Malheureusement, souvent, les arbres empêchent de voir la forêt, nous pensons, le mieux serait d'y pénétrer directement par une approche historique qui nous permettra de bien comprendre le système juridique qui a été mis en place par les différents gouvernements pour écarter les femmes haïtiennes dans les affaires de la République. Quand on sait que la vie publique d'un citoyen est jalonnée de dates cardinales : l'âge scolaire, l'âge de la majorité politique, l'âge de l'éligibilité aux instances administratives, c'était une injustice à l'égard des femmes de reconnaître leur personnalité civile et en même temps de méconnaître leurs droits civils et politiques tout juste après la proclamation de l'indépendance d'Haïti. D'abord, le débat n'était-il pas envenimé par une querelle de principe ? N'opposerait-il pas le principe de l'égalité civile selon le sexe ? Le principe de l'égalité de droit exclut toutes discriminations fondées sur le sexe, il condamne les distinctions arbitraires, en particulier le privilège masculin, il condamne les discriminations naturelles propres à rétablir un équilibre rompu par la différence de sexe. La recherche de la citoyenneté complète pour la femme haïtienne a toujours été une lutte pour les fondatrices de la République telles que Catherine Flon, Claire Heureuse, Toya et autres... Aujourd'hui, nous avons des femmes qui gèrent des postes de responsabilité à haut niveau. Elles sont compétentes, respectueuses et notoires. Quantitativement, les femmes sont majoritaires dans ce pays, elles doivent faire entendre leur voix. Elles doivent jouer le principe de la solidarité (féminine), car, l'échec d'une, c'est aussi l'échec des autres, le succès d'une femme, c'est aussi le leur. Qualitativement, les femmes ont déjà montré qu'elles sont capables de mieux diriger et de mieux gérer la République. Alors, mesdames, l'heure a sonné pour que les femmes puissent afin redonner à la République son honneur, sa vertu, son renomn et sa considération, car une maman n'abandonne jamais son enfant, elle est toujours préoccupée par sa réussite, son bonheur et sa bonne santé. En nommant ou en élisant des femmes à des postes importants, elles auront pour tâche de s'occuper de tous les enfants de la République sans discrimination, elles veilleront sur la bonne santé économique et sociale de la République, elles sauront mieux redistribuer la richesse de la République afin que tous les enfants aient une part. Nous pouvons constater, aujourd'hui, grâce à l'effort et au dévouements de Madame Sofia Martelly, la société haïtienne a un autre regard sur les handicapés haïtiens. C'est d'abord une maman qui agit au nom de l'égalité de droit et non une femme politique, pourtant c'est un acte d'une portée politique de grande envergure. En vérité, nous sommes loin d'être de bons républicains, car un bon républicain est un vrai démocrate qui prône la tolérance, le respect de l'autre. Dire à une ministre du gouvernement qu'elle ressemble à une blanche, elle ne peut pas gérer un ministère à cause de son teint, c'est ignorer la compétence de celle qui souhaite changer l'image de la République. Nous ne sommes pas pour la discrimination positive, nous sommes plutôt partisans de la compétence et du savoir-faire. L'actuelle ministre des Finances a de l'expérience, elle est en train de servir la République avec de la main propre. On ne peut pas lui reprocher de détourner les deniers publics, elle est plutôt considérée comme une référence pour les jeunes, tant sur le plan moral qu'intellectuel. Nous avons Madame Mirlande Manigat, une excellente enseignante, une politologue de qualité et une exceptionnelle épouse. Madame Michèle Oriol, une sociologue qui a fait l'honneur de la République tant à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays. Elle continue à mettre ses compétences au service de la République avec une probité intellectuelle inégalable. Madame Bayinnah Bello, une historienne de qualité, une personnalité qui ne cesse de se battre pour les causes des femmes haïtiennes. Nous ne devons pas oublier la performance de madame Trouillot qui a su organiser des élections libres et démocratiques en 1990, malgré les difficultés de l'époque. Il faut signaler que madame Trouillot n'était pas une présidente élue, elle a été nommée. Elle n'a pas eu un pouvoir légitime, mais plutôt légal. Cependant, nous ne pouvons pas rater cette occasion pour rendre un vibrant hommage à madame Myriam Merlet qui a su défendre avec véhémence, l'égalité des sexes et le droit pour chaque femme haïtienne d'être reconnue comme une citoyenne à part entière. Qui peut aussi oublier madame Gérandale Thélusma, l'ex- jeune députée de la 48e législature qui a su défendre les causes sociales de la femme haïtienne et qui s'était montrée à la hauteur de la tâche que le peuple lui avait confiée ? Aux dires de ses collèges, elle était une députée compétente, intègre, tolérante et consensuelle. On peut dire que la République a perdu une fois de plus une branche dans la plante qui est en train de fleurir. Les femmes dont nous venons d'en citer, deux d'entre elles faisaient partie de l'élite intellectuelle de la République, et, une d'entre elle représente une figure emblématique qui observe encore les déballes de la République. Aussi sommes-nous convaincus que la République possède encore des ressources humaines et intellectuelles adéquates dans le milieu féminin pour continuer la lutte. 