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Opinions

Une armée en Haïti pourquoi faire?

RS
Reine Soleil Scientiste Politique, spécialiste en Relations internationales.

October 23, 2012 · Lecture : 19 min

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Les renouvellements de la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti ( Minustah), l’incapacité de la Police nationale d’Haïti ( PNH) de juguler avec les défis de l’heure en terme de sécurité publique sur le territoire national sont, entre autres, quelques raisons qui ramènent sur le tapis le débat houleux sur la nécessité d’avoir en Haïti une force de l’ordre, ou encore notre propre armée comme ce fut le cas dans le passé.

Je veux d’entrée de jeu souligner que je ne  prétends pas prôner ici  la résurrection des Forces Armées d’Haïti (FADH) telles que connues  dans toutes ses anciennes composantes, avec les mêmes faiblesses et les mêmes exactions pour lesquelles elle fut condamnée par le peuple haïtien  et finalement dissoutes par l’ex-président Jean Bertrand Aristide.  Mais la reconversion de l’armée basée sur une éthique fondée sur le « principe de l’Humanité »  accolée à la démocratie, telle que le conçoit Jean-René Bachelet, à savoir : « une armée consciente de  l’universalité de l’homme; la valeur de la personne humaine, de sa vie, de son intégrité, de sa dignité; l’exigence que nous avons d’œuvrer pour un monde meilleur, cette fois-ci pour une Haïti meilleure »[1].

Cette reconversion qui suppose le changement ou encore le passage d’un système  de fonctionnement à un autre  englobera certainement les principales fonctions des forces armées de n’importe quelle nation, lesquelles demeurent  la défense et la surveillance de l’intégrité du territoire comme de ses frontières maritimes et aériennes. Dans notre cas, les attributions des Forces armées d’Haïti sont clairement définies dans l’article 266[2] de la Constitution, et j’attire l’attention sur l’alinéa f) qui prévoit : outre les attributions qui lui sont propres, les forces armées peuvent être affectées à des tâches de développement.

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En d’autres termes, la reconversion ou le renouveau des Forces armées d’Haïti offre la possibilité si elle est bien faite de mettre sur pied une nouvelle institution conséquente, appropriée à la vision de l’Etat démocratique,  dont la non-immixtion dans les affaires politiques, consolidera les racines de notre démocratie en augmentant la participation citoyenne aux affaires de la République, recouvrera le civisme et des valeurs nationales, réaffirmera la réconciliation nationale en acceptant dans ses rangs des citoyens et citoyennes haïtiens et frayera donc des voies sécuritaires pour le décollage et le progrès économique.

Je crois que l’ex-président René Préval, même hostile à l’existence d’unetelle force en Haïti, ressentait et saisissait déjà la nécessité de cette reconversion quand il demanda à la Minustah de « remplacer ses chars de guerre par des tracteurs et des bulldozers, engagés dans des travaux d’infrastructure»[3], et les soldats en d’autres termes par des ingénieurs et techniciens capables d’œuvrer au développement de notre pays. L’idée fut bonne. Néanmoins, le développement d’un pays est une affaire nationale et n’engage que de vrais nationaux. Gare à ceux qui ne sont pas conscients de la mobilité et parfois même de la permutation des fonctions de nos institutions. Si notre ère est à la spécialisation et la technicité,  les renforts au besoin restent toujours de mise. Après le séisme, nous avons eu de beaux exemples de militaires étrangers affectés à des tâches policières et autres.  Bref, autour de nous, les choses changent.

Nouvelle dimension démocratique de l’Armée dans l’enjeu international

L’idée de nous faire croire ici que l’armée est un mauvais composant de la démocratie est fausse, tellement fausse que  les grands  ténors occidentaux de ce système  définissent plus que jamais leur puissance , par la force de leurs armées.  La nouvelle équation  démocratique est  celle ci : plus forte est son armée, plus le respect envers sa souveraineté est gagnée, mieux placée une société est sur l’échiquier international pour agir au nom de cette démocratie.  Car la démocratie est un système régulateur et ne peut exister en dehors d’un territoire sans contrôle,  ou  le terrorisme, le trafic de drogue, le trafic humain, l’organisation criminelle règnent.

