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Opinions

Comprendre le christianisme

Considérations sur la France

JE
Jean Eddy Assad, New-York le 29 Juillet 2012

September 7, 2012 · Lecture : 11 min

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« Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru par des savants, et c’est en quoi il ne ressemble à rien de connu.» Joseph de Maistre, considérations sur la France

S’appeler chrétien aujourd’hui s’apparente à une banalité. Tout le monde est chrétien et tous se disent chrétiens. Savoir pourquoi on l’est, reste et demeure une énigme que même ceux s’appelent ainsi ont des difficultés à percer. Etre chrétien est ce stade, un fait de société si courant qu’on arbore fièrement sa “chrétienté” comme s’il s’agissait de parures, ou de décorations conquises après de rudes et dangereuses batailles. Je suis chrétien; les gens répètent à tout va cette courte phrase qui est devenue par la force des choses, l’expression la plus répandue dans le monde occidental, sans prendre le temps de s’interroger sur son contenu et son historicité. Mais au fait, qu’est-ce que le christianisme et d’où vient-il? Qui est ce jeune Juif appelé Jésus? Est-il un messie envoyé par un quelconque dieu pour, selon l’eschatologie chrétienne,racheter l’humanité de ses pêchés? A-t-il été un personnage influent de son temps? Quel est l’apport de Paul de Tarse dans la construction et la conceptualisation de ce courant mystico-religieux? Ce sont là autant de questions auxquelles nous devons trouver des réponses, si nous voulons avoir une meilleure compréhension de ce fait de société qui a chamboulé notre vie et imprégné chaque parcelle de notre existence.

Qu’est-ce que le christianisme et d’où vient-il?

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Au prime abord, le christianisme se définit comme un ensemble de religions fondées sur la personne et les écrits rapportant les paroles et la pensée de Jésus (1). Le mot christ tire son origine de l’araméen meshia’h et plus tard de l’hébreu Mashia’h qui signifie “oint”. Ce mot s’est progressivement transformé durant les différentes périodes de notre civilisation jusqu’à prendre dans le français courant la signification que l’on sait (2). Comment donc ce mot qui, à l’origine, avait une signification toute simple, puisse radicalement changer de sens pour renvoyer une doctrine? Plusieurs raisons expliquent cette transformation du contenu originel, mais je ne retiendrai ici que deux d’entre elles qui, à mon sens, permettront une meilleure compréhension du sujet en question.

1-Ce mot a pris cette connotation du fait que ceux-là qui ont prétendu marcher avec Jésus le considéraient comme le messie, vu qu’Israël durant cette époque était dans une situation objective d’attente messianique due à l’occupation romaine.

2-La victoire inespérée et inattendue de l’Empereur Constantin au détriment des troupes de Maxence lors de la bataille du pont de Milvius où ce dernier a pu trouver la mort. Victoire qui va permettre au christianisme naissant et balbutiant de bénéficier d’un support politique de poids et devenir la religion officielle de l’Empire.D’où notre deuxième question? messie ?

C’est quoi ou qui le messie ?

Pour comprendre l’origine de toute cette saga messianique, il est important de faire un comeback dans l’antiquité, notamment dans le proche et le moyen orient, zones géographiques dans lesquelles se situait la cité judéenne de l’époque. Durant cette période, les peuples confrontés à l’incertitude du quotidien en raison des guerres récurrentes, se referaient aux princes, incarnation de la royauté pour les restaurer dans leur plénitude de peuple attaché aux valeurs de liberté et de souveraineté. L’espérance messianique était chose courante chez ces peuples qui n’avaient aucune difficulté à se livrer au bon vouloir d’un prince-messie capable de rétablir la stabilité et la prospérité. C’est dans ce contexte que la Bible dont certaines parties ont été rédigées très précisément durant cette période par les historiens deutéronomistes, faisait référence à l’idée d’un messie (Esaïe 9 v 5; 11 v 1-5).

