Après avoir décrit les risques de disparition de la société haïtienne et les méthodes pour éviter que cela n'advienne, il importe de présenter la réponse proprement dite à l'effondrement. Celle-ci sera partagée en trois sections distinctes : la première sur les choix énergétiques, la seconde sur la sécurité alimentaire et la troisième sur le choix de la bonne gouvernance. L'énergie conditionne l'existence, l'alimentation détermine la survie et la bonne gouvernance conduit au développement durable.
SECTION 1. Les chois énergetiques
L'énergie que nous utilisons sur la Terre et qui est la substance de toute chose vient, en premier lieu, du Soleil selon un flux unidirectionnel, à l'exception de l'énergie géothermique et de l'énergie marémotrice. L'homme ne peut pas créer l'énergie, mais il peut la transformer d'une forme à une autre. L'énergie utilisée au départ pour réaliser une transformation donnée est mécanique, calorifique, électrique, chimique ou rayonnante. Aujourd'hui, l'homme exploite plusieurs sources d'énergie à la fois : la biomasse (le bois, le charbon de bois, et les déchets végétaux) le charbon minéral, les gaz naturels, le pétrole, l'énergie solaire, l'énergie éolienne, l'énergie hydraulique, l'énergie marémotrice, l'énergie thermique des mers, l'énergie interne de la Terre et l'énergie nucléaire. La nature, le volume et les proportions respectives des différentes formes d'énergie utilisées dans un pays déterminé sont fonction du degré de développement de ce dernier. Notre pays ne peut créer durablement la richesse et la dignité sans avoir trouvé des solutions appropriées à son problème énergétique. Or, la structure nationale de consommation de l'énergie se base, depuis plusieurs années, sur le bois (70%), le pétrole (24%), l'hydroélectricité (2%), la bagasse et autres (4%). Dit autrement, la sécurité énergétique du pays est menacée, car elle repose sur le bois que nous ne produisons pas assez et le pétrole que nous ne pouvons pas payer sans nous endetter. L'exploitation abusive du bois a provoqué la déforestation, le déboisement, l'érosion et la dégradation des sols avec pour conséquence l'importation progressive de produits alimentaires, tandis que la consommation accrue de pétrole à des fins non productives réduit les chances de développement socio-économique. Les importations cumulées de produits alimentaires et de pétrole engendrent la chronicité du déficit de la balance commerciale, lequel entretient, à son tour, les déséquilibres économiques qui limitent les possibilités de financement des stratégies nationales de développement. Donc, en s'accentuant chaque jour davantage, la crise énergétique accélère le processus de l'effondrement national. La formulation d'une politique énergétique de sortie de crise commande alors de considérer deux questions particulières qui s'articulent autour de la gestion rationnelle des énergies non-renouvelables et de la gestion durable des énergies renouvelables.
I. La gestion rationnelle des Energies Non renouvelables
La gestion rationnelle des énergies non renouvelables soulève en particulier la question des sources nationales d'énergie fossile, celle de l'importation de produits pétroliers, celle de la substitution du charbon de bois par le propane, celle de la gestion de l'EDH et celle de la co-génération. Ce qui fait problème en la matière, c'est l'incapacité des pouvoirs publics à faire des choix nationaux de politiques qui auraient permis de libérer les rares ressources disponibles pour juguler la crise énergétique.
Les sources nationales d'énergie fossile
Les sources nationales d'énergie fossile sont le lignite et le pétrole. On sait que le premier existe à Maïssade et à Camp-Perrin et que les gisements exploitables du second ne sont pas encore prouvés. Le rôle des pouvoirs publics est de choisir l'une ou l'autre des options suivantes : primo, si le lignite est économiquement exploitable, il convient de planifier le processus de son exploitation future ; secundo, si on le laisse en réserve jusqu'à ce qu'il soit économiquement et/ou écologiquement exploitable, des mesures d'accompagnement devront être prises, le cas échéant, pour son exploitation éventuelle. En ce qui concerne le pétrole qui demeure au centre de la géopolitique mondiale, il est important de traiter la question avec plus d'intelligence et moins de naïveté. Va-t-on continuer à faire les prospections déjà initiées en dents de scie pendant qu'on s'arrange pour mieux assurer l'approvisionnement du marché national de pétrole ? Pourquoi ne pas négocier un accord en bonne et due forme avec les E.U.A. sur l'avenir énergétique d'Haïti, vu du point de vue géopolitique ? Il est temps de rationaliser, à ce niveau, la planification énergétique sur la base d'un inventaire global intéressant toutes les formes d'énergie disponibles.
