mourir » et la suspension de sa tournée promotionnelle au Canada et en France, l’auteur canado-haïtien, Thélyson Orélien, avait décidé de garder le silence face à cette polémique qui secoue le monde littéraire. Mais, revirement de situation ! Le 13 octobre dernier, l’Agence France-Presse (AFP) publie un texte responsif – « Ce roman que j’ai écrit » – rédigé par l’auteur. Ce dernier y précise deux choses. Tout d’abord, faisant référence aux accusations de plagiat pour certains de ses précédentes œuvres, Thélyson Orélien les reconnaît et s’excuse. Il écrit la chose suivante : « […] admirer n’autorise pas à prendre, à m’attribuer des textes qui ne sont pas les miens. J’ai commis des erreurs inacceptables, malgré la jeunesse et l’inexpérience. Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve ». Ensuite, en ce qui concerne les accusations quant à l’utilisation de l’IA, Thélyson Orélien les réfute en les qualifiant de calomnie et d’hérésie. En somme, s’il admet avoir « eu recours çà et là à des outils pour des recherches, s’agissant notamment des idiomes étrangers », il martèle qu’ « aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine, pas plus que le sens ou l’ordonnance d’un récit qui vient de [s]es tripes ». Ce roman, il l’a écrit lui-même, assure-t-il. « [I]l vient de [s]es blessures et de celles des autres migrants ». Ce texte de l’auteur, publié par l’AFP, écorne, aux yeux de certains, c’est vrai, un peu plus son image. Mais ce texte avait pour vocation initiale de mettre un terme à cette polémique broyeuse. Stratégie payante ? Manifestement, non. Thélyson Orélien est resté dans le viseur de certains détracteurs.
Comme si cela ne suffisait pas, la semaine dernière, alors qu’elle le soutenait jusqu’ici, la maison d’édition canadienne de Thélyson Orélien, les éditions du Boréal, publie un communiqué, le 21 octobre, annonçant la rupture de leur collaboration. Elle affirme que « [d]e nouveaux éléments, confirmés au cours des derniers jours, indiquent que l’intelligence artificielle a été utilisée dans le processus d’écriture de C’était ça ou mourir, alors que l’auteur [lui] avait assuré, à plusieurs reprises, ne jamais y avoir eu recours pour la création de son roman ». Des traces de balises d’IA ont été détectées dans les métadonnées de certains documents. Cependant, la maison d’édition est dans l’incapacité de préciser « dans quelle mesure l’IA a été utilisée dans la création » de l’ouvrage. Patatras ! L’étau se resserre autour de Thélyson Orélien. Avec ce communiqué, la polémique prend une nouvelle tournure, et certains, qui le défendaient et croyaient en son innocence, tombent des nues. La confiance auteur/éditeur et auteur/lecteur est brisée. Impossible de recoller les morceaux. Pourtant, l’auteur campe sur sa position. Dans les colonnes de Libération, il reconnaît avoir utilisé l’IA pour des recherches, mais ne l’a jamais utilisée pour la rédaction de son livre. Acculé, l’auteur se sent « traqué comme un animal » ; et les langues perfides s’en donnent malicieusement à cœur joie de la déchéance de cet homme, noir de surcroît, qui a été encensé, pendant quelques temps, par la critique littéraire occidentale. Quand bien même Thélyson Orélien serait réellement coupable des faits qui lui sont reprochés, il ne devrait en aucun cas subir un tel traitement médiatique.
Au-delà des questionnements – qui d’une certaine façon seraient justifiés – sur notre rapport à l’IA, cette fâcheuse polémique ne fait que révéler, encore une fois, malheureusement, l’atmosphère délétère qui règne dans les pays occidentaux, et qui contamine le reste du monde. Comme nous le savons, le racisme n’a jamais disparu de la surface de cette terre. Il a toujours été là, tapi dans l’ombre, attendant le moment idéal pour ressurgir en plein jour et exposer aux yeux de tous son hideux visage. Et avec l’arrivée au pouvoir de gouvernements d’extrême droite épousant le fascisme, les hommes et les femmes biberonnés à cette idéologie ne se privent plus de cracher leur venin sur des êtres qu’ils considèrent être inférieurs à eux. Le déchainement médiatique à l’égard de Thélyson Orélien en est la preuve. Certains commentaires et railleries sur Internet et les réseaux sociaux sont teintés de ce goût amer de racisme qui efface toute humanité. En effet, ceux qui le critiquent ouvertement de la sorte se fichent éperdument de reconnaître qu’ « au-delà du livre et de la polémique, il y a avant tout un être humain ». Cependant, cette absence d’humanité ne vise pas uniquement l’auteur, elle touche inévitablement ces mêmes détracteurs. En refusant de concevoir l’humanité d’un individu, quelles que soient ses origines, ils sacrifient eux aussi, sur l’autel du racisme, leur humanité. Autrement dit, celui qui nie à autrui son humanité perd sa propre humanité. Pourtant, elle est une notion fondamentale permettant de souder les liens entre individus. Il suffit pour cela de se référer à la définition d’un dictionnaire, comme celle du Larousse, pour saisir qu’il s’agit d’une vertu morale disposant « à la compréhension, à la compassion envers ses semblables ». Si Thélyson Orélien fait l’objet de tant d’acharnement, ce n’est pas tant pour la forme que pour le fond de son livre. Pour tout dire, cette manifestation de haine ne cherche en réalité qu’à dissimuler éhontément l’objet même de « C’était ça ou mourir » : l’immigration.





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