En effet, confronté à l’hostilité du roi Retsin de Syrie et Pékach d’Israël, le roi de Juda Achaz songea à solliciter l’aide du roi d’Assyrie Téglat Phalazar III. Devant l’affolement du Roi, le prophète Esaïe invita le souverain au calme et lui rappela les promesses de Jéhovah qui reposèrent sur l’alliance conclue avec David. Devant l’insistance du roi, le prophète lui donna le choix de chercher le secours des Assyriens et provoquer la ruine de Juda ou croire dans le secours de Yahvée Dieu tout-puissant d’Israël. A cette occasion, il promit au roi la naissance d’Emmanuel, dont le nom signifie ''Dieu est avec nous'' et qui sera un gage de bonheur pour les croyants et de malheur pour les impies et les incrédules. Soulignons au passage, le chapitre 7 et le verset 16 du livre d’Esaïe qui  stipule “qu’avant que l’enfant sache rejeter le mal et choisir le bien, le pays dont tu crains les deux rois sera abandonné” . Cette prophétie en effet fixe le dit messie dans une période bien déterminée de l’histoire du peuple d’Israël. Alors, d’où vient l’idée que Jésus, né plusieurs milliers d’années après cette prophétie, puisse être considéré comme celui dont parlait le prophète. J’en vois deux raisons à cela: d’une part, la nouvelle occupation d’Israël par une armée étrangère (en l’occurrence l’armée romaine), nécessitant un besoin nouveau d’un messie pour prendre en main les destinées de la nation et, d’autre part, l’apparition d’un obscur prophète se prétendant être le fils du Dieu d’Israël. La conjonction de ces deux facteurs fait naître une nouvelle espérance messianique au sein d’une couche de la population et une certaine forme d’hystérie chez ceux qui ont identifié ce messie dans la personne du fils de Joseph le charpentier de Nazareth. Quand on essaie de comparer la dite prophétie et son prétendu accomplissement dans la personne de Jésus, on se demande encore perplexe comment des gens doués de bon sens puissent croire que cet obscur personnage puisse incarner le destin national d’un peuple et le destin universel de l’humanité?

Qui est Jésus? Est-il un personnage réel ou juste le produit d’une certaine chimère de certains groupes d’illuminés?

Jésus est probablement le personnage le plus populaire de l’histoire de l’humanité et certainement l’un des plus illustres aussi. Il est toutefois une personnalité très contestée tant les histoires le concernant sont des fois invraisemblables et d’autres fois tout bonnement romanesques. Par exemple, le philosophe Michel Onfray (3), lors de ses divers cours d’été à l’université de Caen en France, souligne un certain nombre de similitudes entre les histoires rocambolesques de la vie de Jésus depuis sa naissance dite miraculeuse jusqu’à sa résurrection non moins spectaculaire, avec certaines figures mythiques et historiques de l’antiquité grecque. Pour lui, la soit-disant naissance miraculeuse de l’homme de Nazareth, né d’une vierge dont la naissance avait été annoncée à sa mère par un ange sorti tout droit du ciel est la parfaite reproduction de la naissance de Platon, éminent philosophe grec né selon l’histoire d’une vierge et dont la naissance a été annoncé à sa mère par Apollon en personne.Onfray rapporte aussi que l’appellation fils de Dieu que d’aucuns utilisent pour attribuer à Jésus son unicité et son caractère divin, a été bien longtemps utilisé par Pythagore pour expliquer sa filiation avec Apollon dieu des dieux de l’Olympe. Et pourtant, contrairement au christianisme, la civilisation hellénique n’a jamais considéré celui-ci bien que s’appelant le rejeton d’Apollon comme étant réellement de descendance divine. Pour ce qui concerne les nombreux miracles qu’on prête à Jésus, ce qui lui confère une certaine singularité vis à vis des autres prophètes, citons entre autres la résurrection des morts, le changement de l’eau en vin, les guérisons multiples. Onfray relève encore que bien avant Jésus, un grec nommé Empédocle était connu pour avoir réalisé des miracles exceptionnels dans la ligne de ceux-là même qu’on prêterait au charpentier de Nazareth quelques siècles plus tard. Enfin une dernière et non moins significative similitude entre Jésus et l’histoire de la civilisation grecque est sa résurrection 3 jours après sa mort, un fait d’arme déjà accompli par Pythagore, qu’on dit avoir été ressuscité près de 207 ans après sa mort.Au vue de toutes ces ressemblances, Michel Onfray conclut que Jésus est une pure création du christianisme à laquelle on donne une vie en s’inspirant de l’histoire de l’une des plus grandes civilisations de tous les temps, la civilisation hellénique.

D’autres écoles de pensée affirment au contraire que Jésus est un personnage réel ayant existé dans un temps déterminé et qu’il n’avait, contrairement aux affirmations de certains biblistes et penseurs chrétiens, aucune réelle influence sur son époque. Les tenants de cette école citent en guise d’exemple le cas de l’historien Flavius Joseph, auteur de plusieurs ouvrages sur l’histoire du peuple juif, notamment son oeuvre majeure, Les Antiquités Judaïques,au cours desquels aucune mention n’a été faite du passage du  personnage nommé Jésus. La seule mention se trouve dans le chapitre intitulé “Testimonium Flavianum” que d’aucuns jugent comme un apport tardif ou une correction ajoutée par les copistes pour donner une certaine importance historique au personnage de Jésus. Pour cette école, Jésus était un parmi les milliers de prophètes qui peuplaient la vie et la réalité quotidienne du peuple juif.

