Un peuple qui s'habitue à la souffrance finit par prendre l'inacceptable pour une fatalité.
À Paris et dans plusieurs villes de France, des citoyens descendent dans la rue pour exiger de meilleures conditions de vie, même au sein d'une grande démocratie, souvent érigée en modèle.
Dès lors, une question s'impose : et nous, en Haïti, pourquoi ne réclamons-nous pas avec la même détermination notre droit à une vie digne ?
Il ne s'agit pas de copier aveuglément ce qui se fait ailleurs. Il s'agit de comprendre qu'aucun progrès ne naît de la résignation collective.
Pourtant, face à la misère croissante, à l'insécurité généralisée, à la dégradation des services publics et à l'effondrement de nos conditions d'existence, un silence pesant s'installe.
Pourquoi cette passivité ? Quand verra-t-on s'éveiller une véritable conscience citoyenne ?
Sommes-nous condamnés à vivre dans des conditions inhumaines ? Allons-nous tolérer indéfiniment cette criminalité économique et cette violence sanglante qui, par leur caractère organisé et structuré, donnent le sentiment d'une souffrance entretenue au détriment de la population ?
Peut-on espérer un changement sans prise de conscience collective, sans exigence citoyenne ferme et sans reddition de comptes de la part de ceux qui exercent le pouvoir ?
Certes, la peur, la précarité et la désillusion expliquent en partie ce silence. Mais elles ne sauraient devenir le fondement d'une résignation permanente. Un peuple qui renonce à revendiquer ses droits laisse le champ libre à ceux qui profitent de son impuissance. Le silence n'a jamais guéri la souffrance, et la résignation n'est pas un projet de société.
Il est donc urgent de réveiller notre conscience nationale et de dépasser nos divisions. La dignité humaine, la sécurité, la justice sociale et l'accès aux services essentiels ne sont ni des privilèges ni des faveurs : ce sont des exigences légitimes auxquelles toute gouvernance responsable doit répondre.
Honte à nous si nous continuons à normaliser l'inacceptable ! Mais au-delà de l'indignation, il nous appartient de transformer :
notre colère en engagement citoyen,
notre désespoir en volonté collective,
notre silence en revendications pacifiques, fermes et responsables.
Cultivons enfin l'idéal de Jean-Jacques Dessalines, non comme un simple héritage historique, mais comme une exigence de dignité, de liberté, de souveraineté et de justice sociale. Haïti ne sortira pas de la misère par les discours, les promesses ou l'attentisme, mais par une volonté collective de rompre avec les pratiques qui l'enfoncent.
Haïti mérite mieux. Le peuple haïtien mérite mieux. Et le changement commence aussi par notre capacité à nous mobiliser et à exiger des comptes.





Commentaires
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.