Et si c'était la manière la plus efficace d'en finir avec l'ENS ?
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CLAUDE CALIXTE
Normalien (diplôme de philosophie ENS/P-A-P)
Doctorant en philosophie/ ENS Lyon.
Président fondateur de la SOLEPH (Société haïtienne de Lettres et de Philosophie)
Fondateur de l'ECL (Egalité Club Littéraire)
Ainsi revenons-nous sur un point qui n'est jusqu'à présent pas discuté de la question de l'ENS.
Il a été envisagé, il y a quelques semaines, que ce projet de construction d'un local pour l'ENS entrait en contradiction avec celui de réunir les facultés à Damien. Cette question n'a pas été débattue comme cela devait être. Cependant, l'enjeu n'en est pas anodin. D'ailleurs, elle refait surface, devient ponctuelle, semblerait gênante au moment même où une note de soutien est en passe d'être signée en faveur de la mise à disposition d'un titre de propriété au profit de l'ENS. Ce qui permettrait à notre ENS (L'école qui forme nos intellectuels enseignants) de matérialiser la promesse de l'État japonais et de cesser enfin son nomadisme datant de plus de 60 ans. Tout se passe comme si c'était un argument péremptoire, un argument qui vaille véritablement la peine. Malheureusement, la réponse que certains responsables de l'ENS avaient opposée à cette prétendue contradiction, comme on l'entend et qui se révèle une mauvaise perception, disons même une perception très suspecte, n'a pas été à la hauteur.
Je me suis toujours inquiété de l'inacceptable centralisation dans l'Ouest de l'enseignement supérieur en Haïti. Nourri de ce point de vue, l'idée de loger l'université d'État d'Haïti à Damien m'importune toujours. Je me plaignais aussi du fait qu'il n'y ait pas de débat relativement à cette question. Mais, quelqu'un vient de me passer un article qui répond à mon inquiétude sur cette question de centralisation : le rectorat a d'autres campus en perspective dans le Sud et dans le Centre. Combien serait notre joie si ces projets se concrétisaient dans un pays où le concret épouse le manque aggravé ! En effet, quand on ne digère pas bien l'idée que seule Port-au-Prince soit la vraie destination de tous ceux qui veulent se former dans ce pays, penser maintenant que ce soit seul Damien...cela peut arrêter le coeur. Autrement, savoir qu'il y a d'autres projets pour d'autres régions, ne serait-ce que l'idée, cela soulage.
Mais, est-ce qu'un projet d'un campus quel qu'il soit, celui de Damien et de n'importe où, peut être un prétexte pour compromettre la construction de l'ENS ? Si cette question a son sens, sa réponse n'est que la suivante : ceux qui ont adopté cette hypothèse sont en retard de phase ; adopter une telle hypothèse, c'est accepter de côtoyer en toute connaissance de cause la bêtise, le non-sens. Et ceux-là qui leur opposent le contre-argument qu'après la construction du campus de Damien, l'État haïtien pourra récupérer le bâtiment dont la construction est en vue pour l'ENS, ne font qu'apporter une réponse nulle à un problème absolument faux.
En effet, considérant sa mission, l'ENS à elle seule peut occuper un campus. L'ENS comprend sept(7) départements. Ce qui justifie mon propos. Car, si nous parlons de modernité, il faut envisager cette école dans une réelle dynamique de recherches. Ce qui implique d'ailleurs plus que ce que l'État japonais nous offre. Car, il faut prévoir non seulement des salles de cours, des bibliothèques, mais aussi des fonds de recherches multiples. Il n'est pas question d'empiler quelques livres et quelques journaux dans un coin. Cela n'a rien de dérangeant qu'il y ait plusieurs centres de documentation à l'intérieur d'un seul département de l'ENS ? Nous pourrions avoir un espace hébergeant un fonds de recherches en Histoire de l'esclavage, par exemple, totalement détaché de la bibliothèque principale de l'École. Cela suffit pour soutenir qu'il n'y a aucun problème que l'ENS ne soit pas à Damien. On aurait dit qu'on n'a pas les moyens. Mais, si l'on croit à l'offre de l'État japonais, tel n'est pas le cas. Il n'y a aucun argument pour ne pas en profiter, pour en faire le peu que l'on puisse. D'ailleurs rien ne garantit qu'à Damien ce sera mieux. Les chiffres des projets en parlent un peu : cent millions de dollars pour un campus qui doive héberger plusieurs facultés et instituts, et dix millions pour l'une d'entre elles !
