Georges Corvington aurait eu cent ans ce 6 novembre 2026. Notre époque - faite de chamailleries, de lapidations faciles, de paroles éphémères, celles des réseaux sociaux, d’interrogations sur la ville et ses impossibilités, sur l’intelligence artificielle et son usage effréné - nous invite à penser à lui d’une manière particulière. Chercheur passionné, historien, il nous a quittés le 3 avril 2013. Le tremblement de terre de 2010 avait déjà détruit en partie son sujet d’étude de prédilection : Port-au-Prince. Sa ville.

Georges Corvington avait aussi perdu sa maison dans le séisme du 12 janvier 2010. Il avait été secouru de justesse par le docteur Pierre-Yves Decastro, ophtalmologue qui a sa clinique à la rue Cheriez, dans le voisinage de Corvington. Apercevant le neveu qui vivait avec l’historien, le médecin lui avait demandé où se trouvait son oncle. Le jeune homme avait répondu qu’il était mort, enseveli sous les décombres, alors qu’il était assis dans sa chaise à bascule. Le docteur avait crié son nom. Des gémissements lui avaient répondu. Alors, les deux hommes avaient creusé de leurs mains et l’avaient sorti de là. Il était en train de suffoquer, rapporte le docteur Decastro, mais il était vivant. Sa bibliothèque, quant à elle, était restée plusieurs semaines sous les décombres. Après le déblaiement, les livres avaient été entreposés dans un conteneur. La suite appartient à la petite histoire, à ces récits de gâchis et de désespoir que nous ne connaissons que trop ici, depuis trop longtemps.