La période de l'après-guerre a instauré pour beaucoup de pays du Tiers-Monde, notamment ceux de l'Amérique latine, une nouvelle ère, celle du développement. Les décennies qui se sont déroulées (1950-1980) ont constitué pour ces derniers le cadre de mise en route d'un ensemble de processus de décentralisation territoriale. Pour diverses raisons, notre pays, Haïti, n'a pu emboîter le pas. Avec la croissance de l'industrie et la relance du tourisme dans les années 70, un effort est intervenu mais ceci n'a pas débouché sur une modernisation large et profonde de l'économie nationale. L'immobilisme de la situation politique de l'heure a abouti à l'éclatement de la crise de 1980/1982 qui s'est approfondie avec la chute du régime des Duvalier en 1986. Beaucoup de pays ou territoires cherchent tant bien que mal à créer une dynamique de gestion du pouvoir de manière à gouverner en ayant plus de proximité géographique et institutionnelle des acteurs. L'imbrication de divers types d'acteurs et de divers niveaux de coopération et de décision ont amené à transformer le concept de gouvernement en gouvernance. A la fin des années 80, notamment dans le champ des relations internationales, le terme est employé par les institutions financières internationales (FMI, Banque mondiale, OCDE etc.) pour définir les critères d'une bonne administration publique dans les pays soumis à des programmes d'ajustement structurel. L'Approche A l'échelle d'un territoire, « La gouvernance apparaît comme la mise en réseau des différents acteurs institutionnels, politiques, économiques, sociaux et environnementaux dans la perspective d'un projet de développement pérenne. La mise en réseau des acteurs du développement local s'appréhende comme un partage des connaissances et des expertises de chaque partenaire qui laisse cependant à chacun d'eux une part importante d'autonomie dans ses choix stratégiques », dixit Joseph Carles, maître de conférence en sciences de la gestion à l'Institut d'études politiques de Toulouse. La gouvernance se définit donc comme « un système de gouvernement à l'oeuvre aux différents niveaux et échelons territoriaux dans les Etats fédérés ou unitaires décentralisés ». Elle associe généralement les parties en charge des objectifs, fonctions et gestion de la collectivité, ainsi que l'évaluation dans les domaines économique, social et environnemental. Il s'agit d'emprunter de nouvelles voies de consultation, de participation et de légitimité afin de faire émerger non seulement des avis mais des processus et des décisions. La problématique de la gouvernance territoriale en Haïti Durant ces vingt-cinq dernières années, de nouvelles configurations socio-économiques ont fait surface dans le monde. La nouveauté est surtout symbolisée par le développement du double processus de globalisation et de régionalisation qui, en fait, est un processus d'interdépendance économique des nations. Ceci implique pour Haïti, que pour en tirer profit, le pays doit, d'une part, se mettre à un niveau de compétitivité acceptable, d'autre part, réévaluer les différentes formes d'intervention de l'appareil étatique, par sa remise en question, de sorte qu'un nouveau modèle d'Etat puisse être émergé. Théoriquement, une rupture s'est opérée dans l'évolution institutionnelle et politique du pays par la définition dans la Constitution de 1987 d'un modèle d'organisation politique et administrative axé sur la décentralisation. En effet, l'enrayement du processus de déclin régional ou local, l'amélioration de l'efficacité, de l'effectivité et de l'efficience de la prestation des services publics ont conduit les couches populaires à se mobiliser pour la mise en oeuvre de cette dernière. Or, les difficultés d'aménagement d'un cadre juridique, l'absence d'une culture de droit et l'instabilité politique, la mauvaise répartition des ressources disponibles ainsi que l'absence d'organisation de base et la marginalisation des collectivités territoriales en constituent de sérieux blocages. L'assistanat structurel Loin de soutenir une politique de développement, la question de l'aide plonge le pays dans un état de dépendance et de sous-développement chroniques. Largement détournée, souvent inefficace, créatrice d'assistanat plus que de productivité. Sortir de l'assistanat pour évoluer vers une logique de production (tourisme écologique, commerce équitable) et de promotion humaine. Un changement de paradigme est nécessaire dans le respect de la dignité des Haïtiens où nos gouvernants s'interdisaient une logique d'assistanat pour passer à une logique de droit contributive qui soit le socle d'une pleine citoyenneté, tel que le préconisait le Groupe de réflexion et d'action pour une Haïti nouvelle. Le dilemme du changement Depuis des décennies, des difficultés remarquables sont signalées dans la façon d'implémenter des réformes structurelles qui encourageraient la stabilité économique. La pauvreté, le chômage endémique, le manque de services sociaux de base, la pression créée par la croissance de la population et de la décroissance de l'économie nationale envoient des signaux inquiétants. Sans compter les difficultés de trouver une échappatoire à l'effet du déboisement sur le système écologique de l'île ainsi que la nécessité d'avoir un système judiciaire formel pour protéger les droits de la propriété, et de ce fait, encourager le développement économique. Tout ceci nous pousse à sortir du cercle vicieux de l'aide humanitaire. La faiblesse de l'Etat comme appareil de régulation de la vie sociale et la faible structuration de la société civile ont conduit le pays dans une crise permanente. En témoigne notre incapacité à organiser l'alternance pacifique. Changer cet Etat qui ne dispense pas ou peu de services à la population, demeure l'aspiration de maints groupes sociaux. Des fonctionnaires et étudiants, des paysans et ouvriers, des hommes d'affaires et entrepreneurs, tous, ils réclament du changement dans le système éducatif, dans le respect des droits humains ainsi que dans la façon de collecter les impôts et taxes et de les utiliser. Le positionnement stratégique Avec un indice de développement humain très faible (IDH Haïti 0,456 / PNUD-2013) et un taux de pauvreté extrême élevé au-delà de 50%, le grand défi pour le pays, en ce premier quart du XXIe siècle, est le développement d'outil de coordination, de gestion des interventions en milieux rural et urbain en vue d'améliorer le cadre et la qualité de la vie de la population. La réduction de la pauvreté, la gouvernance démocratique, la prévention et la gestion des risques et désastres, la protection de l'environnement ainsi que le renforcement des capacités demeurent de l'avis de plus d'un, des éléments vitaux de toute stratégie viable pour un développement réel d'Haïti. La Constitution de 1987 préconise l'approche territoriale comme base de développement national à travers la planification, l'aménagement du territoire et la décentralisation. Or, ce que l'on constate, c'est l'éparpillement des actions de développement sur le terrain, la dispersion des activités d'aménagement dans les institutions publiques sectorielles ou dans les agences internationales, le gaspillage d'énergie et des moyens de financement et l'absence de coordination des projets. Toute une kyrielle de tentatives ou d'expériences de développement dites locales ont été réalisées ces dernières années sans une véritable appropriation du pouvoir local et des communautés. L'action publique à mener doit nécessairement tenir compte des acteurs mais aussi bien susciter leur adhésion et leur implication dans toute initiative de construction collective. L'Etat, en tant qu'acteur public, aura donc à dynamiser le partenariat entre les divers groupes d'intérêt (entreprises, chambres de commerce, associations patronales ou syndicales) dont les intérêts peuvent être divergents. Il doit rendre possible une mobilisation de l'ensemble de ces acteurs (privés, associatifs et publics) - institutions sur des objectifs communs de développement dans le cadre d'un projet intégré et cohérent. Pour ce faire, des mécanismes institutionnels et des stratégies d'action doivent être mis en place, conformément à la loi, pour que cette approche aboutisse à la réussite des politiques de développement préconisées.