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Opinions

Condition enseignante et gestion scolaire en Haïti

Une perspective de révision équitable des conditions de travail des enseignants aux différents niveaux ou ordres d'enseignement

PK
Par Kénold MOREAU, Ph.D., M.A., B.A.. Éducation comparée Administration prospective Politiques de l'Éducation

October 30, 2012 · Lecture : 14 min

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(3e Partie)

Quelques recommandations

    1. A propos des effectifs des classes

Les effectifs des classes devraient permettre à l'enseignant d'accorder une attention particulière à chacun de ses élèves .

300 × 250

 2. A propos de la disponibilité d’un personnel auxiliaire

Afin de permettre aux enseignants de se concentrer sur leurs tâches professionnelles, les établissements scolaires devraient disposer d'un personnel auxiliaire, chargé des fonctions étrangères à l'enseignement [ (psychologue scolaire, sociologue de l'éducation, infirmière, assistant (e) social (e)…].

  1. 3.        A propos de la disponibilité d’auxiliaires d’enseignement

Les autorités devraient doter les enseignants et leurs élèves d'auxiliaires modernes d'enseignement. Ces auxiliaires devraient être considérés non comme des suppléants le maître, mais comme des ressources permettant d'améliorer la qualité de l'enseignement et d'étendre le bénéfice de l'éducation à un plus grand nombre d'élèves.

  1. 4.   A propos de la durée du travail des enseignants

Le nombre d'heures de travail demandé aux enseignants, par jour et par semaine, devrait être fixé en consultation avec les organisations d'enseignants. Car, en fixant les heures de cours, il faudrait tenir compte de tous les facteurs qui déterminent le volume de travail que les enseignants ont à fournir tels que :


a. Le nombre d'élèves dont l'enseignant doit s'occuper, par jour et par semaine;

b. Le temps qu'il est nécessaire de consacrer à la bonne préparation des cours et à la correction des exercices;

c. Le nombre de cours à dispenser chaque jour;

d. Le temps qu'il faut aux enseignants pour participer à des travaux de recherches, aux activités parascolaires, pour surveiller les élèves et pour les conseiller;

e. Le temps qu'il est souhaitable de laisser aux enseignants pour rencontrer les parents et s'entretenir avec eux des progrès des élèves. 

 Les enseignants devraient disposer d'assez de temps pour prendre part aux activités destinées à favoriser leur perfectionnement en cours d'emploi. 

 Les activités parascolaires des enseignants ne devraient pas constituer pour eux une charge excessive ni gêner l'accomplissement de leurs tâches essentielles. 

Lorsque les enseignants sont appelés à exercer des responsabilités pédagogiques particulières qui s'ajoutent à leurs cours, le nombre de leurs heures de classe devrait être réduit en conséquence.

  1. 5.  A propos des congés payés annuels

 Tous les enseignants devraient avoir droit à des vacances annuelles, à plein traitement, d'une durée suffisante.

  1. 6.  A propos des congés d’études


 1) Les enseignants devraient bénéficier de temps en temps de congés d'études, à plein traitement ou à traitement partiel.

2) Les congés d'études devraient être pris en considération pour le calcul de l'ancienneté et de la pension.

3) Dans les régions éloignées des centres urbains et définies comme telles par les pouvoirs publics, les enseignants devraient bénéficier de congés d'études plus fréquents.

  1. 7.  A propos des congés spéciaux

  Les congés spéciaux accordés dans le cadre de programmes d'échanges culturels bilatéraux ou multilatéraux devraient être assimilés à des périodes de service.

Les enseignants qui participent à l'exécution de programmes d'assistance technique devraient bénéficier de congés sans perdre, dans leur pays d'origine, leurs droits d'ancienneté, leurs possibilités d'avancement ni leurs droits à la pension. En outre, des dispositions particulières devraient être prises pour leur permettre de faire face à leurs dépenses supplémentaires. 

1) Les enseignants devraient pouvoir, à l'occasion, bénéficier de congés à plein traitement en vue de participer aux activités de leurs organisations.

2) Les enseignants devraient avoir le droit d'exercer des mandats dans leurs organisations et bénéficier, en pareil cas, de droits semblables à ceux des enseignants assumant une charge publique. 

 Les enseignants devraient avoir droit àdes congés à plein traitement pour des raisons personnelles valables, selon des dispositions arrêtées avant l'entrée en fonction.

  1. 8.  A propos des congés de maladie ou de maternité

 1) Les enseignants devraient avoir droit à des congés de maladie avec traitement.

2) En fixant la période pendant laquelle le traitement sera versé en totalité ou en partie, il faudrait tenir compte des cas où il est indispensable que les enseignants soient isolés des élèves pendant de longues périodes. 