L’armée contemporaine fait mieux encore. Symbole de souveraineté, elle est porteuse, apôtre et instauratrice de démocratie. Elle est au service de la géopolitique mondiale, au cœur des politiques des relations extérieures dont nous prétendons réguler les rapports entre Etats, l’armée s’est donnée une nouvelle touche démocratique, mais cette équation semble ne pas être toujours applicable au niveau local où son application n’est pas permise dans tous les pays.

Pourquoi ? - Pour des raisons en Haïti ou des arguments  routiniers que nous avons appris par cœur et répéter automatiquement sans pour autant les analyser minutieusement ou encore découvrir leur vrai sens. Voyons :

  • L’armée d’Haïti est budgétivore  répétons-nous  à longueur de journée.

 Pour simplifier ce terme et faciliter ce que je vous invite à comprendre par la suite, disons qu’ « elle est mangeuse de budget  ou occupe une trop grande part du budget». Par définition, un budget est une prévision financière dans laquelle une somme est allouée à chaque rubrique  en fonction des critères d’importance, de résultats, de priorités définies dans  la politique publique d’un Etat par des experts financiers. L’armée ne peut pas comme institution s’attribuer une plus grande somme que l’éducation ou l’environnement sans l’approbation préalable de nos décideurs. Se basant sur les 5 axes prioritaires de l'administration Martelly-Lamothe, l’armée ne figure pas comme un poids lourd. Sans armée, nous n’avons pas amélioré notre économie ou notre PNB, ni renforcé notre système de santé ou réalisé de grands bons en agriculture de 1994 à nos jours. Nous accusons plutôt des pertes et plus de retards pratiquement à tous les niveaux, à tous les échelons, dans tous les indicateurs de croissance et tous les ranking internationaux.  Ceci dit, nous n’avons pas su non plus utiliser l’argent  jadis alloué à l’ancienne armée au profit du progrès et  de l’avancement de notre pays. Par contre, nous sommes devenus la “République des ONGs”[4] et selon la Banque mondiale, le pays qui vient en tête du monde en ONG par habitant.”[5] Nous avons  ainsi mis au chômage des centaines d’hommes et de femmes haïtiens, contribué à la montée de l’insécurité dans le pays, augmenté la pauvreté des milliers de familles qui dépendaient de l’existence de cette institution.  L’argument de l’armée budgétivore revient à nous dire au fait ceci :  1) qu’elle ne fait rien pour la grande part qu’elle occupait dans le budget car elle ne participait pas aux activités pouvant aider au développement du pays. 2) Que  vous (Haïtiens) ne pouvez pas nous (communauté interationale)  imposer une armée, symbole de souveraineté, quand vous n’avez pas de ressources pour la maintenir fonctionnelle, quand vous n’arrivez même pas à financer votre propre budget national. Elle est effectivement budgétivore en ce sens, car elle n’est pas une  priorité et n’offre aucune garantie à ceux qui nous assistent quand leur droit de regard comme donateurs passe mieux à travers les casques bleus, des ONGs et des commissions dont ils détiennent aussi le contrôle.

 

  • Nous n’avons pas d’ennemis potentiels.