Un faux problème pour un autre bien vrai ?
D'ailleurs, Damien n'est pas le seul campus en perspective ; ceci à Port-au-Prince même ! Le problème semble être ailleurs. Ce n'est donc pas contre la construction du campus de Damien que le projet de reconstruire l'ENS se heurte. C'est plutôt contre un bouffon projet de contrôle. Je le saisis facilement dans les quelques discussions sur la note dont je viens de parler. Cela n'aurait pas d'importance décisive, si ce n'était pas l'un des arguments forts en faveur de la réunion des facultés à Damien. A plusieurs reprises les autorités de l'UEH parlent de « cohésion institutionnelle » (C'est un euphémisme pour dénoncer le désordre) comme l'une des principales retombées de la réunion des locaux à Damien. Sans m'opposer à l'idée d'ordre, j'y vois une volonté de contrôle dans le sens musclé du terme, dans la mesure où cet argument est né d'une vision dangereusement fausse de ce que devrait être la solution à la crise institutionnelle qui sévit à l'UEH. Une institution ne se réduit point à son enfermement dans un espace géographique (Nous le savons tous). Si nous voulons rester dans le cadre de l'enseignement supérieur, étant donné que nous n'avons aucun contre-exemple en Haïti qui puisse illustrer la fausseté de cette vision de la cohésion institutionnelle, voyons ce qui se passe ailleurs : « À titre d'exemple, prenons la ville de Strasbourg où j'ai commencé mes études doctorales. Avant, il y avait des universités éparpillées à travers toute la ville. Pour le besoin de plus de rendement, d'efficacité et pour répondre à la compétition nationale et internationale, la ville de Strasbourg a réuni l'ensemble de ses universités et forme l'université de Strasbourg. Le problème de gestion, et plus précisément de cohésion institutionnelle, ne se pose pas à partir de la distance qui sépare les locaux les uns par rapport aux autres. Lyon a fait de même. Je suis étudiant à l'ENS de Lyon. Je peux en témoigner. Cette école, à elle seule, s'étend sur deux campus (l'un pour les Sciences, l'autre pour les Lettres et les Sciences Humaines [1]). Je ne vais pas rentrer dans des détails que notre actuelle pauvreté ne pourrait justifier et pour lesquels il faut des siècles pour y croire. Mais, il faut savoir que comme les Grandes Écoles d'Ingénierie, d'Informatique... l'ENS fait partie de l'université de Lyon, qui est la réunion des universités Lyon 1, Lyon 2, Lyon 3 puis des Grandes Écoles et de tous les autres Instituts d'Enseignement Supérieur [2]. Cette réunion est effective sans que la question d'espace ne pose de problème de gestion. Et, il faut savoir que cela est bel et bien valable pour toutes les régions de France, sauf Paris me semble-t-il. L'université de Poitiers ne se réduit pas à un site fermé entre quatre murs! Alors, Haïti étant un petit bout de terre qu'on peut traverser à cheval en moins de 72heures, d'où peut venir l'idée de résoudre les problèmes de cohésion institutionnelle de l'UEH par un regroupement spatial plutôt que sur les normes établies en bonne et due forme si ce n'est dans notre inconscient qui compte plus sur un homme, un bras de fer pour bien faire que sur les normes ? ( On donne vraiment l'impression qu'il s'agit du grand empire romain dont l'étendue fait qu'une grande partie échappe au contrôle du souverain !) Comment ceux-là qui fréquentent les universités d'autres pays peuvent-ils soutenir, eux aussi, ce non-sens ? En tout cas, s'il n'y a pas de réponse plausible, il n'y a tout de même pas de doute sur la possibilité qu'il doive être inquiétant que les expériences d'ailleurs ne changent rien d'ici.
