Par Paul Yves Fausner, M.A
Les opinions continuent de s’affronter dans le domaine du "Travail social" qui demeure en Haïti une discipline universitaire presque ignorée du grand public. Ce n’est plus cet élan altruiste qui portait les hommes des temps les plus reculés à vouloir s’entraider en situation difficile. Mais un ensemble de professions scientifiques s’occupant de l’investigation de la planification sociale, de l’administration de services visant à promouvoir le bien-être humain en s’attaquant efficacement aux problèmes sociaux de la formation des ressources humaines qualifiées capables d’entreprendre la grande croisade du développement humain, etc. C’est donc une perspective de transformation sociale que le "Travail Social" intervient pour s’occuper de populations particulièrement fragiles, d’enfants à problèmes, d’exclus, de délinquants, de pauvres, de handicapés, de gens inadaptés… La recherche et l’intervention soulèvent à ce niveau de multiples interrogations de la part des intervenants sociaux qui, malheureusement en Haïti, ne tiennent pas toujours compte des exigences d’une pratique engagée notamment en recherche militante, action féministe. La contribution jusqu’ici est pauvre. Il manque à nos travailleurs sociaux, à nos étudiants une tournure d’esprit scientifique qui permettrait d’acquérir par la recherche des informations de base nécessaires sur la nature des problèmes auxquels les femmes, les enfants, par exemple, sont confrontés. Rares sont ceux-là qui peuvent allier recherche et intervention à travers une démarche de changement social. Le ramassis de textes de recherche dont nous disposons n’offre pas beaucoup d’intérêt en matière de groupes expérimentaux ou contrôlés à partir de tests standardisés. Par exemple, la problématique des enfants des rues ou victimes de maltraitance, de la femme intégrée dans le processus du développement n’a jamais été posée véritablement. On n’aide pas tellement nos futurs travailleurs sociaux à suivre les progrès accomplis par certaines institutions internationales et nationales intéressées à la défense des enfants. En sorte qu’ils ne disposent pas toujours d’outils méthodologiques adaptés à chaque problème spécifique faisant obstacle au développement, au plein épanouissement des secteurs vulnérables de la population. La question est de savoir est-ce qu’ils obtiennent une formation universitaire avancée pour pouvoir transformer les nécessités sociales en réponses concrètes? Là, nous en avons des doutes qui nous inspirent quelques réflexions qui peuvent être utiles dans le cadre du cours "Travail social et problèmes sociaux actuels en Haïti" donné aux étudiants de Travail social de la Faculté des sciences humaines.
Tout d’abord, le travail social ne consiste pas alors essentiellement en réflexions. Il s’agit d’aller au-delà comme disait l’autre de ce qui aura pu paraître évident à l’œil. Le travailleur social haïtien qui se promène dans un quartier populaire quelconque n’a pas seulement à observer ou à se plaindre de la pauvreté des gens qui y habitent. La connaissance superficielle acquise des problèmes se doit d’être approfondi à partir même des éléments observés et dans leur enchaînement logique. L’important est de dépasser les apparences et leurs liens purement formels pour en saisir la logique interne. Et c’est là qu’intervient la recherche qui peut toujours s’enrichir d’une démarche de réflexion théorique. La fin est dans l’action puisque l’intervenant, guidé par le souci d’essayer de trouver des solutions appropriées aux problèmes immédiats, systématise les données accumulées au stade de la connaissance sensible qui peuvent interroger les faits sur la base de la connaissance théorique avant d’arriver finalement à la connaissance pratique aboutissant ou impliquant une transformation de la réalité sociale. Il faut à ce niveau faire de l’étudiant de "Travail social" un chercheur avisé capable d’éclairer sa pratique professionnelle de données produites par la recherche scientifique. Voilà une première insuffisance qu’il faudra combler au département de Service social de la "Faculté des sciences humaines" où il n’existe pas une revue spécialisée qui servirait de tribune aux étudiants et aux professeurs.




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