Dans la mondialisation, les ennemis ne sont pas forcément une armée visible et les combats ne se font pas nécessairement ou presque plus corps à corps. Les armées ne partent pas en conquête  de territoires ou de colonies mais se rangent et s’alignent  derrière les politiques de survie économique. De ce fait, la réalité d’Haïti peut changer demain si on y découvre par exemple des ressources naturelles importantes. Les guerres d’aujourd’hui sont plutôt douces. Les invasions sont technologiques,  démocratiques et culturelles. D’ailleurs sans même avoir une armée, l’ONU a déclaré « que Haïti  constitue une menace pour la région et pour la paix internationale » pour justifier la présence de la Minustah ici.  Cette menace n’est ni militaire et même pas stratégique. Notre voisin qui investit de plus en plus dans son armée ne craint pas de nous une invasion militaire, mais une invasion migratoire. Nous représentons aussi une constante menace à leurs yeux. Nos frontières sont libres, nous constituons donc un parfait canal de transmission de drogues sur leur territoire, soit une menace pour leur société et qui sait à quelle autre fin peut servir notre savane, vu que  les fléaux et dégâts de la mondialisation sont contagieux et collatéraux. D’ailleurs le président dominicain, Leonel Fernandez, « après avoir demandé à la communauté internationale de voir la crise comme un cas particulier et de ne pas envoyer des troupes pour le maintien de la paix sinon pour la récupération de l’Etat » eut à affirmer en juillet 2005  au Sommet du CARFORO que : « son pays était préoccupé parce que son voisin, en se référant à Haïti ne pouvait pas avoir le contrôle physique de son territoire. (Traduction libre) »[6] Nous sommes finalement notre propre ennemi en  marginalisant  la police qui comme nous le savons tous ne peut pas entreprendre et embrasser toutes les fonctions de l’Armée.  Nous sommes notre propre ennemi en repoussant par l’insécurité les touristes et les investissements étrangers tandis que nous prétendons comparer nos potentiels aux voisins caribéens  qui  eux, érigent des points de contrôle sur toutes leurs autoroutes nationales,  sécurisent chaque recoin de leurs quartiers pour vendre une image de marque de leur pays et nous crions  « oh injustice ! » quand on nous traite d’Etat paria ou quand les grandes Ambassades demandent à leurs citoyens d’éviter Haïti comme destination touristique.

 

  • L’armée d’Haïti est sanguinaire.

Certes, mais pas plus que les Nazis  ou les escadrons de la mort chiliens et argentins, ou encore l’armée dominicaine sous Trujillo.  Néanmoins, à la mort d’Hitler, l’armée n’a pas été abolie en Allemagne, ni au Chili, au départ en exil de Pinochet ou encore chez nos voisins après l’assassinat de Trujillo en 1961.   La raison fondamentale est que l’armée est une institution. Une institution subit des réformes, se modernise et évolue au gré des besoins de la société qu’elle est appelée à desservir. Les Uruguayens ne vont pas abolir leur armée parce que cinq soldats n'ont pas souscrit au code éthique en mission à l’étranger, l’ONU ne refusera  pas demain non plus d’embaucher d’autres soldats  de l’Uruguay, l’Etat d’appartenance des cinq violeurs  parce que ces derniers ont  eu un mauvais précédent. L’ONU savait que ces exactions[7]  comme d’autres sont monnaie  courante en mission de paix et pouvaient être commises. Elle a de  ce fait prévu des sanctions pour ceux qui violent les règlements internes.  Ainsi, la Minustah ne quittera pas tout de suite Haïti à cause de ce scandale. Bien au contraire, les erreurs et les imprévus aident aussi à la perfection des règles. De nouvelles procédures seront certainement adoptées dans le futur pour renforcer le règlement dans la résolution de ces actes débonnaires. Nous devons commencer de notre côté,  par renoncer aux choses faciles, « aux solutions qui baissent la fièvre et ne traitent pas les virus » comme l’explique à sa manière le général Aldunate[8]. Nous devons changer de mentalité, et apprendre à transformer et  valoriser ce que nous avons. Certes, il y eut des méchants dans les rangs de notre armée, il y eut aussi des hommes, des soldats, des généraux loyaux, honnêtes qui jouissent encore du crédit et du respect de beaucoup d’entre nous et de l’international.

 Pourquoi faire une armée en Haïti ?