 Il conviendrait de donner effet aux normes fixées par l'Organisation internationale du travail en matière de protection de la maternité, et en particulier à la convention sur la protection de la maternité, 1919, et à la convention sur la protection de la maternité (révisée), 1952.

 Il conviendrait d'encourager les enseignantes qui sont mères de famille à rester en activité en les autorisant, par exemple, à prendre, sur leur demande, des congés supplémentaires sans traitement d'un an au plus après la naissance de l'enfant, et en leur conservant leur emploi, tous les droits résultant de celui-ci étant pleinement sauvegardés.

 1. 9.  A propos des bâtiments scolaires

 Les bâtiments scolaires devraient donner des garanties de sécurité, être agréables par leur conception d'ensemble, et aménagés de manière fonctionnelle; ils devraient se prêter à un enseignement efficace et aux activités parascolaires et communautaires, en particulier dans les régions rurales; construits en matériaux durables et selon les normes de l'hygiène, ils devraient pouvoir convenir à divers usages et être d'un entretien facile et économique. 


Les autorités devraient veiller au bon entretien des locaux scolaires de manière à ne faire courir aucun risque à la santé ni à la sécurité des élèves et du personnel enseignant. 

Lorsque l'on prévoit la construction de nouvelles écoles, il conviendrait de consulter les représentants attitrés du corps enseignant. Lorsqu'on envisage la construction de nouveaux locaux ou l'agrandissement des locaux dans des écoles déjà existantes, il conviendrait de consulter le personnel enseignant de l'établissement intéressé.

  1. 10.   A propos des dispositions spéciales applicables aux enseignants dans les régions rurales ou éloignées

 1) Dans les régions éloignées des centres urbains et définies comme telles par les pouvoirs publics, des logements décents devraient être mis à la disposition des enseignants et de leur famille, de préférence à titre gratuit ou moyennant un loyer réduit.


2) Lorsque les enseignants, en dehors de leurs fonctions normales, sont appelés à encourager et à stimuler des activités communautaires, les programmes de développement devraient prévoir des logements convenables pour les enseignants.

En cas de nomination ou de mutation dans une région éloignée, les enseignants devraient recevoir des indemnités de déplacement et de déménagement pour eux-mêmes et pour leur famille.

 Les enseignants en poste dans une telle région devraient, le cas échéant, bénéficier de facilités de voyage particulières afin de leur permettre de maintenir le niveau de leur compétence professionnelle.

A titre d'encouragement, les enseignants mutés dans une région éloignée devraient avoir droit au remboursement de leurs frais de voyage jusqu'au lieu de leurs foyers, une fois l'an, à l'occasion des vacances. 

Chaque fois que les enseignants sont astreints à des conditions de vie particulièrement difficiles, ils devraient recevoir, en compensation, des indemnités spéciales qui devraient entrer en ligne de compte pour le calcul de leur pension.

  1. 11.  A propos du traitement des enseignants

  A propos du traitement des enseignants, l'UNESCO recommande qu'une importance particulière soit  réservée  à la rémunération qui leur est accordée car, selon les tendances qui s'affirment aujourd'hui dans le monde, il est indéniable que les autres facteurs, tels que la situation reconnue aux enseignants dans la société ou le degré de considération qui s'attache à leur fonction, dépendent dans une large mesure, comme d'ailleurs pour beaucoup d'autres professions comparables, de la situation économique qui leur est faite.

 Selon l'UNESCO, les traitements des enseignants devraient:
a. Être à la mesure de l'importance que la fonction enseignante et, par conséquent, ceux qui l'exercent, revêtent pour la société, aussi bien que des responsabilités de toute nature qui incombent à l'enseignant dès son entrée en fonction;


b. Soutenir avantageusement la comparaison avec ceux d'autres professions qui exigent des qualifications analogues ou équivalentes;

c. Assurer aux enseignants un niveau de vie raisonnable pour eux-mêmes et pour leur famille, ainsi que les moyens d'améliorer leurs qualifications professionnelles en développant leurs connaissances et en enrichissant leur  culture;

d. Tenir compte du fait que certains postes exigent une plus grande expérience et des qualifications plus élevées et comportent des responsabilités plus étendues. 

Les enseignants devraient être rétribués sur la base d'échelles de traitements établies en accord avec leurs organisations professionnelles. Les enseignants qualifiés, en cours de période probatoire ou employés à titre temporaire, ne devraient en aucun cas être rétribués à un taux inférieur à celui des titulaires. 

La structure des traitements des enseignants devrait être établie de manière à éviter toute injustice et toute anomalie risquant d'entraîner des frictions entre différents groupes d'enseignants. 