Tandis qu'on prendra les dispositions nécessaires pour maîtriser la réalité énergétique du pays, il est suggéré de mettre le paquet sur les énergies renouvelables pour les raisons suivantes. La première est que les énergies non renouvelables symbolisent plus de dépendance technologique et financière que les énergies renouvelables, compte tenu de la puissance des compagnies pétrolières et des enjeux économiques et stratégiques associés à leur exploitation. La seconde, c'est que les opportunités existent actuellement pour sortir de l'âge du pétrole, en raison de la baisse progressive des coûts d'exploitation observés au niveau des énergies renouvelables de dernière génération (l'éolien et le solaire).
Il est indiqué, en outre, de considérer la catégorisation quadripartite qui divise les pays du monde selon le contrôle de ces derniers sur les produits stratégiques de base. Il y a ceux qui ont les céréales et le pétrole (les nantis), ceux qui ont le pétrole sans les céréales (ils sont alors capables d'acheter les céréales), ceux qui ont les céréales sans le pétrole (ils sont alors capables d'acheter le pétrole) et ceux qui n'ont ni le pétrole ni les céréales (les mal lotis). La République d'Haïti se retrouve dans cette dernière catégorie. C'est pourquoi, elle a intérêt à ce que soit mis fin à l'ordre énergétique actuel qui lui est totalement défavorable.
L'importation des produits pétroliers
Le temps de faire la transition vers les énergies renouvelables, le pays sera, pendant des années encore, tributaire de produits pétroliers dont les prix accusent et accuseront une tendance continue à la hausse. Etant donné que la facture pétrolière pèse très lourd sur les frêles épaules de l'économie haïtienne, le recours au Petro Caribe qui permet d'avoir du pétrole à crédit et à des conditions préférentielles devient alors une affaire d'Etat. Pour que l'opération soit profitable à la fois au pays qui donne (le Venezuela) et au pays qui reçoit (Haïti), il faut que les fonds dégagés du Petro Caribe soient gérés de manière à financer de grands projets à effet d'entraînement sur l'économie et non une multitude de petits projets non structurants. Le remboursement du prêt étant mathématiquement impossible si l'emprunteur est non solvable, il importe d'investir les fonds du Petro Caribe dans un programme de long terme capable de promouvoir durablement la croissance économique. Par exemple, l'idée de mettre en place le métro de Port-au-Prince, une ou plusieurs unités de fabrication de panneaux solaires, des zones d'aménagement concerté dans les bassins versants qui dominent les systèmes de production hydroélectrique méritent l'attention de l'Etat stratège. Dans cette perspective, le Bureau de Monétisation qui a hérité du modèle opérationnel du Bureau du PL 480 (Public Law des EUA) ne fait plus l'affaire. Il doit être remplacé par une Unité stratégique de développement durable.
La substitution du charbon de bois par le propane
Cela fait une cinquantaine d'années depuis que les uns et les autres recommandent sans succès de passer de l'âge du charbon de bois à celui du pétrole. Cette transition exige que le prix du gaz soit compétitif au regard de celui du charbon de bois. L'Etat haïtien n'a jamais choisi de subventionner le gaz pour en faciliter l'accessibilité aux utilisateurs du charbon sous le prétexte non avoué que la détaxation ferait perdre des recettes faciles à l'Etat pauvre. On « gaspille » des sommes considérables dans les solutions subsidiaires (briquettes, réchauds améliorés, cuisinières efficaces, etc...) pour obtenir des résultats non significatifs, alors que la solution adoptée au niveau universel est la substitution du charbon végétal par les gaz de pétrole liquéfié.
Après avoir constaté les dégâts de l'indécision et les coûts de l'inaction, l'Etat haïtien semble vouloir intervenir dans ce secteur. En effet, dans la loi de finances de l'exercice 2012 / 2013, il est prévu la détaxation du propane. Etant donné que cette disposition fait partie d'un ensemble plus grand englobant de nouvelles taxes notamment sur l'exploitation de l'eau souterraine, des carrières ou encore d'autres sources de pollution; de deux choses l'une : ou le gouvernement veuille se lance dans la fiscalité écologique ou il s'agit d'une simple mesure de compensation destinée à collecter par d'autres voies le manque à gagner qui serait causé par la détaxation du propane. Dans le premier cas, il faut déplorer l'absence de mesures d'accompagnement (régulation de l'importation, du stockage, de la commercialisation, du transport et de la sécurité) pour que ce soit, en fin de compte, le consommateur qui profite de la détaxation et non les intermédiaires. Dans le second cas, force est d'admettre qu'une telle mesure a toutes les chances de rester lettre morte, faute de règlements d'application.