Je crois qu’à l’heure actuelle, en pleine  démocratie et à l’ère des droits humains, il est clair et certain pour chaque Haïtien et  Haïtienne  conséquents,  que notre FADH avait échoué dans sa mission principale et violé outrancièrement les principes qui charpentaient son ensemble. Face à son désossement, nous lui avons tourné le dos en mauvais parents et opté pour la solution la plus facile : l’anéantissement, l’abolition, la disparition des nôtres, l’adoption de nouveaux enfants,  des méthodes à l’haïtienne,  spontanées , tout en ignorant d’autres normes constructivistes qui comme  la formation continue, la capacitation de ses membres, la modernisation de sa structure ou l’introduction en son sein de nouvelles attributions pour accompagner le peuple dans un système politique qui lui était inconnu. Nous avons opté pour la voie facile comme nous le faisons  depuis longtemps. Punir pour punir, éliminer pour éliminer, faire table rase sans avoir préalablement pensé à un suivi rationnel. Certains ont choisi de prioriser leurs petits intérêts mesquins au détriment des valeurs  patriotiques,  d’autres soit disant pour préserver leur pouvoir contre une armée  « putschiste » ont  crié au messie blanc de voler à leur secours, supplier l’ONU de nous expédier des troupes pour sauver notre démocratie en péril. Comme si les casques bleus n’étaient que de purs « démocratologues »  et non des militaires eux aussi ou comme si  la démocratie haïtienne était allergique aux soldats haïtiens.

Force est de constater que l’allergie au fait est à l’institutionnalisation  officielle  de ce corps ou encore à la légalité de son existence qui lui revêt une autonomie de fonctionnement et non à son existence même, quand il est asservi par le pouvoir et au service des caprices d’un chef d’Etat. Car aucun des pouvoirs que nous avons connu depuis le départ de l’ex-président Jean-Claude Duvalier ne fonctionne sans une petite armée parallèle à la PNH, un petit corps de semeurs de troubles, un petit groupe de malfaiteurs à tout faire, de prédateurs,  d’opposants, de femmes et d’hommes valables de ce pays. Il n’est un secret pour personne que chaque politicien a son blanc comme  chaque chef d’Etat a  son FRAPH, ses chimères,  son armée rouge, son armée de RAVIX, son armée cannibale, ti Couteaux etc..

De là réside le bien-fondé de la psychose de peur de beaucoup d’entre nous  dont les souvenirs des abus provoqués par certains militaires de la FADH sont encore vivants. De là remonte la méfiance de beaucoup d’entre nous  face à l’idée d’avoir une nouvelle armée en Haïti. L’initiative de la présidence de remettre sur pied cette institution s’avère noble et sa concrétisation  le sera  davantage si cette armée se met  au service de la population et de la défense des intérêts nationaux et du bien-être du pays et rejette  par l’action les étiquettes qu’on lui colle déjà avant même sa renaissance.  Sa concrétisation sera viable si ce projet devient une réalisation nationale avec l’empreinte de tout un chacun en terme de solidarité,  de contribution et de participation citoyenne mais aussi si ce grand projet face aux éventuels refus d’approbation universelle peut se transformer en une initiative souveraine,  autonomiste,  mobilisant des ressources du pouvoir. Le pays  n’attend qu’ une force institutionnalisée, éthique, crédible, garant de l’ordre, de la sécurité des locataires du palais,  comme celle des résidants  de l’île de la Tortue, de Raboto, de Pétion-Ville et ou de Cité Soleil.

Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois en moins de 20 ans,  l’armée bleue de l’ONU est venue sous des épithètes différentes et coiffée de bonnets différents  sans pour autant satisfaire notre soif de sécurité, d’apaisement social, de renforcement ou de consolidation de nos institutions et remplir correctement sa mission. S’il est vrai, que leur présence à un moment fut indispensable pour éviter une guerre civile après la destitution en 2004 du président Aristide, les soldats ne sont absolument  pas des blancs saints ou un corps très catholique qui mérite notre révérence.

