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Opinions

Pourquoi le riz?

JA
Jean André Victor

September 27, 2012 · Lecture : 5 min

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Un problème bien posé est, dit-on, à moitié résolu. Pour y arriver, il est indiqué de chercher à comprendre le réel  (le diagnostic), de faire ensuite des pronostics en vue de baliser la voie à suivre et de présenter des scénarios (scenari) probables pour orienter la prise de décision à tous les niveaux de la chaine nationale de gouvernance et cela sans entrer dans les détails techniques, lesquels n’intéressent, d’ailleurs, que les spécialistes.

Le diagnostic de référence

De manière structurelle, l’offre nationale de riz tend à baisser, même quand il y aurait une évolution de la production en dents de scie, parce que la superficie agricole utile tend à  se réduire soit :

300 × 250

par manque de terres productives (action progressive de l’érosion en montagne et de l’urbanisation en plaine);

par manque d’eau (irrégularité des débits à cause de la déforestation et de la dégradation de l’environnement);

par réduction de la taille physique et/ou économique des exploitations agricoles (morcellement des terres et perte d’intégrité des exploitations);

et par réduction du nombre des agriculteurs de métier (absence de professionnalisation dans l’agriculture et de statut pour les agriculteurs).

De son côté, la demande de riz tend à augmenter du fait que :

  • la population ne va pas cesser de grandir en raison de la croissance démographique, car le lit du pauvre est fécond;
  •  la consommation de riz par tête va continuer de croitre par suite du changement des habitudes alimentaires consécutives à l’extension de l’aide alimentaire et à la croissance du taux d’urbanisation.

On est donc en présence d’une situation malthusienne même si les prévisions de Malthus ont été démenties depuis longtemps.

Les pronostics d’intérêt

Selon l’IHSI, le pays aura par exemple 11 millions d’habitants en l’an 2015.  Ce qui donnera une demande de 550 000 TM de riz à raison de 50 Kg / tête (la consommation par tête étant passée de 12 à 50 kg/tête en l’espace d’une génération).  Pour satisfaire cette demande en croissance continue, ou on produit plus de riz, ou on en importe beaucoup plus.  Trois points essentiels retiennent alors l’attention du stratège :

Primo, on ne pourra pas durablement produire davantage de riz dans le statu quo (voir le diagnostic).  En effet, quand la production augmente ici, elle diminuera ailleurs en raison des problèmes structurels susmentionnés.  Il faut donc un autre modèle d’agriculture car l’actuel a déjà volé en éclats.

Secundo, on pourra importer plus de riz mais la demande solvable sera toujours faible, faute de pouvoir d’achat en proportions adéquates.  Il faut donc créer des emplois durables car la pauvreté de masse affecte tout le monde, sauf une petite minorité.

Tercio, pour une demande donnée, il est toujours possible de jouer sur les stocks au niveau international pour stabiliser les prix internationaux et de créer des raretés artificielles au niveau national pour augmenter les profits des intermédiaires au détriment des consommateurs.  Il faut mettre en place un système rationnel de gestion du marché (stock régulateur, subventions, mesures tarifaires et non tarifaires)

L’accès au produit concerné (le riz) serait toujours incertain, que les disponibilités (production + importation) soient en hausse ou pas dans un contexte où les revenus de la population n’augmentent pas en quantité suffisante. 

Dit autrement, on n’a pas un problème de riz proprement dit. On a plutôt un problème d’organisation de la production si on veut produire davantage, un problème de régulation du marché  si on veut stabiliser les prix et un problème de pauvreté de masse si on veut partager les fruits d’une éventuelle croissance économique.

Alors, que faire

Il n’y a pas trente six choses à faire dans un cas pareil.  Il faut des mesures urgentes qui produiront des résultats immédiats, des résultats à (court terme), des résultats à (moyen terme) et des résultats à (long terme).  Ce n’est pas nécessairement  la même chose quand on parle de mesures à court-terme, de mesures à (moyen terme) et de mesures à long-terme. 

Parmi les mille et une petites choses que l’on peut faire (importer plus de riz - produire plus de riz - produire plus de céréales – faire l’aumône à tous – Prioriser l’aide alimentaire - consommer moins  de riz , etc), une seule issue est souhaitable : celle de s’attaquer, sans délai, aux problèmes structurels par le biais des trois questions-clés c’est-à-dire la pauvreté de masse, l’organisation de la production et la régulation du marché.

 Trouver des réponses satisfaisantes à la pauvreté de masse soulève le problème de la création d’emplois, de l’accueil aux investissements étrangers, bref de la stabilité politique.  Or, il ne peut pas y avoir de stabilité politique sans bonne gouvernance (élections libres – respect des droits fondamentaux – Etat de droit, etc).

Pour organiser la production du riz et en produire davantage, il convient de laisser faire les cadres spécialisés, de professionnaliser l’ODVA, d’encourager la recherche agronomique, d’introduire un nouveau modèle d’agriculture, de faire une meilleure allocation des ressources et de combattre la corruption.  Ce qui sous-entend, à nouveau, une bonne gouvernance (respect de la règle du mérite – plan de carrière – statut des chercheurs – souci de la  fonction publique).

Quant à la régulation du marché, il suffit d’avoir un stock régulateur comme cela a existé dans les années 80, de compter avec des mesures tarifaires et non tarifaires tout à fait appropriées et de disposer d’un système de subventions adéquates et de  toutes choses qui n’existent pas actuellement. Ce qui suppose également une bonne gouvernance (transparence – lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent – lutte contre l’impunité et le népotisme, etc).

Dit autrement, la bonne gouvernance est la clé du mystère.  Selon la Banque mondiale, l’indice de bonne gouvernance varie de -2, 5 à + 2, 5 (stabilité politique – Etat de droit – qualité de la régulation – participation et responsabilité – efficacité des pouvoirs publics).  Dans le cas d’Haïti, cet indice est toujours négatif quelle que soit la variable considérée.  Vous avez dit le riz !

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