En outre, la détaxation du propane, si elle est effective, va soulever de nouveaux défis qui doivent retenir l'attention des pouvoirs publics. Dans le cas où le prix du propane détaxé est supérieur au prix du charbon de bois, toutes choses égales, il va falloir subventionner le gaz de pétrole liquéfié pour qu'il devienne compétitif. De même, s'il n'y a pas de dispositions appropriées pour faire respecter les lois relatives à la déforestation et au déboisement, le producteur de charbon de bois, s'il n'a pas d'autres sources de revenus, va continuer à produire du charbon à meilleur marché que le gaz subventionné. Prise isolément, la détaxation du propane n'est point une panacée.
La gestion de l'EDH (Electricité d'Haïti)
Si tout le monde est d'accord pour rationaliser la gestion de l'EDH, certains d'entre nous ne pensent pas que la solution au problème de son dysfonctionnement réside dans sa privatisation. Cette dernière, à dire vrai, n'est qu'un aspect de la solution sans être, en effet, la solution. C'est que le modèle de gestion de l'EDH a fait son temps. En confiant à l'EDH le monopole de la production, de la commercialisation et de la distribution de l'énergie électrique sur tout le territoire le législateur a créé une institution, sans doute, utile au départ, mais qui est devenue un monstre, lequel menace de dévorer son créateur. Côté production, l'institution a accordé la priorité à l'énergie non renouvelable au détriment des énergies renouvelables, sous prétexte qu'elle subit l'influence de ses bailleurs de fonds. Côté distribution, elle a accumulé des pertes techniques et commerciales si élevées qu'elle est devenue insolvable. Côté commercialisation, elle s'offre le luxe d'acheter des opérateurs privés une énergie qu'elle va perdre sur un réseau considéré comme un tonneau des Danaïdes. Côté gestion, elle a laissé périr le parc éolien du Nord-Ouest au lieu de l'agrandir pour des raisons jamais élucidées car, étant à la fois juge et partie, l'EDH n'a de compte à rendre à personne. Côté innovation, elle fait un usage arbitraire des sources d'énergie hydroélectrique et se désintéresse globalement des autres sources d'énergie renouvelable. Côté développement, elle n'a jamais eu ni mécanisme de participation ni structure de recherche/développement. Les différents plans de développement du sous-secteur de l'électricité préparés dans l'opacité la plus totale n'ont jamais pu produire les résultats escomptés. Il faut que les choses changent.
Il est recommandé de faire de l'EDH un organe de régulation comme le CONATEL (Conseil national des télécommunications), de privatiser la production de l'énergie électrique et la gestion des organes de commercialisation, après avoir libéré le réseau de distribution du fardeau des prises clandestines. Une des façons d'obtenir une telle libération est de subventionner durant un certain temps les clients illégaux sur la base d'un contrat ferme les obligeant de régulariser, à terme, leur situation inconfortable. Des mesures appropriées seront prises pour fournir l'électricité sur une base régulière et empêcher l'accès libre au réseau de ville tandis que des campagnes de sensibilisation seront organisées en jouant, à la fois, sur le pouvoir rétributif, le pouvoir persuasif et le pouvoir coercitif.
La gestion de la cogénération
Si vous avez une génératrice qui produit de l'électricité avec un rendement qui tourne autour de 40%, cela veut dire que le solde se perd en chaleur dans le tuyau d'échappement. Il est possible de récupérer cette chaleur pour produire de l'électricité à nouveau au moyen d'une turbine et de dispositifs appropriés. Cela s'appelle la cogénération qui se définit comme un principe de production simultanée de deux énergies différentes dans un même processus. Ainsi, le rendement final obtenu peut passer de 40 à 80% et même plus. C'est une façon très simple de présenter la cogénération qui est de plus en plus largement pratiquée dans le monde.