Une simple lecture du « Rapport du réseau national de défense des droits humains (RNDDH) sur le viol de l’adolescent de Port-Salut »[9] nous étale leurs exactions qui ne diffèrent qu’en nombre à celles que commettaient nos soldats. Comme l’armée d’Haïti, la MINUSTAH regorge en son  sein de mauvais éléments mais elle constitue également une troupe onusienne dont l’essence et les principes ne sont pas tout à fait mauvais. Ils sont accusés ou impliqués dans des cas de viol, vol, d'assassinat de nos citoyens, de corruption en leur sein, d’abus d’autorité, d'être porteuse de maladies contagieuses, de participation frauduleuse dans les élections, et j’en passe. Ils sont uniquement exempts d’être des putschistes. A dire vrai ils ont le monopole du contrôle et  n’ont pas cette nécessité. Cette exception au fait  renferme en  elle seule toute la mission et la dimension de stabilisation qui lui est assignée. C’est aussi cette exception qui les consacre en  garants de la démocratie, car même si la démocratie ne se réduit  pas à l’unique possibilité qu’un président termine son mandat, “le concept qu’elle  est une responsabilité régionale dont la construction et la consolidation sont  collectives est désormais consolidé[10]”.

Enfin, chez nous, ce n’est pas à banaliser. La Minustah garantit la stabilisation politique, et à un certain niveau et pour certains, une stabilisation économique  par le pullulement des loyers en US, et non la sécurité que voudrait la majorité de nos simples citoyens qui n’a pas tout à fait saisi les termes ou l’essence de ses mandats. Sa présence évite la rébellion et le soulèvement de petites armées sournoises apparemment endormies que la police ne fait pas peur. Il faut donc comprendre les raisons d’Etat qui oblige l’Etat à supporter leur violation du sol national.

Mais, supporter jusqu'à quand est la grande question que se demandent tous ceux qui n’ont pas d’intérêts mesquins dans cette mission onusienne, tout Haïtien et Haïtienne qui croient encore en leurs compatriotes et en eux-mêmes. Nous la supporterons, jusqu'à ce que nous soyons capables de recouvrer totalement notre souveraineté c’est-à- dire  nous comporter en des gens responsables, sérieux, respectueux des jeux démocratiques, nous charger de nos responsabilités envers nos citoyens et envers notre pays sans avoir à quémander continuellement notre pain quotidien.

Pour commencer il nous faudrait consolider et/ ou créer des institutions garantes de la démocratie, capables de maintenir la stabilité politique interne avec des structures standardisées qui redonnent  crédibilité à nos dirigeants, et refaire notre image en terme de sécurité à l’étranger.

La création d’une armée  moderne répond  d’abord à cette nécessité impérieuse.

Elle répond aussi à la nécessité d’aider la police à  fermer la vanne des kidnappings, à garantir la liberté citoyenne, la sécurité civile,  la mobilité citadine  interne,  de déplacements  provinciaux ou interurbains  sans crainte de se faire abattre ou de se faire voler ses avoirs par des professionnels de la mort qui hantent nos rues et recoins depuis trop longtemps. Elle  répond à la nécessité de garantir nous aussi la défense de nos frontières  face  au corps spécialisé de la CESFRONT  dominicain,  de sécuriser nos côtes par des gardes formées  et de bannir cette asymétrie[11] en terme de sécurisation  face à notre voisin immédiat et les autres dans la caraïbe.

Elle répond à l’urgence de recouvrer la fierté, la confiance et la discipline qu’inspiraient chacune et chacun de nos militaires d’antan à un moment de leur existence. Je prône haut et fort ici , le retour aux symboles qui nous faisaient marcher la tête altière et haut le front, la possibilité de revivre les frissons d’un couplet de la Dessalinienne entonnée par une  fanfare, imbu du respect de chaque lettre de cet hymne national, l’espoir de fêter un 18 mai sans gêne, de se réunir à l’Arcahaie où le président de la République peut fièrement vanter les prouesses de notre armée indigène sous la vigilance  d’un corps ou d’une gendarmerie nationale et inviter encore les membres de ce corps à s’enorgueillir de l’exemple de nos pères de l’indépendance, la possibilité de voir exister une armée fonctionnelle en Haïti, respectueuse des limites et des attributions qui lui seront imparties dans la vie nationale, fière de  retourner dans ses casernes et d'être  présente dans les rues quand les urgences citoyennes ou la République le réclament comme est le cas dans les ex-dictatures de l’Amérique latine telles que le Chili, l’Argentine ou  l’Uruguay pour ne citer que ces exemples.