Paul et le Paulinisme

Une dernière école, connue sous le nom de ‘penseurs chrétiens’, dont le chef de file était Paul de Tarse, plus connu sous le nom de Saint-Paul, affirme que Jésus était non seulement le fils du dieu d’Israël mais il était aussi l’incarnation de la divinité sur terre. Paul que beaucoup considèrent comme le vrai inventeur du christianisme fonde sa doctrine sur d’une part, la foi et la charité, la foi en Jésus comme le seul rédempteur et, consolateur et d’autre part, sur la personne du Christ, dieu vivant et consolateur des affligés. L’essentiel de cette doctrine se retrouve dans les différentes épitres que Paul a envoyées aux communautés chrétiennes naissantes de Rome, de Corinthe ou d’Ephèse, etc. Cette doctrine basée sur le principe de la rédemption des pêchés par le versement du sang de Jésus est en fait une construction de Paul puisqu’il ne figure nulle part dans les évangiles. Paul, de par ses écrits a modifié le christianisme de l’origine en y adjoignant un principe fondamental qui est la foi (1 cor 15 v 13-14). En faisant de Jésus à la fois, fils de dieu et dieu lui-même, chose qu’il n’a jamais assumé, les tenants du nouveau christianisme dont la conceptualisation remonte aux conciles, notamment celui de Nicée, ont probablement créé la plus grande imposture de tous les temps.

Comment comprendre donc ce christianisme?

Le christianisme était avec les religions dites païennes une forme de croyance dans des divinités aussi drôles que capricieuses. A titre d’exemple, l’un des dieux juifs, Jéhovah, puisqu’il n’était pas le seul, pouvait, dans un moment de colère, ordonner le massacre de milliers de gens, ou pour punir le péché que l’espèce humaine s’est, parait-il, rendue coupable, préparer un étang de feu où ceux qui ne jugent pas opportun de faire sa divine volonté seront jetés pour y être consumés. Cette conception belliqueuse,revancharde et génocidaire de ces dieux est un héritage des mythologies anciennes que les Juifs ont recyclé et utilisé comme fonds de commerce pour asseoir une certaine identité nationale à travers une nation unique Juda, une religion unique le judaïsme et un dieu unique Jéhovah. Israël Finkelstein,éminent archéologue et chercheur juif, auteur du très prestigieux ouvrage “La Bible dévoilée” affirme que l’histoire du peuple juif a été inventée vers le 7e siècle avant notre ère par les scribes du roi Josias dont les visées étaient de fusionner Juda et Israël pour en faire une grande nation, avec une législation unique la Torah, une histoire commune, (l’esclavage en Egypte), un dieu commun Jéhovah, le tout sous l’autorité d’un roi unique, Josias.

Si la plus ancienne tentative, qui est celle des Perses, de créer une religion monothéiste avec Zarathoustra a échoué, il n’est pas superflu de s’interroger sur les raisons qui ont favorisé la réussite du peuple juif. En effet, des aléas positifs ont probablement joué en faveur du monothéisme juif, notamment la victoire inattendue et inespérée de Constantin sur les armées de Maxence lors de la bataille du pont de Milvius. Ceci a été probablement l’acte de naissance officiel du christianisme, tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il est impossible de comprendre le christianisme sans comprendre le contexte historique qui l’a engendré, sans comprendre les aléas qui ont joué à son développement et à sa survie. Aujourd’hui, tout le monde ou presque est chrétien, tout le monde ou presque s’appelle chrétien mais en réalité le christianisme reste pour eux, quelque chose d’assez vague ayant rapport avec un jeune Juif crucifié il y a bien longtemps de cela. Un jeune Juif qui dit-on promettait un royaume où coule le lait et le miel, Un royaume si imminent que bien de personnes auront la chance de le voir avant même leur mort (Marc 13 v 23-30). Plus de deux mille ans après ils attendent encore ce royaume, et peut-être, l’attendront deux mille autres années qui sait?

Le christianisme tel qu’il est aujourd’hui a complètement changé notre conception du monde, la rendant plus juste et plus charitable pour certains et plus violent et définitivement plus manichéen pour d’autres. Si la religion répond à un certain besoin de croire, le christianisme à l’instar de toutes les autres sert de tremplin à certains privilégiés pour asseoir leur domination culturelle, économique, sociale et politique sur la majorité. La seule façon de s’affranchir de cette domination est d’avoir une compréhension historique de la religion en général et du christianisme en particulier. Ceci est un devoir et personne ne doit y échapper.

 

                                                                         

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