En Haïti, il n'y a pas d'exemple d'utilisation de la cogénération. Les efforts déployés récemment pour en faire la promotion, grâce à la Banque mondiale dans le cadre des opportunités offertes par le Mécanisme de développement propre (MDP), révèlent qu'il existe un potentiel relativement important en termes de puissance installée dans le pays pour la production thermique grâce aux génératrices utilisées notamment dans les usines et les hôpitaux. Des mesures de politique doivent être prises pour encourager la cogénération et permettre aux entreprises concernées de revendre leur surplus de production électrique à l'EDH. Chez nous, on pourrait s'intéresser, en outre, à la Tri-génération afin d'avoir une production additionnelle de froid le long de la chaîne de transformation de l'énergie. La cogénération peut s'appliquer aussi bien dans le domaine des énergies non renouvelables que dans le domaine des énergies renouvelables.
II. La gestion durable des énergies renouvelables
Dans le groupe des énergies renouvelables d'intérêt, il convient de considérer, tour à tour, la bioénergie (le bois et les déchets végétaux), l'hydro-électricité, les énergies provenant de la mer, l'énergie solaire et l'énergie éolienne. L'Etat haïtien devrait accorder la priorité aux énergies renouvelables non seulement pour des raisons liées au fait que le pétrole est une énergie polluante mais aussi parce qu'il va devenir de plus en plus rare et de plus en plus cher si on admet qu'on a déjà atteint le pic de Hubbert (e.i. le point à partir duquel la production mondiale ne peut que décroître). En outre, les énergies renouvelables vont devenir de moins en moins cher et de plus en plus accessibles parce que c'est l'option du futur qui s'impose à tous comme source d'énergie non polluante, eu égard à la problématique des changements climatiques.
L'utilisation de la bio-énergie
Il y a de cela une vingtaine d'années, le potentiel bio-énergétique était évalué à plus d'un million de TEP (Tonne Equivalent Pétrole) par an sur la base d'une estimation fondée sur le bois, le charbon de bois, la bagasse, les balles de riz, les coques d'arachide, les rachis de maïs, les cabosses de cacao, les fibres ou le coir des noix de coco. Si au niveau mondial, on a déjà atteint le pic de Hubbert pour le pétrole, au niveau national, cela fait longtemps qu'on a déjà dépassé le niveau critique de déséquilibre agro-sylvopastoral par l'utilisation inadéquate des sols. La pression sur les ressources ligneuses est telle qu'après avoir épuisé les réserves des zones sèches, on a entamé l'exploitation abusive des zones de montagne humide et aujourd'hui l'importation clandestine de charbon de bois de la République dominicaine (environ 300 000 sacs par an). Pour couvrir les besoins nationaux en énergie, le pays se transforme en une vaste entreprise de production de charbon de bois avec un chiffre d'affaire plus grand que celui de l'EDH.
Il convient d'appliquer alors, le décret de 1987 sur le bois-énergie qui fait obligation aux propriétaires des entreprises utilisant le bois comme combustible de proposer par un produit de remplacement. Les entrepreneurs concernés ont déjà commencé à réaliser une telle conversion de leur propre chef, mais les résultats sont minces parce que la majorité du groupe ne peut supporter les coûts de l'opération, faute d'un crédit d'accompagnement. Les institutions financières, à leur tour, sont disposées à fournir ce crédit moyennant un fonds de garantie qui n'arrive toujours pas. Durant l'année 2013 consacrée à l'environnement, le gros bon sens commande de résoudre ce problème au plus vite.
En lieu et place du reboisement tout venant, il est recommandé de faire du reboisement par objectifs. Ces derniers sont définis de manière quantitative en fixant une certaine superficie consacrée aux forêts, aux vergers améliorés et aux arbres produits hors forêt à couvrir dans un temps donné sur des aires de production préalablement identifiées. Ainsi, il sera possible de mettre en place un système de suivi-évaluation, d'ajuster les stratégies utilisées et d'apprécier la conversion des actions entreprises en résultats de bonne qualité. On aura aussi mis fin à un cycle de mythes persistants sur les pépinières de reboisement et les projets de bonne volonté qui se reprennent , sans succès, à chaque génération.