Par ailleurs, l'administration publique haïtienne montre clairement que l'argument de cohésion institutionnelle n'est qu'une échappatoire dont notre vécu d'Haïtien rend génialement grotesque. Tous les ministères du pays se trouvent au centre de Port-au-Prince, coincés à quelques kilomètres les uns des autres autour du Champ de Mars et du palais national. Le désordre règne. Le ministère de l'Éducation nationale est à dix minutes du ministère de la Culture (bien sûr si l'on marche à pas de tortue). Cependant, nous ne voyons pas ce que cette proximité apporte en termes de cohésion. Or, jusqu'à maintenant, précisément en matière de cohésion, l'UEH ne montre, n'affiche aucune preuve de différence par rapport à ce qui se passe dans l'administration publique en Haïti. Notre bon sens devrait être loin d'accepter que ce prétendu souci de cohésion soit l'un des motifs piliers du rassemblement de nos facultés à Damien ou ailleurs. Une fois de plus, on ne peut rien espérer contre l'incohésion ; car le problème est posé non en termes de manque d'organisation systématique mais en termes de maîtrise spaciale, si l'on ne s'abuse. Or, il s'agirait de se demander comment coordonner des institutions ayant des missions bien différentes mais visant en dernier ressort un même but. Ainsi, qu'une faculté ait son campus à Petit-Goâve ne pose aucun problème pour la cohésion institutionnelle présumée. Dans ce cas, c'est un argument suspect qui semble implicitement viser une maîtrise des corps. Cela donnerait l'image d'une université avec un commandant en tête, emmanché d'un coco macaque et qui se grince les dents ! On devrait sans doute s'attendre de préférence à d'autres crises, puisqu'aucun corps « proprement corps » ne se laisserait faire ; ceci, même si l'on aurait mille raisons d'en faire. «Pa gen moun ki gen dout sou sa !»
Une très sombre question !
Mais, et s'il était question des derniers jours de l'ENS avec sa mission, ses ambitions de Grande école, avec ce qui fait que nous les normaliens nous nous y attachions en dépit de tout ce qui pourrait nous attirer ailleurs, en dépit de tout ce qu'on veut entreprendre avec nous pour ce que nous devenons grâce à cette École, et surtout non pas avec le titre de normalien dont on ne veut pas du tout entendre ? Et si c'était de l'existence de cette école qu'il était question ?
Fort de la conviction que les arguments avancés autour de la difficulté à doter l'ENS d'un terrain ou d'un titre de propriété ne sont aucunement fondés, je me permets de soulever la question de l'existence même de l'ENS, question qui me préoccupe depuis 2003 et qui implique ma position par rapport à différents moments de crise que cette École a connus.
Que l'Éducation ne soit pas la priorité de l'État haïtien, c'est ce que tout le monde se met à dénoncer. Et, ce faisant, on n'attaque personne. Car, c'est « cette fiction d'État » en la personne de son gouvernement qui est visée. Le problème de l'ENS est toujours posé par rapport à cette question de priorité de l'État haïtien. Alors, le maigre budget alloué à l'ENS s'explique dans ce même ordre d'idées. Toutefois, l'accusation justement bien fondée de l'État haïtien, semble cacher un autre problème. Ce problème semble épouser l'anonymat, car, il ne se pose pas. Peut-être tout simplement parce qu'on hésite à y mettre le nom d'une personne (morale ou physique).C'est celui de faire disparaître l'École normale. Quand, en 2003, j'ai été admis à l'ENS, cette question en occupait déjà les coulisses. Et, jusqu'à maintenant, elle y reste. Il est gênant d'en débattre parce qu'il y a une question à laquelle on ne peut pas répondre objectivement : qui veut que l'ENS ne soit plus ? Mais, je m'assure avoir entendu à maintes reprises qu'il y a une volonté très pointue de faire de l'ENS une faculté des sciences de l'éducation. Ce qui serait la signature de son acte de décès. Le problème est, comme je viens de le signaler, que personne n'assume publiquement un tel projet. C'est donc une rumeur, pas même un tract, donc pas de débat possible. La question est de savoir si ce n'est pas de préférence un soupçon. Ce qui n'est pas sans intérêt ! A moins que tout le monde soit naïf pour ne pas consacrer à un soupçon l'attention qu'il lui faut (surtout dans notre pays où le marronnage est notre marque d'excellence). En fait, si c'est une simple rumeur, la question sera : pourquoi l'a-t-on inventée ? À quelles fins ? Ce qui conduit à bien autre chose que ce qui m'inquiète au moment où j'écris. Mais si c'est un soupçon, la question est cruciale pour l'existence même de l'ENS, en ce sens que c'est une menace qui a toutes les chances de se manifester ; ce, précisément et surtout parce qu'elle tente de surprendre l'École normale supérieure au moment opportun.