Lorsqu'un règlement fixe un maximum d'heures de cours, un enseignant dont le service régulier excède ce maximum devrait recevoir une rémunération supplémentaire selon un barème approuvé. 

Les différences de traitement devraient être fondées sur des critères objectifs, tels que les qualifications, l'ancienneté ou le degré de responsabilité; mais la différence entre le traitement le plus bas et le traitement le plus élevé devrait être maintenue dans des limites raisonnables. 

Pour fixer les traitements de base des personnes chargées d'un enseignement professionnel ou technique et qui n'auraient pas de grade universitaire, on devrait tenir compte de la valeur de leur formation et de leur expérience. 

Les traitements des enseignants devraient être calculés sur une base annuelle. 

1) Il conviendrait de prévoir un avancement à l'intérieur de chaque catégorie, au moyen d'augmentation de traitement à intervalles réguliers, de préférence tous les ans.

2) La progression entre le minimum et le maximum de l'échelle des traitements de base ne devrait pas s'étendre sur une période de plus de 10 à 15 ans.

3) Les enseignants devraient bénéficier des augmentations périodiques pour les services fournis en période probatoire ou à titre temporaire. 

4)  Les échelles de traitements (ou de salaires)  des enseignants devraient être revues périodiquement pour tenir compte de facteurs tels que l'augmentation du coût de la vie, l'élévation du niveau de vie national provenant de l'accroissement de la productivité, ou une hausse générale des salaires et des traitements.

5) Là où il existe une échelle mobile des traitements, automatiquement indexée sur le coût de la vie, l'indice devrait être fixé avec la participation des organisations d'enseignants,  et toute indemnité de cherté de vie devrait être considérée comme faisant partie intégrante de la rémunération dont il est tenu compte pour le calcul de la pension. 

6) Aucun système de rémunération d'après le mérite ne devrait être instauré ni appliqué sans l'avis préalable et le consentement des organisations d'enseignants intéressées.

   1. 12.  A propos de la sécurité sociale

Dispositions générales émises par l'Organisation internationale du travail (OIT) :

Tous les enseignants, quel que soit le type d'école où ils exercent, devraient bénéficier d'une protection en matière de sécurité sociale identique ou analogue. La protection devrait être étendue aux étudiants qui se préparent à la carrière pédagogique s'ils sont déjà employés dans l'enseignement d'une manière régulière, ainsi qu'aux enseignants qui effectuent leur période probatoire. 

1) Les mesures de sécurité sociale devraient protéger les enseignants contre tous les risques visés par la convention de l'Organisation internationale du travail (OIT) concernant la sécurité sociale (norme minimum), 1952, en ce qui concerne les soins médicaux, les prestations de maladie, de chômage et de vieillesse, les prestations pour accidents du travail et maladies professionnelles, les prestations aux familles et les prestations de maternité, d'invalidité et de survivants.

2) Les normes de la sécurité sociale des enseignants devraient être au moins aussi favorables que celles que prévoient les instruments pertinents établis par l'Organisation internationale du travail (OIT), notamment la convention concernant la sécurité sociale (norme minimum), 1952. 
3) Les prestations de sécurité sociale devraient être accordées de droit aux enseignants. 

La protection des enseignants en matière de sécurité sociale devrait tenir compte de leurs conditions d'emploi particulières.  

13.   A propos des soins médicaux 

Dans les régions où l'on manque de services médicaux, les enseignants devraient être remboursés des frais de déplacement lorsqu'ils sont obligés de se déplacer pour recevoir les soins requis. 

14.  A propos des prestations de maladie 
 1) Les prestations de maladie devraient être versées pendant toute la durée de l'incapacité de travail entraînant la suspension du gain. 
2) Elles devraient être versées à partir du premier jour de la suspension du gain. 
3)  Lorsque la durée des prestations de maladie est limitée, des prolongations devraient être prévues pour les cas où les enseignants doivent être isolés des élèves. 

15.  A propos des accidents du travail et maladies professionnelles 

Les enseignants devraient être protégés contre les conséquences des accidents survenus non seulement pendant les heures de service à l'intérieur de l'école, mais aussi au cours d'activités scolaires organisées à l'extérieur. 

 Certaines maladies contagieuses fréquentes chez les enfants devraient être considérées comme des maladies professionnelles lorsqu'elles sont contractées par des enseignants qui ont été exposés à la contagion du fait de leurs élèves. 

16.  A propos des prestations de vieillesse 

Lorsqu'un enseignant est muté à un poste relevant d'une autre autorité scolaire dans le  pays, il devrait conserver, en matière de pension, le bénéfice de ses services antérieurs. 