Quant aux projets dendro-énergétiques, c'est-à-dire les projets de production de bois-énergie, ils ont toujours été tués dans l'oeuf. Depuis 50 ans, ceux qui empêchent le pays d'arriver à l'indépendance énergétique ont toujours eu raison sur les promoteurs de tels projets. Que ces derniers soient inscrits dans les plans nationaux de développement, dans le CIRH, dans le DSNCRP, dans les documents post-catastrophe ou dans le Plan de relèvement d'Haïti, ils n'ont jamais pu trouver de financement en temps et lieu. Il n'existe aucun exemple de projet dendro-énergétique sur les terres dites marginales, comme le souhaite la règle en la matière, pour éviter la compétition avec l'agriculture. Il faut souhaiter qu'en l'année 2013 consacrée à l'environnement, la République puisse mettre fin à ce complot antinational.
Il ne faut point oublier, non plus, que les projets de promotion de cultures mises en place à des fins énergétiques pour la production de biodiesel avec, entre autres, le médicinier béni ou gwo medsiyen (Jatropha curcas), sur lesquels on fonde beaucoup d'espoir, souventes fois injustifié, n'arriveront point à détrôner le pétro-diesel dans ce pays le sous-sol est si pauvre en ressources sols. Il est proposé, toutefois, que se poursuivent les activités de recherche sur la base de plans d'opération préalablement partagés par tous les acteurs concernés afin d'éviter la compétition avec la production alimentaire. Il en est de même des efforts, souventes fois interrompus, consentis pour la production de biogaz.
La gestion de l'hydro-électricité
S'il y a un sous-secteur fédérateur pour les énergies renouvelables, c'est bien l'hydro-électricité parce que celle-ci permet de coupler la production d'électricité avec le tourisme et les projets de réhabilitation de l'environnement. La gestion durable de l'hydro-électricité commande de remettre en état les bassins versants qui dominent les barrages, lesquels pourraient être conçus à plusieurs fins (écrêtement des crues, vocation touristique et production électrique). Une approche intégrée incluant l'énergie, l'agriculture, le tourisme et l'environnement s'impose ici plus que partout ailleurs. C'est la moins coûteuse et la plus efficace des stratégies d'intervention.
Le potentiel hydro-électrique de la République est bien connu. Il est estimé à plus de 100 MW. Ce potentiel apparemment modeste mérite la plus grande attention non seulement pour les raisons susmentionnées mais aussi en raison du fait qu'il constitue le levier de prédilection pour la promotion de l'énergie rurale qui se trouve au coeur du grand projet de décentralisation. Il convient de noter que les systèmes de production hydro-électrique actuellement en opération (Péligre, Délugé-Lanzac, Saut-Mathurine, Onde Verte, Drouet, etc..) souffrent d'un déficit de gestion durable. Les projets hydroélectriques en cours de négociation comme l'Artibonite 4 C à la Chapelle, les microcentrales sur la Ravine du Sud et la rivière de Cavaillon font l'objet de peu d'attention de la part des pouvoirs publics qui hésitent entre le pour et le contre, l'utile et l'agréable, le réel et l'imaginaire. Quelles seraient alors les grandes lignes d'une politique de promotion de l'hydro-électricité ?
Il convient d'actualiser et de finaliser l'inventaire des sites hydroélectriques, de freiner la dégradation des systèmes existants, de lancer des appels d'offre pour leur exploitation par des opérateurs privés, de privilégier les bassins versants prioritaires pour l'intégration de l'agriculture, de l'hydro-électricité et du tourisme, de définir un régime particulier pour les mini et microcentrales hydro-électriques, de mieux gérer la question des cours d'eau internationaux, de faciliter l'investissement national dans ce sous-secteur et d'élaborer un cadre légal et règlementaire approprié.
Les énergies provenant de la mer
Il n'y a, jusqu'à l'heure actuelle, aucun projet étudié en vue de l'exploitation des formes d'énergie disponibles au niveau de la mer territoriale. Les projets visant la promotion de l'énergie marémotrice et l'énergie thermique des mers (ETM) restent, sans doute, difficiles à mettre en place, en raison des contraintes inhérentes à leur nature. L'énergie marémotrice tire son origine des mouvements de l'eau créée par les marées, lesquelles sont dues à l'effet conjugué des forces de gravitation de la Lune et du Soleil. Les sites qui permettent d'exploiter les variations du niveau de la mer et les courants de marée ne sont pas faciles à rencontrer compte tenu des caractéristiques qu'ils doivent présenter pour être économiquement exploitables. Leur rareté exige d'effectuer des recherchesde manière intensive afin de les découvrir.