1- Une vision optimiste sur l'évolution des droits des femmes haïtiennes. Nous pensons que les causes de l'évolution de la condition féminine en Haïti doivent prendre toute sa dimension pour que les années à venir ne soient pas ternes, car, durant très longtemps, les femmes ont été dédaignées par la République noire, maltraitées. Nous pensons qu'il n'en sera pas ainsi pour demain, Car nous ne cesserons pas de rappeler aux hommes de la République d'Haïti en utilisant les mots de Paul Valéry : « Le passé, plus ou moins fantastique, ou plus ou moins organisé après coup, agit sur le futur avec une puissance capable à celle du présent même. » Le caractère réel de l'histoire est de prendre part à l'histoire elle-même. L'idée du passé prend un sens et constitue une valeur pour l'homme qui se trouve en soi- même une passion de l'avenir. L'avenir, par définition, n'a point d'image. L'histoire, elle, donne le moyen d'y penser. C'est dans cette perspective que nous pensons: une fleur coupée est une fleur sans saveur, sans odeur et sans avenir. Elle est amenée à être fanée, desséchée, elle n'est plus productrice, on ne peut plus rien espérer d'elle. Pourtant, une plante qui fleurit donne toujours de l'espoir à récolter de fruits, souvent de bons fruits, elle est productrice, elle pourra nourrir les enfants de la République qui ont faim. C'est dans cette optique que nous pensons que le passage de madame Trouillot ne peut pas être considérée comme une fleur coupée, mais plutôt comme une plante qui fleurit et qui doit un jour apaiser la faim des gens qui n'ont rien à manger et ses branches doivent permettre aux démunis de sortir sous les tentes et d'avoir les moyens de construire des logements sociaux pour qu'ils puissent être logés dans leur dignité et ses racines pousseront de nouvelles tiges sur tout le territoire afin que la République soit fertile et prospère. Cette plante doit symboliser la paix, la réconciliation, la sécurité, le respect des valeurs républicaines, le sens du partage, l'amour de la patrie et l'envie de vivre ensemble. Cette plante pourra germer de l'espoir dans le coeur de chaque enfant de la République et elle ne sera pas accaparée par un petit groupe, elle sera la mère de tous les enfants de la République comme les feuilles de tout arbre qui s'y attachent. Aujourd'hui, plus que jamais, les femmes haïtiennes ne pourront plus être considérées comme des citoyennes de second rang. Or, nous venons de constater que le nouveau gouvernement est composé de dix femmes ministres sur vingt-trois, c'est un pas irréversible vers l'égalité des sexes. Nous devons rappeler aux ennemis de la République que cette décision est non seulement une victoire pour les femmes haïtienne mais aussi celle de la démocratie. 2- Refonder la République avec des femmes et des hommes vaillants. La République est en pleine mutation, elle est un organe vivant, elle a besoin des capacités qui peuvent la rendre performante, car elle est au bord de l'asphyxie financière. Une profonde réforme de la gestion publique va faciliter la mise en place d'un modèle social viable et fiable. La réforme constitutionnelle est à la fois un élément essentiel et un préalable nécessaire à toutes réformes approfondies et effectives de l'Etat. Nous constatons que, depuis la période transitoire, aucune grande réforme de l'Etat n'a été effective, beaucoup de réformes tentées ont été, soit rejetées, soit abandonnées, soit encore vidées de leur sens par une application trop timide. Mieux encore, la réforme de la justice, celle des finances publiques, de l'éducation et constitutionnelle, si elles sont bien menées et si elles ne sont pas vidées de leurs contenus, lors de leur mise en application, impliqueront une révolution dans les mentalités des agents publics et de ceux qui les dirigent. Etant politiques et juristes, les femmes seront bien placées pour combler ce retard et moderniser les institutions publiques en exigeant la notion de gestion par la performance en imposant la culture du résultat. Le résultat des dépenses publiques et son adéquation au but initialement poursuivi deviendront dès lors l'un des premiers critères d'une bonne gestion publique. Notre système politique actuel est épuisé, il faut le réformer pour lui redonner vie. Le défaut majeur de nos institutions est le manque d'unité et l'absence de responsabilité du pouvoir exécutif. Le président de la République exerce le pouvoir, mais doit aussi assumer la responsabilité politique. Plus que jamais, le chef suprême de la République doit être la clé de voûte de nos institutions. Le président de la République a la légitimité du suffrage populaire dans son expression universelle, et le Premier ministre coordonne l'action du gouvernement, alors que le texte actuel dispose qu'il la dirige. La nouvelle République peut donc apparaître comme étant un objet mercatique, entrant parfaitement dans le cadre d'une stratégie visant la conquête du pouvoir ; et peut donc parfois être perçue comme étant un projet institutionnalisé. Cette volonté affichée et proclamée par le peuple haïtien de rompre avec les institutions existantes constitue-t-elle exclusivement en la formulation d'un discours purement constitutionnel? Ne se situe-t-elle pas dans le cadre d'une stratégie mercatique ? Si l'on s'intéresse dans un premier temps à la définition de la demande électorale, on peut en pratique s'interroger sur l'intérêt que les citoyens accordent au changement en disant non à tous ceux qui représentent la rupture dans la continuité, le conservatisme. Le vote des citoyens lors du second tour des élections présidentielles de 2011 illustre très clairement son refus pour l'immobilisme. Nous pensons que refonder la République sera le remède choc contre le danger populiste, cette initiative permettra de reconstruire l'adhésion perdue à la démocratie politique, réconcilier le peuple avec ses dirigeants et réarmera le politique dans un monde déréglé et dérégulé où les adversaires de la démocratie voudraient que nous nous habitions à vivre dans une République sans règles et sans lois, autres que celles dictées par leur volonté. Mes chers compatriotes, la République aura besoin de beaucoup de femmes candidates pour les prochaines élections sénatoriales et les collectivités territoriales. A vous les femmes haïtiennes de vous réveiller, de vous faire connaître et de vous mettre au service de la nation afin que cette date soit un jour féerique dans l'histoire de la République!