Il y a plusieurs indices qui m'intriguent et qui me poussent à envisager une tendance favorable au sein même de l'UEH. Je ne comprends pas pourquoi certaines personnes aient craint que le nouveau programme de l'IERAH (lequel programme devait compter des formations en Philosophie, en Histoire, en Géographie) soit une des stratégies pour parvenir à bout de ce que je pose ici comme problème : l'intention de faire disparaître l'École Normale Supérieure de Port-au-Prince. De plus, penché discrètement sur ma table à la bibliothèque, en état de faire une sieste, j'ai entendu ceci d'une bouche importante se croyant s'adresser à une seule oreille importante : « Ce n'est pas un problème qu'on fasse tout cela là-bas, et même plus, mais le faire dans l'intention de trouver des arguments pour dire que l'ENS doit s'occuper de la didactique et de l'administration scolaire, c'est malhonnête. Nous allons envoyer devant les enfants du pays des jacquots qui ne savent pas de quoi ils parlent». Supposant que c'est le soupçon qui donne lieu à une telle inquiétude, on doit le prendre au sérieux.
Un autre fait intriguant.
Lors de l'inauguration du programme de Master Lettres-Philosophie en 2006, le recteur de l'UEH d'alors, M. Pierre Marie Paquiot qui a été l'un des invités officiels de la circonstance, a pris la parole à l'auditorium de l'ENS, à côté de Jacques Poulain, président d'alors de l'Université Paris8 venu pour l'occasion. Notre recteur a consacré toute son allocution à parler de possibles projets d'une faculté de Lettres, sans avoir dit un mot sur le sujet du jour ni sur l'avenir de l'ENS qui s'embarque dans ces genres de projets. Je me suis dit alors, mais il se moque de nous ! Rien à propos de ce master de Lettres dont il a été question, tout sur un hypothétique projet de faculté de Lettres envisagée en dehors de l'ENS ! Ordinairement, le recteur n'entend pas vraiment nous parler. Mais pourquoi a-t-il été là ce jour ? Il semble que le soupçon de faire de l'ENS autre chose que ce qu'elle est ou d'en finir avec devienne de plus en plus un fait que le silence exprime.
Un autre fait !
La crise provoquée par le projet de renforcement de la formation en sciences de base a encore révélé au vif le soupçon. Des propos se sont échangés tant sur la cour de l'ENS qu'à la ruelle Rivière où se trouve le local du rectorat investi alors par les étudiants de l'ENS. Certains étudiants ont même pris le risque de l'évoquer dans la presse. Mais, on ne s'y arrête pas ni pour l'approfondir ni pour le démentir. Bien entendu, il faudrait être moins qu'un crétin sonore pour se mettre à le démentir, faisant ainsi qu'on le prenne au sérieux alors que la stratégie serait d'agir en toute discrétion jusqu'au dénouement.
On reste donc perplexe sur une question cruciale et dont l'importance augmente de plus en plus à mesure où le pays connaît des crises qui risquent de nous faire accepter ce qu'on n'oserait même pas nous suggérer en temps normal. Il semble que si ce soupçon enveloppe sa réalité, il n'y ait pas vraiment un nom de personne (physique ou morale) à placer dessus. Ce qui lui confère son efficacité, parce que nous ne pouvons pas l'attaquer. Je suppose certes une tendance favorable à l'UEH ; mes indices intrigants sont éloquents ; mais les figures ne sont jamais les mêmes. Alors, rien n'empêche de supposer que ce ne soit pas dans l'inconscient même des hommes forts de l'UEH que tout se mijote! Ce qui n'est pas moins inquiétant.