L'ETM exploite, de préférence, la différence de température existant entre les couches superficielles et profondes de l'océan. En tant que pays tropical, Haïti remplit les conditions générales pour satisfaire à l'une des exigences fondamentales des projets ETM. Elle dispose, entre autres, d'un avantage préférentiel dans ce domaine, étant donné l'étroitesse de son plateau continental qui reste un inconvénient dans le domaine de la pêche mais qui lui confère un avantage certain en matière énergétique. En effet, le fait qu'on puisse atteindre des profondeurs très significatives le long du littoral permet d'installer des structures appropriées tout à fait compétitives pour exploiter le différentiel de température entre les couches superficielles et profondes de la mer.
Un expert étranger d'origine haïtienne avait fait un exposé sur la question, il y a quelques années, dans le but d'intéresser la communauté nationale aux projets visant l'exploitation de l'énergie maréthermique ou hydrothermique. Le premier prototype de projet ETM a été construit en 1930 dans la baie de Matanza, à Cuba. Il convient de noter que la rentabilité des projets ETM ou OTEC (Ocean Thermal Energy Conversion) peut être augmentée par la mise à profit de la coproduction de l'eau douce, du froid pour la réfrigération ou de systèmes aquacoles pour la production de poissons, compte tenu de la richesse en éléments nutritifs des eaux profondes. C'est donc une piste à explorer, notamment en l'année 2013 consacrée à l'environnement.
L'énergie solaire et l'énergie éolienne
Il y a eu des antécédents notoires dans ce domaine avec l'énergie solaire utilisée pour l'éclairage de Cerca- Cavajal grâce au curé du village et l'énergie éolienne à Port-de-Paix par la magie de la coopération allemande auprès de l'EDH. L'énergie solaire est utilisée actuellement dans le milieu rural pour actionner tourner des pompes à eau et alimenter quelques lampadaires dans l'espace urbain et rural. Elle est utilisée également dans plusieurs ménages à haut revenu en vue de pallier les déficiences du courant de ville. Mais cela ne peut tenir lieu de politique nationale de promotion de l'énergie solaire.
En cette matière, il existe le solaire passif (utilisation directe de l'énergie pour le séchage par exemple), le solaire thermique (chauffe-eau, chauffages solaires) et le solaire photovoltaïque pour générer de l'électricité à partir de cellules photovoltaïques. Plusieurs cellules donnent un module et plusieurs modules forment alors une centrale solaire. On peut utiliser le solaire thermique également pour produire de l'électricité en utilisant des concentrateurs solaires (miroirs, héliostats) pour avoir de la vapeur à haute pression, laquelle fait tourner une turbine qui génère de l'électricité.
Etant un pays proche de l'équateur, la République bénéficie d'un rayonnement relativement important qui pourrait être mis à profit non seulement pour le solaire photovoltaïque mais aussi pour le solaire thermodynamique. Il faudrait faire le cadastre solaire pour localiser les sites d'installation de centrales et de tours solaires des deux types, fournir des aides incitatives et des crédits d'impôt pour encourager les ménages et les entrepreneurs à utiliser l'énergie solaire, encourager l'industrie de fabrication de panneaux solaires, rendre préférentielle l'utilisation de chauffages solaires, organiser la formation et la recherche dans le domaine et faire la promotion de produits solaires tels que les chargeurs pour téléphone mobile, GPS et ordinateurs, les ventilateurs, les lampes, les pompes hydrauliques, les calculatrices de poche, les torches, les radios, et les montres, etc...
Le même schéma pourrait se répéter pour l'énergie éolienne, à quelques nuances près. La côte septentrionale (Nord-Ouest / Nord / Nord-Est) est la zone la plus prometteuse du pays en ce qui concerne la vitesse du vent car la puissance des aérogénérateurs est proportionnelle au cube de la vitesse du vent. L'installation de fermes éoliennes nécessite des vents de l'ordre de 3 à 25 m /s ou de 11 à 90 km/h. Il faut donner suite au projet d'établir une carte des vents sur la base des données collectées sur toute la côte nord de l'île par le BME (Bureau des mines et de l'énergie) en collaboration avec les institutions internationales impliquées dans le projet. Durant les années 90, un projet de grande envergure qui avait été conçu par le ministère de la Planification est jeté depuis longtemps aux oubliettes. Le pays a grandement besoin d'un Observatoire des énergies renouvelables qui serait le bienvenu en cette année 2013 dédiée à l'environnement.
(A suivre)
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