Ce désordre s’étend au-delà des villes. Il s’étend sur tout le territoire haïtien où tout est permis : la coupe des arbres, les constructions anarchiques, la destruction des zones agricoles, l’insalubrité, la pollution des rivières, la dégradation des parcs nationaux et autres.
Si on peut tenter de comprendre cette attitude déraisonnable de la population, il est plus difficile d'expliquer celle de nos dirigeants… Pourquoi permettent-ils une telle façon de faire ?
Sont-ils tellement soucieux de garder le pouvoir que, conscients de la tendance de la population, ils choisiraient la solution du « laisser-faire » pour gagner leur sympathie ? Non, ce serait de la démagogie…
Ont-ils rapidement compris que ce désordre laisse la place à bien d'autres opportunités, notamment celle d’y faire son propre pain ou celle de « désorganiser » pour régner ? Non, ce serait de la corruption ou de la dictature….
Auraient-ils opté pour la médiocrité ? Comme le dit Paul Césanne, « Celui qui n’a pas le goût de l’absolu, se contente d’une médiocrité tranquille ». En d’autres termes, bien faire implique un travail assidu et consciencieux, un dépassement de soi… Non, opter pour la médiocrité serait de la paresse intellectuelle….
Serait-ce une absence de vision à long terme ? Un visionnaire est capable de se projeter dans l’avenir. Il est assez habile pour satisfaire les besoins du présent tout en prévoyant ceux des générations futures en leur donnant les bases nécessaires pour y répondre. La vision à long terme est une qualité essentielle pour diriger un pays. Son absence serait tout simplement le reflet de l’incapacité à gouverner….
C’est peut-être un mélange de tout ceci et même plus…. Mais un fait est certain. C’est la pratique du « laisser faire » qui permet le remplacement de nos plaines fertiles, de nos bords de mer ou de nos sources d’eau vitale par cet « amas informe ». C’est elle qui donne lieu aux bidonvilles, à une couverture végétale de 1.5%, aux inondations multiples, à la persistance de la pauvreté et de la misère, aux épidémies, à des pertes de vies humaines exagérées face aux catastrophes naturelles les plus banales….
La pratique du « laisser faire » soutient un dédain et une indifférence malsaine et continue face à la nature, face à la vie humaine…
Plus de 50 chefs d’Etat ce sont succédé depuis la fondation de notre nation. Certains ont marqué leur passage par leur volonté et leur enthousiasme, d’autres ont été perçus comme des bras de fer, des dictateurs, des anarchistes ou des magouilleurs. Mais qu’ils aient été revêtus de jaune, vert, bleu, rose ou autres, aucun n’a osé trancher et faire les choses différemment… Aucun n’a réussi à assurer une qualité de vie aux habitants de notre pays, Haïti.
D'une part le laisser-faire, le laisser « grennen », ne peut pas continuer à être la philosophie de nos dirigeants pour quelleque soit la raison. D’autre part, notre aspiration de peuple à la liberté individuelle ne peut pas continuer d’être une excuse pour continuer à détruire, à nuire à l’autre et à anéantir le futur des générations après nous.
Paris…
Entre 1815 et 1848, « Louis XVIII et Charles X, puis la monarchie de Juillet se préoccupent peu de l'urbanisme parisien. Le prolétariat ouvrier, en forte expansion, s'entasse misérablement dans les quartiers centraux qui, avec plus de 100 000 habitants au kilomètre carré, constituent d'importants foyers d'épidémie ; le choléra en 1832 fait 32 000 victimes. En 1848, 80 % des morts vont à la fosse commune et les deux tiers des Parisiens sont trop pauvres pour payer des impôts. La masse paupérisée du petit peuple, délaissée et excédée, est mûre pour des révoltes répétées que le pouvoir ne sent pas germer ou est sûr de vaincre : les barricades font tomber Charles X lors des Trois Glorieuses puis Louis-Philippe en 1848. La société de l'époque est abondamment décrite par Balzac, Victor Hugo ou Eugène Sue.
Avec l'avènement du Second Empire, Paris se transforme radicalement. De structure médiévale, aux constructions anciennes et insalubres, quasiment dépourvue de grands axes de circulation, elle devient en moins de vingt ans une ville moderne. Napoléon III a des idées précises sur l'urbanisme et le logement. Le Paris d'aujourd'hui est donc avant tout celui de Napoléon III et d'Haussmann » [ii]
Où se cachent le Napoléon III et l’Haussmann d’Haïti ? Paris et New York ont pu s’en sortir…. Pourquoi pas nous ?
Combien de temps pourrons-nous encore défier la nature, les normes de construction et les règles d’urbanisme ? Jusqu’où allons-nous enfouir nos valeurs humaines ?
Attention. M Damoclès ! « La plaisanterie a assez duré…. Je suis prêt à vous tomber sur la tête….»
Ayiti leve pye’w !
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