Nous n'avons qu'à faire le jeu
La seule façon (et le seul moyen) de sauver l'ENS est d'attaquer ce soupçon en dépit de son anonymat. Et, dans ce cas de lui supposer tous les noms possibles, de combattre ces noms derrière ce soupçon même. C'est ce que je fais, moi-même, écrivant. Et, nul ne sait si ce n'est pas mon propre nom que je suis en train de combattre. Alors, je m'en fous ! Alors, imaginons un scénario inspiré de la situation actuelle. Imaginons que des hommes et des femmes influent(e)s à l'UEH même mijotent la disparition de l'ENS ou sa transformation en une faculté des sciences de l'éducation (ce qui n'est qu'une autre forme de décès, insistons là-dessus). Imaginons que le campus de Damien soit inauguré en novembre prochain. Ne sera-t-il pas tout à fait facile de dire « Adieu » à l'ENS ? En effet, est-ce qu'il se pose la question de savoir comment l'ENS va cohabiter avec l'autre faculté sur ce campus ? Je ne sais pas. Mais, prenant au mot cet extrait rapportant le propos du recteur sur les pôles prioritaires, on peut se dire ne pas voir clairement concernant l'ENS :
« De ces trois pôles, deux auront leur siège à Damien et l'autre à la rue Oswald Durand. À Damien, on aura un pôle contenant les sciences pures et appliquées, à savoir : physique, chimie, biologie, mathématique, sciences de la terre, de la mer, agronomie et médecine vétérinaire, architecture, etc. Dans ce même espace siégeront les sciences humaines et sociales. À la rue Oswald Durand, on regroupera les sciences de la santé comme médecine, pharmacie, odontologie, technologies médicales, sciences infirmières et institut de réhabilitation » (Jose Flécher, Le Matin, 12 Janvier 2012)
En fait, si vous lisez attentivement, vous remarquerez que l'ENS, telle que nous le savons et le vivons, est absente. Les « sciences humaines et sociales » ? Cette expression à elle seule ne dit rien de la formation des enseignants et des chercheurs qui constitue la tâche fondamentale de l'ENS. Il peut bien être uniquement question des facultés de psychologie, de Communication, de journalisme, de droit et de sciences politiques. De plus, tous ceux qui se forment « en sciences humaines et sociales » n'entendent pas automatiquement se lancer dans l'enseignement ou dans la recherche. D'ailleurs, la question des sciences de base qui a provoqué l'occupation du rectorat par les étudiants de l'ENS se repose. Ne nous empressons-nous pas à croire que le syntagme « physique, chimie, biologie, mathématique, sciences de la terre ...» puisse en dire le contraire. Ce n'est pas du tout évident. Nous l'avons vu avec la crise causée par le projet de renforcement de la formation en sciences de base. Il a été refusé à l'ENS un Master en Mathématique. Jeu de vilain, jeu de coquin : on lui en a proposé un en Physique. Alors qu'on sait, vu les maigres moyens de l'ENS, un Master en Math sera plus facilement réalisable puisque avec un ordinateur portable chaque étudiant pourrait faire des merveilles en Math. Ce qui n'est pas possible en physique, puisque cette étude demande d'énormes investissements en matériels. On avait d'ailleurs raison de douter que ce ne soit pas une façon de discréditer l'ENS.
En fait, si, dans ce numéro du journal Le Matin, l'on parle certes de sciences pures, il faut éviter de croire que la question est résolue. Car, la question de l'enseignement des « sciences de base » se pose étroitement avec celle de savoir quelle institution universitaire y accorde la priorité. Ainsi, elle est essentiellement liée à la question de la formation des enseignants. La place aussi vague accordée à cette dernière question dans un projet est largement problématique, surtout dans un espace où plus d'un croient qu'un étudiant de l'ENS n'a rien à foutre dans des programmes de Master et qu'il faut leur montrer comment formuler l'objectif général et les objectifs spécifiques et les envoyer dispenser des cours aux écoles fondamentale et secondaire.
Enfin, je suis donc convaincu qu'il est prudent de prendre ce soupçon au sérieux et de maximiser la vigilance en faveur de la défense de l'ENS, ceci jusqu'à refuser d'aller à Damien si les conditions liées à l'intégrité de cette école dont le travail est à la fois de former des enseignants et d'inciter à la recherche de haut niveau ne seront pas réunies. La question de savoir ce que doit être l'ENS de Port-au-Prince sera (et doit être) toujours à l'ordre du jour mais elle ne doit en aucun cas se transformer en une « si l'ENS doit être ».
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