Au fait, de toutes ces approches, une constante se dégage: les résultats des services dans nos structures sanitaires publiques n’ont pas suivi. L’itinéraire thérapeutique est resté un cauchemar pour l’utilisateur de soins dans le pays et particulièrement en milieu rural où les recours sont plus limités. Cette absence de résultats est attribuable à un ensemble de facteurs, pour la plupart d’une banalité déconcertante :1) le mauvais accueil dans un hôpital départemental 2) l’ambulance non disponible 3) la quasi- absence de capacité de prise en charge des urgences, 4) l’absence du personnel de santé au moment désiré dans les hôpitaux communautaires de référence 5)la génératrice qui tombe en panne rendant la salle d’opération inopérante 6) le gardien qui est sorti avec la clé du labo 7)le sang qui n’est pas disponible au moment où on en a besoin etc. On entend rarement à la radio, des utilisateurs de soins qui vantent le haut niveau de qualité des soins dans nos structures publiques. Les quelques cas connus sont anecdotiques, éphémères, durant le temps d’une intervention ponctuelle ou d’un projet.
C’est là qu’il faut changer de paradigme, vers une approche gagnante, en utilisant la hiérarchie des priorités. Nous pouvons nous y engager sans avoir peur d’innover :
- Produire des résultats facilement identifiables dans l’ensemble de nos institutions publiques opérationnelles (hôpital universitaire, structures spécialisées, hôpital départemental, hôpital communautaire de référence, centre de santé, dispensaire).
- Donner à la population l’opportunité de vanter les mérites de l’accueil d’un hôpital départemental aux Cayes, des soins de qualité prodigués à Hinche, du temps d’attente minimal aux Gonaïves, des services de qualité respectant au mieux la dignité humaine, même dans un contexte de ressources insuffisantes. C’est donc possible dans le contexte actuel !
Les institutions sanitaires, en plus de promouvoir le bien-être de la population, sont des lieux où la population se rend compte de l’action gouvernementale de manière concrète. L’accès aux soins, la qualité des soins, l’accueil, le coût et la disponibilité des médicaments sont quelque part, des indicateurs de la préoccupation du gouvernement vis-à-vis de la santé et du bien-être de ses citoyens, et surtout des plus humbles. La communauté interpelle l’Etat face aux problèmes de santé. Le silence face aux appels à la santé, les obstacles à l’accès aux soins sont souvent perçus comme une indifférence à la souffrance des plus pauvres.
Nous voyons déjà nos collègues de santé publique qui font des grands yeux et qui disent…hey ! Où sont les ressources ?....
Justement ce qui a toujours manqué dans toutes les tentatives des dernières décennies, ce ne sont pas seulement les ressources mais surtout « l’organisationnel », « la discipline » et le maintien de bonnes actions sur le long terme…et c’est pour cela que nos compatriotes n’ont pas accès aux soins de qualité rêvés. Voici le nouveau champ d’investissement :…..permettre à nos leaders d’être soignés sur place, trouver une pharmacie la nuit, être opéré facilement pour une fracture du bassin. Retrouvons une fierté, nous Haïtiens, dans la façon dont nous soignons nos compatriotes. Ceci est certainement possible : les systèmes de soins ne sont pas des structures mécaniquement manufacturées pour délivrer des services de santé…mais des institutions sociales modulées par des valeurs (Freedman, 2005 ; Olmen et Al, 2012).
Notre engagement doit se porter sur des résultats immédiats
En investissant dans la composante des soins, et reconnaître que l’utilisateur des soins devienne le principal évaluateur des résultats dans le secteur
- Recentrer notre coopération en général autour de la fourniture des services directs à la population et centrés sur les grandes structures opérationnelles de santé suivant une politique définie et un plan opérationnel pertinent. Les anciennes approches consistant à supporter les structures administratives d’appui n’ont pas abouti malgré l’injection de ressources, les capacités institutionnelles étant trop faibles, elles n’ont pu être traduites en bénéfices–santé visibles par la population et se manifestant dans le secteur des soins. La littérature publiée nous a donné l’exemple de la force institutionnelle du Rwanda par rapport à d’autres pays dans le cadre de la santé maternelle (Cambers and Booth, 2012).
- A l’intérieur d’un cadre de recherche-action, concentrer l’effort d’un bailleur de fonds dans une structure ou un groupe de structures opérationnelles dans une zone, avec un engagement inscrit dans un horizon temporel précis, en attendant que les mécanismes étatiques s’ajustent pour prendre le relais.
- En plus de l’injection de ressources venant des bailleurs directement ou au travers d’un support au budget, ajouter les responsabilités organisationnelles et de gestion directe par voie de contractualisation ou de mécanismes équivalents protecteurs des intérêt de l’Etat devant aboutir plus tard à l’autonomie nécessaire pour gérer l’aspect « organisationnel » et « disciplinaire » qui échappe au contrôle actuel des gestionnaires du système.
- Intégrer toutes les démarches qui concernent les déterminants médicaux de la santé, de couverture universelle aux soins dans le pays (Ahoobim, 2012), d’offres de services, de financement des soins, de paiement sur base de performance dans la logique de résultats pour la population en appui prioritairement aux structures sanitaires opérationnelles
Avantages :
Ceci aura un effet multiplicateur en termes de réingénierie du système
- L’Etat haïtien, en satisfaisant prioritairement les besoins de la population en termes de services de santé et en opérant dans un premier temps par délégation de responsabilités, pourra se concentrer sur son rôle de mobilisation de ressources, d’organisation du système, de régulation, de cadrage / recadrage de sa politique de population, des grands chantiers d’infrastructures, d’intégration des déterminants non médicaux de la santé et de réponse aux priorités conjoncturelles qui surgissent.
- Restaurer la confiance de la population par rapport à la volonté de l’État de se soucier du bien-être des citoyens.
- Passer à l’action avec une culture axée sur les résultats probants et la satisfaction des citoyens.
Il va sans dire qu’un paquet législatif introduisant l’ensemble des instruments légaux nécessaires à un nouveau paradigme centré sur les services de santé à la population devra être voté. On dira dans la Caraïbe, qu’Haïti est un pays économiquement pauvre, mais dont les citoyens sont soignés de manière adéquate dans le plus grand respect de la dignité humaine. L’approche, une fois de plus, étant, de redonner confiance à la population et de se concentrer ensuite sur les autres grands défis.
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