Compte tenu des réglementations nationales et en cas de pénurie dûment constatée, les années de service effectuées par les enseignants qui continuent d'exercer leurs fonctions tout en ayant droit à la retraite devraient soit  entrer  en ligne de compte pour le calcul de leur pension, soit permettre aux enseignants de s'assurer une retraite complémentaire grâce à des organismes appropriés. 

Les prestations de vieillesse devraient être fixées en fonction du gain de fin de carrière, de manière que l'enseignant puisse conserver un niveau de vie suffisant. 

17.  A propos des prestations d'invalidité 

 Des prestations d'invalidité devraient être versées aux enseignants contraints à interrompre leur activité par suite d'une incapacité physique ou mentale. Il devrait être prévu qu'une pension sera accordée lorsque l'incapacité ne donne pas droit à des prestations de maladie de longue durée ou à d'autres indemnités. 

 En cas d'incapacité partielle, c'est-à-dire lorsque l'enseignant reste en mesure d'exercer ses fonctions à temps partiel, l'intéressé devrait avoir droit à une prestation d'invalidité partielle. 

1) Les prestations d'invalidité devraient être fixées en fonction du dernier gain perçu, de manière à ce que l'enseignant puisse conserver un niveau de vie suffisant. 
2) Les enseignants frappés d'incapacité devraient bénéficier des soins médicaux et des prestations connexes afin de rétablir ou, du moins, améliorer leur état de santé. Ils devraient pouvoir disposer aussi de services de réadaptation, pour les préparer, chaque fois que cela est possible, à reprendre leur activité antérieure.

18.  A propos des prestations de survivants 
Les conditions d'octroi et le montant des prestations de survivants devraient permettre aux bénéficiaires de conserver un niveau de vie décent et d'assurer le bien-être et l'éducation des enfants à charge. 

19.  A propos des moyens de faire bénéficier les enseignants de la sécurité sociale


1) La protection des enseignants en matière de sécurité sociale devrait être assurée autant que possible au moyen d'un système général applicable, selon le cas, au secteur public ou au secteur privé.

2) Lorsqu'il n'y a pas de système général pour un ou plusieurs des risques à couvrir, il conviendrait d'instituer, sur une base réglementaire ou autrement, un système spécial pour les enseignants.

20.  A propos de la pénurie d'enseignants 

1) Il faudrait poser en principe que toute mesure prise pour parer à une grave crise de recrutement doit être considérée comme une mesure exceptionnelle, qui ne déroge ou ne porte atteinte, en aucune manière, aux normes professionnelles établies ou à établir, et réduit au minimum le risque de nuire aux études des élèves. 

2) Certains expédients destinés à parer à la pénurie du personnel enseignant (tels que des classes à effectifs excessifs ou l'augmentation déraisonnable des heures de cours demandées aux enseignants étant incompatibles avec les buts et objectifs de l'enseignement et préjudiciables aux élèves, les autorités compétentes devraient, de toute urgence, rendre inutile le recours à ces expédients et y mettre fin. 

Les recommandations ci-dessus formulées, inspirées des documents de l’Organisation internationale du travail (OIT/BIT)°  et de ceux de l’Unesco°,  constituent des conditions favorables à l’efficacité de l’enseignement. Ces recommandations devraient inspirer les organisations enseignantes à instituer en Haïti un système de convention collective servant de référence au respect de la condition enseignante.

Il convient d’assurer à l’enseignant une condition qui soit à la mesure de ses rôles, de ses responsabilités.

 Conclusions

Actuellement, en Haïti, les jeunes gens et les jeunes filles se désintéressent presque totalement de la profession enseignante, au point qu’il devient de plus en plus difficile de recruter de nouveaux enseignants parmi ceux qui réussissent le mieux leurs études. Cette situation est, sans conteste,  la conséquence de la détérioration  majeure des conditions de travail des enseignants dans le pays. Même les parents encouragent leurs enfants à fuir l'enseignement et à envisager une autre profession. A moins d’avoir une solide vocation, on perd dans ce pays la foi en cette profession autrefois réservée,  prestigieuse, tant si bien que l’enseignant était autrefois classé parmi les personnalités les plus considérées, les plus respectées. Tout est à entreprendre pour revaloriser l’enseignement autrement que par des discours sans suite, par des slogans séduisants plutôt que d’améliorer réellement les conditions de travail des enseignants, la condition enseignante.

 

____________________

°Références :

 

(1) Organisation internationale du travail, notamment la convention concernant la sécurité sociale (norme minimum), 1952.

(2) Unesco : Recommandation concernant la condition du personnel enseignant, Octobre 1966.

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