Elle répond au besoin de reprendre confiance en nous-mêmes et de témoigner cette confiance aux étrangers qui nous regardent, de nous sentir dignes, utiles à notre pays,  utiles à nos jeunes, aux fils et aux filles d’Haïti.

Elle répond également au besoin d'offrir à nos hommes une carrière dans une institution nationale, qui signifie en même temps des emplois sûrs, avec la chance d’une mobilité sociale qui éliminera  les tentations à la corruption.

Finalement, elle est une entité prévue par notre Constitution,symbole de souveraineté, le seul que nous pouvons cimenter humainement entre nous frères et sœurs d’un même pays face à la destruction physique de nos symboles patrimoniaux  phares tels que le palais national, le palais législatif, le palais des ministères, pour ne citer que cela.

 

En guise de Conclusion.

La Minustah n’est nullement une gratification de l’ONU mais une preuve de notre  incapacité de nous organiser même pour la réalisation des choses les plus élémentaires à la souveraineté  que nous réclamons à tort et à travers depuis 1804. Avoir l’assistance de la Minustah sur le territoire loin d’être une fierté de laquelle nous devons nous enorgueillir, est plutôt une véritable gifle de voir la majorité des composants civils ou militaires qui viennent justement des pays de l’Amérique latine et du Tiers-Monde qui ont commencé leur vague de démocratisation en même temps que nous, et qui ont été tous victimes d’ armées criminelles, nous montrer leur reconversion et leur progrès alors que nous croupissons encore dans le sous-développement chronique.  C’est aussi une occasion de nous relever qui peut être l’ultime affront si nous savons tirer profit de ce qu’elle nous offre de bons dans une période difficile de notre vie nationale et si nous savons mettre également de côté notre orgueil  de premier peuple noir libre pour nous relever une fois pour toutes.

La planification du retrait de la Minustah  négociée diplomatiquement doit être non seulement graduelle mais simultanée à sa relève. Autrement dit, les futurs soldats haïtiens devront remplacer au fur et à  mesure  les soldats onusiens dans les points  et endroits qu’ils occupaient. Ainsi nous pouvons aussi  bénéficier de leurs installations métalliques en attendant l’édification de nos nouveaux bureaux et casernes.

Ce changement simultané permettra également à l’Etat haïtien d’investir moins d’argent en logistique pour la mise en place des structures d’accueil pour ses nouveaux membres.

Du même coup, il élimine la peur  du vide de garantie face à une éventuelle recrudescence de l’insécurité et l’instabilité politique et facilite la préparation des membres de cette nouvelle institution en toute quiétude d’esprit.

La préparation proprement dite se fera par les instructeurs sur place de la MINUSTAH, (derniers à quitter le pays)  qui formeront à leur tour nos généraux et les membres du haut commandement de notre future armée  en collaboration avec les meilleurs membres  de la FADH encore vivants et crédibles de servir dans une nouvelle institution réformée et démocratique.

 L’heure est au rassemblement, et non à l’exclusion. Elle est à l’opposition constructive, et non aux critiques stériles. Certainement, l’Armée n’effacera pas à coups de fusils  les problèmes du pays que la  Minustah n’a pas su maîtriser même avec ses chars depuis bientôt 8 ans, car ils sont profonds, nombreux, structurels et repousseront par leurs racines si elles ne sont pas taillées à la base par l’éducation pour tous, l’accès à la justice pour tous, à la santé pour tous et au droit à un travail décent pour tous.  Des raisonnements utilitaristes et non des théories démagogiques doivent bercer la renaissance de nos forces armées. J’ai des raisons  de croire que c’est nécessaire. Je respecte celles qui croient le contraire, mais nous nous retrouvons tous dans  l’obligation de redonner un vote de confiance  à nos hommes et nos femmes haïtiens. Soldats d’Haïti, nous le sommes déjà tous et toutes de manière dispersée. Chacun et chacune  de nous face aux adversités peuvent constituer le dernier rempart pour sauver notre pays. Resserrons nos rangs,  fils et filles d’Haïti  débout !

 

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